Caryl Férey – Condor

Caryl Férey est l’un des grands noms du polar français contemporain. Ses livres se hissent toujours en haut des ventes. Il a réussi cette formidable percée sans rien céder, ni à la facilité ni à l’ambition.

Les fantômes du Chili 

Ce nouveau livre offre un cadre original, le Chili et ses convulsions politiques. Le terme Condor fait référence à la campagne que Pinochet et ses amis dictateurs d’Amérique latine orchestrèrent, pendant les années 1970, pour abattre leurs opposants partout où ils se trouvaient, même à l’étranger. Un peu à l’instar de la romancière argentine Alicia Plante, Ferey mêle récit criminel et grande histoire politique. L’assassinat du fils d’un journaliste retrouvé sur un terrain vague nous conduit dans un pays dévasté par la drogue et la violence des gangs. L’auteur emprunte beaucoup au cinéma, passion de ses personnages presque trop idéaux mais attachants, Stefano, fan de Hitchcock, et Gabriela qui rêve de réaliser des films, jusqu’au chef de bande El Chuque, certainement inspiré du film de Buñuel Los Olvidados, sans oublier l’avocat des « causes perdues » Esteban, fils de famille dévoyé. Ce livre fourmille de scènes très fortes, comme celle où Edwards essaie de convaincre son père influent de l’aider en faisant circuler l’information du meurtre dans les médias, mais ne reçoit que mépris, se bat avec son frère, avant d’être chassé. Un autre passage, émouvant, oppose le cinéphile Stefano à son ancienne maîtresse Manuela-Andrea, torturée, qui l’a trahi et lui dit, au bord des larmes : « Ne me juge pas ! » Une galerie de tempéraments blessés et en souffrance qui fait le sel de ce puissant roman.

Gallimard
19,50 €, 411 pages