Dans la peau d’Anne Teresa de Keersmaeker

Le centre Pompidou, l’Opéra de Paris et la grande chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker s’associent pour une « expo dansée » de neuf jours à ne pas rater.

Depuis le décès de Pina Bausch, un consensus dans le milieu de la danse contemporaine s’accorde à peu près à dire que la plus grande chorégraphe contemporaine vivante est Anne Teresa de Keersmaeker. Pourquoi ? La meilleure façon de le comprendre est sans doute d’aller visiter l’événement que constitue Work/Travail/Arbeid, à la fois exposition et chorégraphie, ou bien ni l’un ni l’autre, mais plutôt expérience sensuelle et vivante au cœur de la création. Neuf jours durant, la chorégraphe investit la Galerie Sud avec des danseurs de sa compagnie Rosas et les musiciens de l’ensemble contemporain Ictus, qui ne vont pas importer un ballet au musée, mais interpréter la danse sous la forme d’une exposition présentée chaque jour sur un cycle de neuf heures. Anne Teresa de Keersmaeker isole chaque partie du travail, pour les présenter une par une, puis assemblées par deux, trois etc… selon des combinaisons différentes. Chaque heure propose une nouvelle partie de la chorégraphie et une nouvelle association de danseurs et de musiciens.

On plonge donc, d’une certaine manière, au cœur des secrets de travail de la Belge, qui décrit ainsi le processus à l’oeuvre : « Un spectacle de danse, en principe, fait converger l’ensemble de strates accumulées lors du travail en répétition. Je me suis dit qu’ici, il serait intéressant de voir la simplicité et la beauté des mouvements physiques isolés de l’ensemble, couche par couche, et de suggérer de la sorte l’infini des combinaisons possibles de ces éléments ». La chorégraphe explore, depuis des années, les liens entre musique et danse en les isolant ou en les juxtaposant. Elle nous propose aussi, ici, de « « voir » le mouvement, quand seul le son nous est offert, et de percevoir la musique, quand seule la danse est visible ». Basée sur Vortex Temporum, une (sublime) pièce chorégraphiée à partir de l’œuvre musicale du même nom du compositeur français Gérard Grisey, et présentée à Wiels en Belgique, l’exposition chorégraphiée (qui voyagera ensuite à la Tate Modern de Londres et au MoMA de New York) sera l’occasion d’une fascinante déambulation au cœur de la danse, vivante, entre danseurs et musiciens investissant l’espace sur mesure. On y sera plus que spectateur, puisqu’il n’y a pas de scène, et plus que visiteur, puisque le vivant se substitue à l’objet. Il serait dommage de rater ça.