Cécile de France : Queen of Pope

Alors que The Young Pope et son Pape aussi ambigu que fascinant, interprété par Jude Law, fait sensation sur Canal+, nous avons rencontré celle qui incarne son attachée de presse au Vatican. Cécile de France, papesse de la com du pape.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle de responsable du marketing du Vatican dans cette série… enfin, on pourrait presque dire ce film ?

Cécile de France : Oui c’est une série ou un très très long métrage qui dure 10 h. C’est extraordinaire d’avoir eu la chance d’être dedans parce que Paolo Sorrentino est vraiment un réalisateur dont je suis fan depuis que j’ai vu La Grande Bellezza. Jude Law un acteur incroyable qui, là, arrive vraiment à passer d’un visage angélique à un visage diabolique en une fraction de seconde. C’est un des plus beaux scénarios que j’ai lus avec passion. Et un vrai personnage dans lequel je pouvais vraiment m’amuser, parce que très éloigné de moi. Donc ça a été un grand bonheur quand j’ai appris que j’avais été choisie.

 

Comment vous êtes-vous préparée pour le rôle ? D’ailleurs, est-ce qu’il y a vraiment un service marketing au Vatican ?

Oui, oui, tout à fait. C’est un État à part entière avec une politique, des finances, des rumeurs, des lobbies. Donc tout ce qu’il faut pour une intrigue. Et je me suis préparée en concentrant mon énergie sur l’anglais, car elle est censée avoir fait ses études à Harvard. Donc, il fallait que ce soit un anglais brillant intelligent et fluide.

 

Est-ce que comme votre personnage vous êtes « imprévisible et difficile », comme elle dit ?

Non, vraiment je suis à l’opposé de mon personnage. Je suis quelqu’un de très facile et prévisible. Je ne suis pas un personnage éclatant comme ça dans la vie.

 

Est-ce que c’est difficile d’exister dans son jeu face à ce pape omnipotent ?

Oui, parce que le réalisateur a vraiment fait des gros plans, même si vous ne parlez pas, parce que ça l’intéresse de voir la réaction de tel ou tel personnage. Pour moi, cette série est comme une fable qui se concentre sur la psychologie du pape. Et chaque relation qu’il construit avec un personnage va amener une pièce au puzzle. Parce que les spectateurs sont invités à élucider ce mystère. Qui est cet homme plein de contradictions qui a un côté obscur et un côté divin ? Il change d’avis vraiment toutes les deux secondes et on essaie de comprendre pourquoi. Il y avait la volonté de montrer à la fois un saint et un être vindicatif qui peut faire peur. En tout cas, c’est le pape le plus dangereux des temps modernes.

 

Justement, la religion est un sujet délicat. Est-ce que vous avez hésité à accepter du coup ?

Non, parce qu’à la lecture du scénario, on voyait vraiment qu’on était dans les méandres et les fêlures d’un être humain qui a souffert. Il est orphelin, il a été abandonné par ses parents sans savoir pourquoi. Paolo Sorrentino dit en tout cas qu’il n’y a aucune critique de la religion catholique. Après c’est à chacun d’y voir ce qu’on a envie d’y voir.

 

Mais vous avez peur des réactions ?

Non, au contraire, ce serait même passionnant que ça déchaîne les passions. Mais je ne pense pas. Le Vatican lui-même ne nous a jamais mis de bâtons dans les roues. Bon, on n’a pas tourné dans le Vatican car c’est interdit pour tout le monde. Mais je ne pense pas que ce soit sulfureux à ce point-là. C’est vraiment une œuvre d’art, pas un documentaire. Évidemment dès qu’il y a le mot pape ou Vatican, on se dit : « Tiens, qu’est-ce qu’il y a derrière ? » Mais honnêtement, il n’y a aucune volonté de remettre en question quoi que ce soit.

 

C’est impressionnant de rencontrer le pape, même pour de faux ?

Oui, tout à fait, parce que les costumes sont complètements hallucinants, et c’est vrai que ça apporte une magnificence.

 

Et de rencontrer Jude Law ?

C’est quelqu’un de très généreux et de très disponible. Il ne jouait jamais tout seul. Il nous invitait dans son univers. Il était très professionnel et ne râlait jamais alors qu’il était parfois fatigué ou qu’il avait des conditions difficiles avec ses costumes. J’ai encore plus de respect pour lui maintenant que je l’ai vu travailler.

 

Vous avez hésité à tourner dans une série ?

Non, de nos jours on voit bien l’exigence et la qualité qui sont là. Et c’est une série d’auteur. C’est assez dense, il y a des choses très profondes qui se disent. Une fois qu’on l’a vue, on a l’impression d’avoir lu un très bon livre.

 

Qu’est-ce que vous regardez comme séries ?

Mes séries préférées ce sont Top of the Lake de Jane Campion, True Detective, la première saison surtout. Après, je peux aussi aimer House of Cards, Misfits. Les classiques quoi ! Downtown Abbey aussi. Il y a des acteurs géniaux, donc je suis plutôt contente de faire partie de tous ces acteurs qui vivent ce genre d’aventure exceptionnelle.

 

Il peut y avoir une saison 2 à The Young Pope ?

Normalement, il devrait y en avoir une mais on n’est jamais sûr de rien.

 

Et où en êtes-vous de votre carrière à Hollywood ?

Avec les coproductions, tout ça est mélangé maintenant. J’ai eu d’autres propositions, mais il n’y avait pas tous les éléments en fait. Ce n’est pas parce que c’est Hollywood qu’il faut que ce soit moins bien. J’ai une exigence en France qui est là, donc elle reste la même que ce soit au Japon ou partout dans le monde.

 

Que diriez-vous à la petite Cécile de 10 ans si vous la croisiez dans la rue ?

C’est difficile de répondre. « Le travail ça porte ses fruits ! » Parce que je suis vraiment une bosseuse, je travaille beaucoup. Même petite je mettais beaucoup de temps à faire mes devoirs. Je suis vraiment quelqu’un qui fonctionne lentement. Je suis une rêveuse, je m’évadais beaucoup dans des mondes imaginaires, et ça m’a mené là où je suis, dans une vie qui me comble à 100 %. Donc j’aurais envie de lui dire : « Tu as bien fait d’être dans tes rêves. »

 

Où iriez-vous si vous pouviez remonter dans le temps ?

J’aime bien aller plutôt de l’avant, je suis quelqu’un qui fait tout à fond au moment où elle le fait, du coup je ne suis pas du tout dans le regret ou la nostalgie des choses.

 

Pour terminer, est-ce que vous avez montré à Jude Law, Sœur sourire où vous chantiez « Dominique… nique… nique » ?

Oh, non ! Je n’oserais pas.

 

Un mot de conclusion ?

Si vous regardez la série tout seul avec une tablette ou un ordinateur, regardez-la avec un casque, la musique est dingue, elle apporte une émotion importante dans l’histoire.

 

 

The Young Pope, de Paolo Sorrentino, avec Jude Law, Diane Keaton, Cécile de France, et Ludivine Sagnier. Tous les lundi à 20 h 55 sur Canal+.