Coup de projecteur sur les frères Lumière au Grand Palais

Le 22 mars 1895, deux frères au nom pour le moins prédestiné organisaient la première séance de projection privée d’images animées. Le cinéma était né. Cent vingt ans plus tard, une exposition au Grand Palais rend hommage à ces visionnaires et à leur géniale invention.

Grandissant à Lyon où leur père tient un studio de photographie, Louis et Auguste se passionnent très tôt pour cette technique. Au point qu’à l’âge de 17 ans, en 1891, Louis améliore un procédé de plaques sèches au gélatino-bromure d’argent et met au point une plaque photographique instantanée, prête a l’emploi. L’ancêtre du Polaroïd en quelque sorte, qui permettra à la famille de faire fortune et de développer tranquillement une autre invention : le cinématographe ! Boîte imprimant plusieurs chronographes à la suite sur des rouleaux de pellicule perforée de 17 mètres grâce à un mécanisme s’inspirant des machines à coudre, l’appareil de Louis, breveté le 13 février 1895, sert à la fois pour la prise de vue, la projection, et le tirage de copie. Une invention révolutionnaire dont l’un des premiers exemplaires est à découvrir au cœur de l’exposition, en même temps que ses ancêtres qui paraissent presque préhistoriques en comparaison. À voir également, la lanterne magique, cette boîte projetant une image peinte sur une plaque de verre, le Thaumatrope et le Zootrope, des jouets optiques, ou la chronophotographie précurseur du cinématographe. On retrouve aussi le Kinétoscope de l’Américain Thomas Edison, très novateur, mais destiné à l’usage d’un seul spectateur. Les Lumière, eux, ont eu l’éclair de génie, si l’on peut dire, de projeter leur découverte sur grand écran. “Le mouvement pris sur le vif” Au détour de l’exposition du Grand Palais, vous pourrez pénétrer dans le Salon indien du Grand Café, aujourd’hui l’hôtel Scribe, boulevard des Capucines à Paris. Une pièce reconstruite presque à l’identique de ce 28 décembre 1895 où (après la séance privée du 22 mars 1895) eut lieu la première projection publique au monde. Georges Méliès et les 32 autres tout premiers spectateurs restèrent, aux dires du cinéaste, « tous bouche bée, frappés de stupeur, surpris au-delà de toute expression », au point que « à la fin de la représentation, c’était du délire, et chacun se demandait comment on avait pu obtenir pareil résultat ». Parmi les dix films projetés ce jour-là, c’est le premier jamais réalisé, la fameuse Sortie des usines Lumière, qui marqua le rédacteur du journal La Poste : « C’est une porte d’atelier qui s’ouvre et laisse échapper un flot d’ouvriers et d’ouvrières, avec des bicyclettes, des chiens qui courent, des voitures ; tout cela s’agite et grouille. C’est la vie même, c’est le mouvement pris sur le vif. ». Les frères Lumière inventaient en même temps le cinématographe, le documentaire et les actualités filmées avec ces tout premiers films à voir et à revoir : 1 422 en tout, diffusés en boucle dans la salle “1895-1905”. Soit 23 heures de vie quotidienne, d’actualités officielles, de défilés militaires, de comédies, de vues de villes, de paysages ou de saynètes familiales des Lumière eux-mêmes capturés par leurs opérateurs partis mettre en boîte le réel en mouvement aux quatre coins du monde à partir de 1896.

Fin d’après-midi en famille en 1910 à La Ciotat (avec Louis Lumière) - Plaque Autochrome Lumière

Film Lumière n°91-Sortie d’usine, I - 1895

Quand on aime…

… On a toujours 120 ans. Et pour fêter comme il se doit cet anniversaire, ce récit de la naissance du cinématographe s’accompagne d’hommages aux contemporains des Lumière comme Georges Méliès, Léon Gaumont ou Charles Pathé, de joyaux dévoilés comme la précieuse pellicule papier, de centaines d’autochromes et de plaques émaillées, de travaux de ceux qui ont contribué à perpétuer l’art de l’image comme les photographes William Klein et Stephan Crasneanscki, ou des caméras de Claude Lelouch qui a dédié sa vie au cinéma. Le tout enjolivé du regard de cinéastes actuels sur les travaux des frères Lumière avec Les Frères Lumière vus par…, six remakes de La Sortie des usines réalisés par Quentin Tarantino, Michael Cimino, Jerry Schatzberg, Pedro Almodóvar, Paolo Sorrentino et Xavier Dolan. Autant de merveilles à savourer sous la nef du Grand Palais, merveilleux écrin pour célébrer ceux qui ont inventé le spectacle à l’écran._ Lumière ! Le cinéma inventé, jusqu’au 14 juin au Grand Palais, Salon d’honneur. Commissaires : Thierry Frémaux et Jacques Gerber. Scénographie : Nathalie Crinière. Dimanche et lundi de 10 h à 20 h, mercredi, jeudi, vendredi, samedi jusqu’à 22 h. Entrée : 13 € ; tarif réduit 9 €. www.grandpalais.fr. À noter également, l’exposition 120 ans de cinéma : Gaumont, depuis que le cinéma existe, du 15 avril au 5 août au Centquatre. Une exposition spectacle qui rend hommage à cet autre pionnier du cinématographe à travers des pièces de collections du musée Gaumont, du musée des Arts forains, des extraits de films, des affiches, des costumes, des vieux films, des avant-premières et des ateliers ludiques pour toute la famille. www.104.fr.