Chefs-d’œuvre de Budapest

Le musée du Luxembourg profite de la rénovation du musée des beaux-arts de Budapest pour présenter des chefs-d’œuvre de la capitale hongroise. Le condensé d’art qui va du Moyen Âge à la modernité fait admirer des maîtres incontestés : Dürer, Leonard de Vinci, Greco, Tiepolo, Rembrandt, Goya, Manet, Monnet, Cézanne Gauguin… et quelques disciples hongrois.

En 1906, l’inauguration du musée des Beaux arts de Budapest ne s’est pas faite sans arrière-pensée : on voulait doter la ville du meilleur de l’art national et international essentiel à la formation et à l’élévation de la population. À l’époque, sous François-Joseph, la Hongrie connaît un essor économique et un âge d’or artistique. Un siècle plus tard, la collection du musée des beaux-arts de Budapest comporte plus de dix mille œuvres d’art internationales de toutes les grandes périodes artistiques européennes. La rénovation du lieu donne l’occasion au musée du Luxembourg de présenter près d’une centaine de peintures, dessins et sculptures en provenance de la capitale hongroise, issues à la fois du musée et de la Galerie nationale hongroise.

Attrait pour la peinture hollandaise

L’exposition propose ainsi de traverser les époques dans la chronologie, de la fin du Moyen Âge à la modernité, en accéléré. Après une entrée en matière qui confirme la passion artistique de l’époque féodale pour la Vierge et les Saints, la Renaissance germanique, XVIe, explore de nouvelles voies dans le sillage de Dürer. On s’arrête devant son très réaliste Portrait d’un jeune homme, à l’expression énigmatique. Il est dit que « des artistes tels que Cranach et Altdorfer scrutent la figure humaine et la nature pour rendre avec une même précision les visages et la surface des choses ». Place à l’Italie dans la section intitulée Cinquecento où les écoles de Venise et de Milan rivalisent. Le Cavalier sur un cheval cabré, bronze vert sombre, attribué à Leonard de Vinci sera examiné de près. Tout comme les toiles de Basaiti, Véronèse et, plus loin, le nouvel élan religieux porté par Greco et Tiepolo. En Hongrie, les princes Esterházy adoraient le siècle d’or de la peinture hollandaise (XVIIe). Le musée du Luxembourg s’en fait l’écho dans une superbe section où des scènes de la vie quotidienne, des paysages et des natures mortes rompent, enfin, avec l’exclusivité des motifs religieux et la représentation des puissants : la maison paysanne de Rembrandt ; Une femme lisant à la fenêtre de Pieter de Hooch ou La Famille des chats de Jan Steen. Dans la section Caractères, un autre joyau de la peinture italienne du XVIIe, La Jeune fille endormie, demeure anonyme : charme du visage mélancolique, attention portée aux éléments à proximité traités avec finesse. Puis des personnages de Goya côtoient l’une des vedettes de l’expo : La Dame à l’éventail de Manet, appelée aussi La Maîtresse de Baudelaire même si l’ancienne beauté créole n’apparaît pas sous son meilleur jour. Le spleen de Paris ?

L’impressionnisme à l’honneur

« La nouvelle peinture » comprend en particulier des figures de l’art français impressionniste et postimpressionniste. Il est expliqué que le musée hongrois « comporte une section assez resserrée, mais de très haute qualité » de ces périodes en France. Monet peint la Normandie, Cézanne la Provence, Gauguin choisit l’exotisme qu’il traite de manière très personnelle : impressionniste, symbolique voire mystique. Georges Seurat crayonne avec intensité un homme assis sur un banc. La peinture a changé d’époque. Des peintres hongrois emboitent le pas au “modèle français”. Mihály Munkácsy réside plusieurs fois à Paris à partir de 1867 et il y connaît le succès (voir L’Homme à la cape). Son compatriote Károly Ferenczy est lui considéré comme le « père de l’impressionnisme hongrois ». On retrouve la splendide affiche de l’exposition, « La Femme à la cage » (1892), dans l’ultime partie, assez hétéroclite, « Symbolisme et modernité ». L’huile sur toile est une œuvre du Hongrois József Rippl-Rónai, influencé par les nabis parisiens. Se remarquent aussi deux œuvres de peintres autrichiens de renom, pour ainsi dire des voisins de la Hongrie : Egon Schiele et Oskar Kokoschka. D’ailleurs, on aurait aimé voir davantage d’œuvres en provenance de ce renouveau viennois. Une sculpture de Rodin et un bronze stylisé de Béni Ferenczy figurent aussi dans la section. On recommande de prendre son temps faute de quoi l’exposition, dense mais réduite, pourrait laisser sur sa faim. Quoique le parcours donne aussi envie de visiter le musée des beaux-arts et la Galerie nationale hongroise de Budapest.