Ceramix

Jusqu’au mois de juin, La Maison rouge et Sèvres-Cité de la céramique présentent conjointement CERAMIX. Une exposition consacrée aux liens entre l’art et la céramique aux XXe et XXIe siècles, qui rassemble 250 œuvres de 100 artistes de 25 nationalités différentes. Un réjouissant foisonnement qui contribue à redorer l’image d’un médium injustement mésestimé.

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Si la céramique évoque, dans l’esprit de beaucoup, un art mineur et archaïque ou un artisanat producteur de bibelots de mauvais goût, elle a pourtant plus que jamais sa place dans le monde de l’art. L’exposition, d’une grande richesse, propose une incursion dans l’univers de nombreux artistes plus ou moins connus, et la traversée de plusieurs courants artistiques qui ont marqué les dernières décennies (futurisme, fauvisme, cubisme, expressionnisme…). Le parcours, à la fois chronologique, thématique et géographique, se déploie au cœur d’une scénographie intéressante, où la fragilité des œuvres (sous verre pour la plupart) se trouve subtilement soulignée par la surprenante précarité de leurs socles, taillés dans de simples blocs de polystyrène. Les sujets abordés – de la sexualité à la politique, en passant par la religion ou la mort – sont multiples, à l’image de la diversité des démarches des artistes. Le pari de construire une exposition avec, comme point de départ, un simple matériau, devient alors prétexte à d’extraordinaires rapprochements, de singulières découvertes dévoilées au fil d’un parcours émotionnellement exigeant.

Accueilli dans l’exposition par Piet Stockmans et son installation murale de porcelaine blanche, tout en finesse et légèreté, le visiteur se heurte vite à la massive Tête monumentale de Balzac, d’Auguste Rodin. Depuis les masques d’André Derain qui semblent d’emblée sympathiques, il avance vers les Basler Masks de Thomas Schütte, plus impressionnants : des visages inquiétants, aux traits déformés et particulièrement expressifs. Amusé par les W.-C. représentés par Robert Arneson (qualifiés de « céramique suprême », en référence à la Fontaine de Marcel Duchamp), il est ensuite étonné par l’œuvre d’Elmar Trenkwalder. Si sa sculpture (WVZ 206) semble, de loin, figurer un monument religieux, c’est une surprise de découvrir, en s’approchant, les fragments de corps et les sexes féminins et masculins qui la recouvrent. Après le frisson éprouvé devant les 1500 blattes géantes de l’installation de Bita Fayyazi, et le réconfort apporté par la discrète poésie des Poissons de Gabriel Orozco, les quatre Painted Ladies de Jessica Harrison (l’une d’entre elles est représentée sur l’affiche de l’exposition) éveillent un plaisir esthétique réel et ambigu. La violence de l’agression subie par ces figurines de porcelaine du XVIIIe siècle, que l’artiste a tatouées, étêtées, ensanglantées, contraste avec la douceur d’une intervention de précision, délicate et subtile. Ainsi, face à la diversité des œuvres exposées, tour à tour poétiques, comiques, transgressives et inquiétantes, le visiteur traverse une palette d’émotions très large. Subjugué par la délicatesse d’une forme, déstabilisé par l’audace d’une autre, il quitte l’exposition riche de rencontres artistiques singulières et passionnante, enclin à poursuivre l’expérience, à Sèvres – Cité de la céramique, où le second volet de l’exposition se déploie, en parallèle.

Art et céramique – CERAMIX – De Rodin à Shütte : www.lamaisonrouge.org

Jusqu’au 12 juin à Sèvres – Cité de la céramique, 2, place de la Manufacture, Sèvres (92). M° Pont de Sèvres. Tous les jours sauf mardi de 10 h à 17 h. Entrée : 8€, tarif réduit : 6€.

> Bon à savoir : un tarif plein acheté = un tarif réduit pour l’entrée de l’institution partenaire, sur présentation du petit journal gratuit tamponné.