Céline Sallette a le vent en poupe

DRH carnassière dans Corporate, elle s’impose aussi en infirmière soignant les traumatisés de 14-18 dans Cessez-le-feu. Deux compositions différentes prouvant la belle palette de jeu de cette étonnante comédienne.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle d’infirmière qui s’occupe de Grégory Gadebois rendu mutique par la guerre ?

Céline Sallette : Pourquoi j’aurais refusé ? Il est quand même très beau, ce rôle. C’est un vrai parcours d’émancipation pour le coup. L’histoire d’une femme qui entre dans une histoire d’amour et qui arrive à s’en affranchir dans le même film. Et le challenge d’essayer de faire croire que j’étais capable d’enseigner la langue des signes alors qu’en fait je n’y connais rien.

 

Justement, comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?

On a travaillé pendant deux mois et demi avec une coach. Et comme c’est une langue très poétique qui engage vachement le corps et les émotions, c’était très beau d’apprendre les dialogues par cœur, comme une danse. Et puis le vrai défi, c’était d’arriver à faire ça sans que ce soit une performance. Sans que ça se voie.

 

Est-ce qu’on a du mal à quitter un rôle comme ça en rentrant chez soi ?

Il y a toujours des traces. Mais il n’y a pas vraiment de schizophrénie, on ne repart pas avec des bouts du personnage. Par contre, ce qui a été vécu le temps du film reste et fait son voyage à sa façon.

 

Vous vous mettez tout de même dans des états émotionnels assez intenses.

Oui, mais c’est un peu comme dans la vie, ça passe.

 

Vous venez également de tourner Nos Années folles d’André Téchiné. Est-ce que vous auriez aimé vivre pendant cette période ?

Pas du tout (rires) ! Franchement l’après-guerre ça ne donne pas envie. Vivre à cette période, c’était un peu être comme des funambules au-dessus du vide.

 

Et la mode des années 20 ça vous plaît ?

Oui, c’est très beau, mais ça reste anecdotique. Ce sont des vêtements de liberté dans ces circonstances heureuses d’avoir échappé à la mort, mais malheureusement, nous on le sait, ça replonge assez vite derrière. Eux ils ne le savent pas, mais ils sont quand même sur la brèche.

 

Quel genre de fashion victim êtes-vous ?

J’adore ça, mais comme un jeu. En fait les premiers contacts que j’ai eus avec la mode, ce sont quand même des chocs de beauté. Quand je voyais ça de loin, c’était assez étranger à moi, mais c’est vrai que la première fois que j’ai assisté à des défilés, j’ai mesuré la capacité des créateurs à convoquer la beauté. On est au-delà de la mode, dans la poésie pure, la façon dont les gens se projettent ou se racontent.

 

Quel effet ça fait d’avoir un film toutes les semaines ?

(Rires). Heureusement, ce n’est pas tout le temps donc ça va. C’est un hasard de calendrier étonnant. Il y a un an entre les deux tournages, mais je suis heureuse de défendre ces films qui sont des premières œuvres.

 

Comment choisissez-vous vos rôles ?

En général, j’aime bien quand ça me fait un peu peur.

 

Et les comédies dans tout ça ?

Ça arrive. On m’en a proposé une avec Catherine Deneuve, mais ce n’est pas daté. Après, il y en aura d’autres sûrement.

 

Vous êtes tout de même très abonnée aux rôles dramatiques.

Ça a commencé un peu comme ça. Avec les yeux qui tombent, une sorte d’appel de la mélancolie que je dégage, et après, ça s’est enchaîné (rires). Une sorte de roulé-boulé jusqu’à la guerre et la tragédie. Tu cours sur un trottoir retrouver ton mari mort et tu hurles comme dans un film d’Almodovar (ndlr : La French sur l’assassinat du Juge Michel avec Jean Dujardin). Après, il n’y a une histoire que quand il y a des problèmes. Même une comédie c’est une tragédie, un mec qui se casse la gueule ou qui n’y arrive pas. Sinon on se fait chier. C’est La petite maison dans la prairie. Quoique non, même Charles Ingalls a plein de soucis.

 

Quel effet ça fait d’être adulée par le cinéma français ?

Ça ne veut rien dire cette phrase (rires). Je ne me ressens pas tellement ça. Non c’est abstrait. Il y a des gens qui m’apprécient, mais je pense qu’il y a des gens qui ne peuvent pas me supporter.

 

Qu’est-ce que les gens vous disent lorsqu’ils vous reconnaissent dans la rue ?

En général, les gens m’apprécient bien, et moi, mon seul but dans la vie c’est d’être aimée. Même avec ce rôle de « salope » dans Corporate, je m’arrange toujours pour que les gens me trouvent super.

 

Et la série Les Revenants dans laquelle vous jouiez, ça revient ?

Ben non, on a quand même fait une deuxième saison qui n’a pas trop bien marché, donc on ne reviendra plus là je pense. On va arrêter de revenir (rires).

 

Enfant vous rêviez de tout ça ?

Non. Mais je ne sais pas si je me voyais dans un métier, enfant. Je n’ai pas de souvenirs ou je me disais : « Tiens, je vais faire ça. » Vous voulez savoir à quoi je rêvais enfant ?

 

Oui.

Non, mais tout mon rapport au jeu est vraiment né d’une chose qui était très physique et expérimentale. C’est une expérience physique que j’ai voulu continuer. C’est bizarre cette phrase, ça n’a pas de sens.

 

Pas trop non. C’est-à-dire ?

Et bien la première fois que je suis montée sur scène, j’ai fait rire les gens et ça fait physiquement un truc très fort. Ça fait des grandes montées d’adrénaline, avec beaucoup de peur. Le corps est très sollicité, et il a pris comme un gros shoot. On se sent très bien. On plane un peu.

 

Et le rêve s’est enclenché.

Et non ! J’ai juste continué à vouloir ressentir cette sensation.

 

Et de quoi rêvez-vous maintenant ?

Ce sont des grandes questions que vous posez.

 

Oui, je ne suis pas là pour vous demander : « Alors combien de jours de tournage ? »

Alors, j’aimerais bien arriver avec un ami à écrire une comédie musicale dans laquelle je vais jouer et chanter sur scène. C’est ça mon prochain rêve. Ça va ou pas ?

 

Ça me va. Dernière question existentielle pour terminer. Que diriez-vous à la jeune Céline de 10 ans si vous la croisiez dans la rue ?

Je ne la dérangerais pas je crois. Je la laisserais là où elle est. À 10 ans, j’étais très bien où j’étais.

 

Un mot de conclusion ?

Je voudrais dire aux gens qu’ils aillent au cinéma les premiers jours de la sortie des films, parce que peut-être qu’ils ne le savent pas bien, mais on est dans une économie où ils sortent très vite de l’affiche. Leur avenir se joue maintenant le mercredi de la sortie, le jeudi ou le vendredi. Donc si vous avez envie d’en voir un, allez-y vite !

 

Cessez-le-feu, d’Emmanuel Courcol, avec Romain Duris, Céline Sallette, et Grégory Gadebois. Drame. Sortie le 19 avril.

Corporate, de Nicolas Silhol, avec Céline Sallette, Lambert Wilson, et Stéphane De Groodt. Drame. En salle actuellement.