Que vaut le film Jojo Rabbit, nommé 6 fois aux Oscars ?

Étrange & attendrissant, Jojo Rabbit de Taika Waititi, séduit par son sujet – un enfant des Jeunesses hitlériennes, épaulé par son ami imaginaire qui n’est d’autre qu’Hitler – mais déçoit sur la longueur, forçant maladroitement sur les bons sentiments.

L’intrigue du film Jojo Rabbit

Jojo Rabbit / © Fox Searchlight
Jojo Rabbit / © Fox Searchlight

Bons sentiments, dérision & nazisme font-ils bon ménage ? On ne sait par quel bout le réalisateur et scénariste néo-zélandais a abordé l’écriture de son 7ème long métrage, mais la question, quelque peu inédite, a dû résonner.

Adapté du roman de Christine Leunens, Le Ciel en cage, Jojo Rabbit raconte la Seconde Guerre Mondiale à travers les yeux de Jojo Betzler, garçon de 10 ans vif, mignon, blond – et fanatique du régime. Des posters du Führer inondent les murs de sa chambre d’enfant, et c’est avec beaucoup d’envie mais pas mal de trac qu’il intègre les rangs des Jeunesses hitlériennes de sa petite ville d’Allemagne lors d’un camp d’été. Du scoutisme pour les nuls version III° Reich – combats à l’arme blanche, maniement des grenades & autodafé survoltés compris. Pour l’aider dans cette tache pas si simple, il peut compter sur son ami imaginaire ; un ami qui le soutient, le motive, l’aide à se jeter dans la bagarre et qui n’est autre qu’Hitler.

Tout ne se passe évidemment pas comme prévu, et Jojo va vite devoir redoubler d’effort pour se faire une place parmi cette joyeuse troupe. Sans compter que de retour à la maison où il vit seul avec sa mère (incarnée par Scarlett Johansson), il y découvre, cachée dans les murs du grenier, une jeune fille – juive.

Notre avis

Jojo Rabbit / © Fox Searchlight
Jojo Rabbit / © Fox Searchlight

L’intrigue, farfelue et très alléchante, est montée tambours-battants par le réalisateur-acteur. Taika Waititi incarne lui-même le chef suprême, ou plutôt une version acide, grotesque et hilarante que l’on imagine très loin d’une réalité historique. C’est dans ce décalage presque permanent entre les atrocités du régime, sous-entendues par les adultes mais bien connues dans notre psyché collective, que le film fonctionne.

Ramenée à hauteur d’enfant, entité préservée le plus possible de tout éclat du réel, l’Histoire parait bienveillante. D’autant plus ici, où les figures d’autorités – un instructeur des Jeunesses hitlériennes désinvolte & alcoolique (formidable Sam Rockwell), ou le capitaine de la Gestapo locale au sourire carnassier, incarné par le trop rare Stephen Merchant – délivrent des discours sortis en bloc d’une propagande huilée, calibrée pour endoctriner la jeunesse. On est rassuré, en même temps que Jojo voit ses certitudes, ses idées et préjugés sur le monde, la guerre et les Juifs, confortés.

Visuellement, cela se traduit par une overdose de couleur pastel, de cadrages parfaits et de symétries rassurantes dans un village fictif, charmant, image d’Épinal d’une Allemagne rurale, loin – du moins, au début – des affres de la guerre que les protagonistes supportent et soutiennent. Wes Anderson a semble t’il peser de tout son poids dans la mise en scène de Waititi. Cette épaisse couche de vernis, non-seulement visuelle, est aussi sentimentale : une tartine de bons sentiments qui finit par être indigeste sur la longueur.

Le film aurait gagné à être plus subtil, plus nuancé – non pas dans la représentation du nazisme et de leurs soutiens, joyeusement caricaturaux, mais dans le sort qu’il réserve à ces personnages – de Rosie Betzler, mère de Jojo, à Elsa Korr, fillette juive incarnée par la très douce Thomasin McKenzie. On ne peut s’empêcher de voir les (très) grosses ficelles du récit : un prévisible happy-ending, satisfaisant mais boursouflé.

Jojo Rabbit, par Taika Waititi (2020)
Actuellement en salles