Celui qui tombe…

Sonné, c’est l’état dans lequel on sort de cette piste de tous les dangers. Véritable horloger des jeux de vertige et de simulacre, Yoann Bourgeois n’a jamais craint de défier les codes. Avec Celui qui tombe – présenté dans le cadre de « Séquence Danse Paris »– il atteint des sommets.

Est-ce du cirque ? De la danse ? Une mécanique de haute précision ? Un peu tout cela à la fois, mais il s’agit surtout d’un objet chamanique à portée métaphorique pour dire nos guerres intimes et interroger la notion de solidarité. En demandant à six interprètes (Jean-Baptiste André, Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Dimitri Jourde, Elise Legros, Marie Fonte et Vania Vaneau en alternance avec Francesca Ziviani) de garder l’équilibre sur un drôle de rafiot mouvant risquant à tout instant de se dérober sous leurs pieds, cet acrobate-jongleur-danseur-chorégraphe signe une œuvre d’une renversante beauté. Soit le tableau saisissant de notre petite humanité en suspens tremblant sur ses bases, courant, glissant, s’agglutinant pour apprivoiser le mouvement centrifuge. Saint patron des « Joueurs », notre artiste perché se joue des lois de la gravité et de la peur du vide avec le soutien de sa fidèle comparse Marie Fonte et de sa compagnie. Tout ici sidère : le dispositif (créé par Nicholas von der Borch, Nicolas Picot, Pierre Robelin), la concentration, la prise de risques, l’inouïe maîtrise des circassiens. La bande-son navigue entre grands airs classiques (« Didon et Enée » de Purcell) et standards (« My Way » de Sinatra). Le doute n’est plus permis : ce ballet cosmique et hypnotique restera imprimé dans votre mémoire rétinienne.

Note : 4/5