Olivier Gourmet : un coup de maître

Après avoir interprété Cyrano dans Edmond, l’acteur belge incarne un autre orateur: l’avocat star Éric Dupond-Moretti dans Une intime conviction. Une interprétation délectable pour Gourmet, rencontré en décembre aux Arcs Film Festival.

 Du tribunal au grand écran

 

Olivier Gourmet Une intime Conviction
© UIC / photo : Séverine Brigeot

 

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film sur l’affaire Viguier et la disparition d’une femme qu’on n’a jamais retrouvée, et dont le mari a été suspecté ?

Olivier Gourmet : Parce que le propos sur la justice m’intéressait. J’ai toujours été attiré par l’être humain, l’homme, que ce soit dans le milieu le plus ordinaire ou dans le système politique ou judiciaire. Ici, le réalisateur se servait de cette affaire pour mettre en lumière la difficulté et le danger de se construire une intime conviction à partir du moment où il n’y a pas de corps. Et puis, il y avait aussi ce petit défi de se frotter à un avocat et à une plaidoirie jubilatoire.

 

Justement, comment vous êtes-vous glissé dans la robe de Dupond-Moretti ?

Je l’ai rencontré, j’ai lu ses livres et j’ai eu l’occasion de le suivre trois jours durant sur un procès où il était l’avocat de la défense. Je partais avec lui le matin, je rentrais avec lui le soir, je l’écoutais, on discutait le bout de gras en mangeant le midi et le soir, et c’était un plaisir car on adore la bonne chair tous les deux. On parlait de tout et de rien, de cinéma parce qu’il aime ça, de la justice, de son métier… Ça m’a permis d’être au plus près de ce qu’il incarne et de ce qu’il est lui profondément. C’est-à-dire un homme de justice, de cœur et d’une profonde humanité.

 

On peut considérer que les avocats sont aussi des acteurs, quelque part ?

Un peu, mais la vraie différence c’est qu’un avocat, quand il plaide, tient parfois la vie d’un homme au bout de sa performance, alors que quand on est acteur, ça reste de la fiction. On a le droit à plusieurs prises, alors que l’avocat, s’il se trompe, un homme peut passer le reste de sa vie en prison. L’enjeu est plus pesant. Mais les deux ont en commun l’éloquence, le fait de prendre la parole devant des gens, un public.

 

D’ailleurs, la plaidoirie de Dupond-Moretti à la fin est assez bluffante.

Elle est magnifique. Moi j’ai eu l’occasion de la lire en entier. C’est un discours d’une heure et quart, alors qu’au bout du compte dans le film, elle ne fait que dix minutes. Elle est remplie de tellement de force humaine, elle soulève en peu de temps tous les errements de la justice, la destinée d’un homme qui est là, amorphe. Moretti démarre en disant : « Je n’aime pas ce procès, parce que je suis la voix d’un homme qui a perdu la sienne ou à qui quelque part on a volé la sienne ». Vous savez, pour un acteur, quand un texte est bien écrit, c’est déjà une grosse partie du travail qui est faite. S’il est mal écrit, vous avez beau essayer de le retourner dans tous les sens, vous allez dans le mur. Alors que s’il est bien écrit, qu’il y a quelqu’un qui vous dirige et que vous avez un peu de sensibilité, même si vous le massacrez en jouant mal, c’est quand même très porteur.

 

Où allez-vous mettre votre César pour ce rôle ?

Chez Dupond-Moretti (rire). Il faut rendre à César ce qui appartient à César, justement.

 

Que représente pour vous le Festival de films européens des Arcs ?

Les festivals ont toujours cette qualité de mettre en vitrine des films qu’on n’aurait pas l’occasion de voir autrement. Heureusement qu’il y a encore des gens qui sillonnent l’Europe pour dénicher ce genre de réalisations. Et les salles sont pleines. Ça fait chaud au cœur. Les gens vont encore voir un cinéma différent, alors que les chaînes de télévision ne veulent plus en produire.

 

Le cinéma européen vous touche particulièrement ?

Tous les cinémas, qu’ils soient européens ou mondiaux. Il s’agit d’une passerelle. La culture, c’est tellement important de nos jours, ça représente la transmission de la différence, de l’écoute et du respect. Le septième art est encore un lieu de résistance, c’est tellement important.

 

Quel genre de spectateur êtes-vous ?

Un très bon spectateur. Je peux voir du pur divertissement et passer deux heures à être émerveillé par un film d’anticipation ou un thriller sans fond. Et je peux me triturer le cerveau sur des films plus sociaux où on nous appelle à faire marcher nos neurones et notre sensibilité pour remettre en cause certaines choses de notre société.

 

Vous êtes très prolixe en tant qu’acteur. Quel est votre moteur ?

Mon moteur à moi, c’est le plaisir. Après vient la rencontre avec le réalisateur et comment il va le faire. Est-ce qu’il est capable d’aller au bout de sa mission (rire). Et est-ce qu’il a une certaine humanité ou bien c’est juste un tyran ? Je rigole un peu, mais j’ai travaillé avec des tyrans. Cela dit, je remarque que le plaisir m’emmène toujours sur des personnages concrets, ordinaires, même s’ils deviennent extraordinaires. Ce n’est même pas le fait d’être engagé dans un cinéma plus social. J’ai davantage de plaisir à aller vers Dupond-Moretti que vers Cyrano de Bergerac, alors que c’est une partition dont je rêvais en tant que jeune acteur de théâtre. J’ai plus de plaisir en tant qu’acteur à décortiquer l’âme humaine avec des personnages auxquels je peux m’identifier et qui n’ont rien du héros.

 

Vous rêviez de ça, enfant ?

Pas du tout. J’ai commencé ce métier pour m’amuser. À partir du moment où on vous dit qu’il va falloir gagner votre vie et trouver un travail, c’est une grosse responsabilité. « Qu’est-ce que tu vas faire quand tu seras grand ? » Bah, c’est quand même pendant beaucoup d’années. Donc j’ai dit : « Faire un métier où j’aurai du plaisir ». Ça reste le moteur. J’essaie de l’entretenir. Mais même pas, au fond. Il y a encore des gens qui écrivent et qui sont assez fous pour écrire des choses qui sont plaisantes. J’ai la chance de les recevoir quelquefois.

 

Est-ce que vous avez une intime conviction ?

J’en ai plusieurs, mais le doute m’habite souvent à propos de beaucoup de choses, et c’est bien de se remettre en question. Le doute est parfois vecteur de découvertes. Donc il faut l’entretenir, et comme disait Jean Gabin : « Je sais qu’on ne sait jamais ».

 

Quelles sont vos bonnes résolutions pour 2019 ?

Arrêter de fumer. C’est quand même quelque chose qui vous tue et qui est complètement débile. Mais bon, c’est une résolution, comme chaque année (rire).

 

Un mot de conclusion ?

Bonne année !

 

Propos recueillis par Fabien Menguy

 

Une intime conviction d’Antoine Raimbault, avec Olivier Gourmet, Marina Foïs et Laurent Lucas. Thriller judiciaire. Sortie le 6 février.

 

Les Arcs Film Festival, 11e édition à retrouver mi-décembre 2019. www.lesarcs-filmfest.com