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CELUI QUI TOMBE

Créé en septembre 2014 à l’Opéra de Lyon pour la seizième Biennale de la danse, « Celui qui tombe » renforce cette conviction depuis longtemps acquise par les initiés : Yoann Bourgeois est un ami. En demandant à six interprètes de tenter de garder l’équilibre sur une plate-forme suspendue, risquant à tout instant de se dérober sous leurs pieds, cet acrobate-jongleur-danseur-chorégraphe signe une œuvre d’une renversante beauté.

Dans ce décor mouvant accroché à quatre filins d’acier, une petite humanité en suspens tremble sur ses bases,  courant, glissant, s’agglutinant pour apprivoiser le mouvement centrifuge. Le jeu ici ? Ne pas être celui qui tombe. Echoués sur ce drôle de rafiot qui grince, tangue, puis se met à tournoyer à toute vitesse, six « naufragés » s’escriment à chercher l’équilibre…avant de s’écrouler. 

Est-ce du cirque ?  De la danse ? Une machinerie infernale ? Un peu tout cela à la fois : un objet inédit à portée métaphorique pour dire nos guerres intimes (comment rester debout dans ce monde bancal ?) et interroger la notion de solidarité. Saint patron des « Joueurs », cet horloger des jeux de vertiges et de simulacres, se joue des codes avec le soutien de sa fidèle comparse Marie Fonte et de sa Cie. Tout ici sidère : le dispositif, créé par des caïds de la technique , la concentration, la prise de risque, la maîtrise inouïe des circassiens. Une mécanique de haute précision.

La bande-son navigue entre grands airs classiques (« Didon et Enée » de Purcell) et standards (« My Way » de Sinatra). Capable de nous clouer au sol comme de nous faire décoller de terre, ce ballet cosmique et hypnotique passe comme un songe. 

Du 6 au 7 novembre : Scène Nationale de Sénart, du 18 au 19 décembre à l’Apostrophe, Cergy Pontoise, du 7 au 9 et du 11 au 13 avril 2016 au Cent-Quatre-Paris.