Conversation avec Vincent Dedienne : la nouvelle recrue du « Quotidien »

Nouvelle recrue du « Quotidien » de Yann Barthès sur TMC, mais aussi grand trublion de France Inter et ancien biographe interdit des invités de l’émission « Le Supplément » sur Canal +, Vincent Dedienne joue les prolongations de son spectacle S’il se passe quelque chose à partir du lundi 10 octobre au Théâtre de l’Atelier (XVIIIè). Rencontre.

Tu repars pour une nouvelle tournée de ton spectacle S’il se passe quelque chose, on peut donc parler d’une réussite, non ?

(rires) C’est drôle : « On peut parler d’un échec, n’est-ce pas ? ». Oui ça se passe bien, il y a une grosse tournée de quatre-vingt dates cette année, dont trois en octobre à Paris.

 

Est-ce que tu changes des choses au fil des représentations ? Des détails, voire même la structure ?

La structure, non. Elle s’est mise en place et n’a plus tellement bougé par la suite. Après il y a des détails qui peuvent changer, il bouge millimètre par millimètre au fil des représentations. Les gens qui ont vu mon spectacle il y a longtemps et qui reviennent le voir disent que ça a beaucoup changé mais je suis incapable de dire où.

 

Quelle est la différence entre un « seul en scène » et un « one man show » ? Dans une autre interview tu expliquais qu’un« seul en scène » c’était pour les journalistes de Télérama…

(rires) Je préfère dire « seul en scène » mais ça fait un peu le type qui se la pète façon Télérama justement. En fait la différence dépend surtout du public : ça induit une posture différente de la part du spectateur. Quand les gens pensent aller voir un one man show ils sont déjà trop prêts à rire, on peut avoir du mal à les choper dans l’émotion. Alors que quand ils viennent voir un spectacle, sans se dire que c’est un one man show, ils sont surpris que ce soit drôle. Le spectacle est construit comme ça : quand je les fais rire j’alterne avec un moment où je les fais moins rire, je feinte le public en fait. Et un public qui vient voir un spectacle est plus facile à feinter qu’un public qui vient voir un one man show.

 

A quel moment as-tu eu le déclic de vouloir faire rire les gens, aux sens professionnel et artistique du terme ?

Dès que j’ai fait rire mes parents une première fois, ou mes copains dans la classe, je me suis dit que… Enfin, en même temps non, professionnellement, il a quand même fallu que j’attende de savoir que c’était un métier. C’est vrai que quand t’es petit et que tu fais rire tes copains, tu ne te dis pas « tiens je dois pouvoir le proposer à la Chambre des métiers ». J’en ai surtout pris conscience quand j’ai vu la vidéo de Muriel Robin, j’étais tout petit. C’était une cassette qui s’appelait Tout Robin, une sorte de best-of de ses sketchs et comme elle n’avait que de très bons sketchs, le spectacle durait deux heures. Aujourd’hui plus personne ne fait de spectacle qui dure deux heures. C’est là que j’ai vraiment eu ce déclic.

 

Tu as commencé à te faire connaître du grand public grâce à tes chroniques dans le Supplément. Si quelqu’un devait faire ta bio interdite, à qui la confierais-tu ?

(il réfléchit) C’est une super question mais c’est pas fastoche… Je dirais Chris Esquerre. Chris Esquerre parce que je l’aime trop. Ce que j’aime bien c’est qu’il a un peu un regard d’extra-terrestre. Ce serait donc une bio pas très terrienne.

 

Etait-il plus simple de faire la bio de quelqu’un que tu n’aimais pas ou au contraire de quelqu’un que tu appréciais ?

C’était plus agréable de faire la bio de quelqu’un que j’appréciais, mais il n’y avait pas de règle. Ça pouvait venir très vite avec quelqu’un que je n’aimais pas, comme celle avec David Rachline, le maire FN de Fréjus. C’est sûr que je n’avais pas beaucoup d’affinités avec lui, mais en même temps, c’est venu très vite parce qu’il m’a beaucoup inspiré : on dirait qu’il a quarante ans alors qu’en fait il est plus jeune que moi… Et puis bon, il y a matière, hein. Alors que parfois quand j’aimais trop l’invité, par exemple Lagerfeld pour qui j’ai beaucoup d’admiration et d’estime, j’étais très impressionné, c’était intimidant.

 

Selon toi quelle est ta chronique la plus réussie ?

Une des plus réussies est celle de Delormeau, parce que j’avais vraiment envie de dire ça. Tout le monde s’attendait à ce que j’y aille franco, que je m’amuse bien et que je sois un peu plus vache, mais j’avais vraiment envie de mettre en lumière sa poésie, parce que je trouve qu’il en a une.

 

Et la plus foirée ?

Je crois que c’est celle de Roselyne Bachelot (rires). Je l’ai croisée deux fois depuis et à chaque fois j’ai honte. Je me cache, je n’ai pas du tout envie qu’elle me dise bonjour. C’était vraiment la pire, mais en même temps c’était aussi un peu de sa faute parce qu’elle ne m’avait pas aidé.

 

Tu avais commencé l’une de tes chroniques par un Tu préfères, alors on s’est dit qu’on allait arroser l’arroseur. Tout simplement, tu préfères le travail de chroniqueur ou celui d’être sur scène ?

Je préfère être sur scène. J’aime beaucoup le travail de chroniqueur mais c’est très fatiguant, alors que sur scène j’ai beau avoir quatre-vingt dates et jouer partout, à chaque fois ça me ressource. Quand je commence le spectacle et que je suis très fatigué j’en ressors en ayant l’impression d’avoir fait une thalasso de trois jours.

 

Est-ce que tu serais tenté par une carrière au cinéma ?

Ah oui, ça m’excite à mort. J’ai commencé à être très cinéphile en m’installant à Paris, j’avais un cinéma dans mon quartier. Et plus je suis devenu cinéphile plus j’ai eu envie de faire du cinéma.

 

Dans tes rêves les plus fous avec quel réalisateur aimerais-tu tourner ?

En premier choix Alain Resnais, ça aurait été mon rêve absolu. Ou Solveig Anspach, avec qui j’aurais aussi beaucoup aimé travailler… Mais il y en a plein avec qui j’aimerais tourner, comme Stéphane Brizé, Agnès Jaoui, Zabou Breitman… Dès que je vois un beau film, ça me donne envie. Il y a aussi toute une nouvelle génération qui dépote, comme Thomas Cailley qui a fait Les combattants.

 

J’ai une dernière question, j’ai préféré attendre la fin mais… il est sympa le Père Fouras ?

(rires) C’est ce que tous mes copains me demandent. Et bien en fait je ne l’ai pas croisé, je l’ai juste vu passer de loin mais je ne lui ai pas parlé. Il faudrait demander à Eve Angeli. Mais Passe-partout est super !

Les lundis 10, 17 et 24 octobre au Théâtre de l’Atelier (XVIIIè), 20h.