China Superstar !

La Fondation Louis Vuitton met la République populaire à l’honneur en proposant l’exposition « Bentu » couplée à un nouvel accrochage d’œuvres chinoises de la Collection. Elle montre ainsi le bouillonnement artistique d’un pays en pleine mutation.

Pour la première fois depuis son ouverture en octobre 2014, la Fondation Louis Vuitton consacre l’ensemble de ses espaces à une scène nationale. On se réjouit du choix de la Chine qui n’a pas été montrée dans la Capitale depuis plus de dix ans, et dont les acteurs économiques, politiques et culturels font toujours l’objet de questionnements et de curiosités, comme le rappelle Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation.

Tour d’abord, avec « Bentu, des artistes chinois dans la turbulence des mutations » ce sont douze artistes entre 20 et 30 ans, aux personnalités fortes et singulières et aux propositions plastiques diverses qui sont mis en avant pendant trois mois. L’expression bentu, qui signifie la terre natale, est à interpréter dans un contexte spécifique où ces artistes ont voyagé, découvert le monde pour mieux revenir à leur « terre » avec une vision personnelle qui s’est affirmée. Chacun a joué avec cette thématique en se réappropriant son histoire et sa culture, on pense aux contes visuels de Tao Hui ou aux peintures réalistes effectuées sur les lieux de son enfance de Liu Xiaodong. Certains ont été piocher du côté des savoir-faire traditionnels comme Hao Liang et ses peintures sur rideau de soie, ou Qiu Zhijie qui travaille sur les idéogrammes et la calligraphie, alors que d’autres jouent la carte de l’ultra-modernité comme Cao Fei qui utilise dans ses vidéos d’animation, les codes de Second Life.

Pour compléter la proposition de la Fondation, il faut se rendre dans les galeries situées en haut du bâtiment conçu par Frank Gehry, qui accueillent l’accrochage des œuvres de la Collection montrant une génération d’artistes un peu plus âgés, entre 40 et 50 ans, et dont les noms sont déjà connus en Occident. On pense évidemment à Ai Weiwei, présent également en ce moment au Bon Marché, dont L’Arbre reconstruit à partir de fragments morts, trône, gigantesque, au milieu de la première salle, ou aux installations de Huang Yong Ping, l’artiste que l’on retrouvera au printemps lors de « Monumenta » au Grand Palais, qui réinterprète notamment le porte-bouteilles de Marcel Duchamp évoquant le « Bouddha aux mille bras », ou la biche de la légende française du VIIe siècle de Gilles l’Ermite, mêlant ainsi références orientales et occidentales. Les autres espaces accueillent de nombreuses œuvres monumentales et contemplatives, toujours saisissantes.

 

On s’arrête sur les étonnantes peintures de cendres format XXL de Zhang Huan, les télescopages délirants de Xu Zhen qui fusionne la Victoire de Samothrace avec un Bouddha ou encore une déesse chinoise symbole de pureté avec les couleurs pop de l’arc en ciel. On plonge avec plaisir dans des installations vidéos, très bien mises mises en valeur, qui nous donnent l’occasion entre autres de découvrir l’univers onirique et nostalgique de Yang Fudong, où des hommes d’affaires sont superposés à des images tournées dans un jardin botanique, et où de séductrices ingénues évoluent dans une ambiance kitsch et vintage. Avec cette Chine à l’honneur, la Fondation Vuitton réussit à présenter une scène artistique qui fascine par son énergie créatrice et ses fortes personnalités dans un pays qui nourrit son lot de clichés comme celui de l’effacement de l’individu face au collectif, ou du copier/coller à tout va. On ne saurait que trop conseiller de prendre son billet pour effectuer un voyage artistique qui ouvre les horizons culturels.

Crédit correspondant à la première photo du dernier diaporama : © Xu Zhen et MadeIn Company pour l’oeuvre de l’artiste © Yan Pei-Ming / ADAGP, Paris, 2016 © Zhang Huan Studio pour l’oeuvre de l’artiste. Photo Fondation Louis Vuitton / Marc Domage