Cendres de cailloux

Directeur artistique de « Québec en scène », Christian Bordeleau a choisi Paris pour exhaler la prose sensorielle du Québécois Daniel Danis : de la douleur en pièces détachées, amplifiée par la musique originale de Geneviève Morissette.

Directeur artistique de « Québec en scène », Christian Bordeleau a choisi Paris pour exhaler la prose sensorielle du Québécois Daniel Danis : de la douleur en pièces détachées, amplifiée par la musique originale de Geneviève Morissette. Transe convulsive dans les forêts d’Amérique du Nord ? Récit d’initiation ? Ode cosmique à la nature et à l’amour ? Le sujet à lui seul vaut son pesant de sirop d’érable : s’y entrelacent quatre contes relatant des vies sans filet. Il y a Shirley : l’amazone frondeuse bientôt subjuguée par Clermont, un inconnu aux yeux de loup. Problème : rompu de douleur depuis qu’il a perdu sa femme, il fuit sa vie, ne supportant que sa fille de onze ans, Pascale, témoin clé de ce récit où le passé se cristallise tragiquement dans le présent. Coco, lui est le jeune chien fou qui danse sur un volcan et par qui tout arrive. Véritable ascenseur émotionnel, ce poème théâtral à quatre voix interroge la promesse d’un serment (pourquoi choisit-on toujours trop tard d’arrêter la machine infernale ?) et redonne du sens au véritable amour, celui qu’on ressent sans le comprendre. Captivant, le spectacle avance, syncopé et furieux. La mise en scène tournoyante de Christian Bordeleau fait dominer l’énergie, fût-ce celle du désespoir et ce, jusqu’à la conclusion abrupte, saisissante. Il faut noter l’excellence des comédiens (Philippe Valmont, Solène Gentric, Marie Mainchin et Franck Jouglas) qui insufflent à chaque scène une énergie électrique. Et puis, la magie du verbe : cru et saint à la fois, barbare et sophistiqué, ravageur et délicat. Les mots de Danis cognent, crachent puis emportent dans une tension, charnelle et mystique, un espace de perception très sensible. C’est d’ailleurs cette sensation organique, viscérale même qui fait le prix de cette création qui a tout pour enflammer le public. Libre et total, ce théâtre-là, il faut le vivre et l’aimer.

Cendres de cailloux, jusqu’au 26 mars. Du mercredi au samedi à 20 h 30, et le dimanche à 20 h au Théâtre la Boussole, 29 rue de Dunkerque 75010 Paris. M° Gare du Nord. Pl. : 21-33 €. Tél. : 01 85 08 09 50.