Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano (2007)

Ce très beau titre résonne évidemment étrangement. Il donne le ton de l’univers romantique et nostalgique de Modiano. Le point névralgique du récit est un café, le Condé, situé dans le quartier de l’Odéon, où la bohème étudiante vient pour se protéger du froid, de la pluie, s’adonner à des concours de poésie, romancer sa vie.

Chacun y cherche quelque chose, une famille, un auditoire, « un refuge contre tout ce que je prévoyais de la grisaille de la vie », se justifie le premier narrateur, un étudiant de l’Ecole des Mines. Il a remarqué une femme toujours assise à la même table, au fond, qui apparaît souvent vers minuit, et reste jusqu’à la fermeture. Les clients, âgés de 25 ans, ignorent tout d’elle et ne cherchent pas à connaître son passé. Ils l’ont rebaptisée « Louki ».

Une enquête commence, et nous découvrons l’histoire plutôt triste d’une fille perdue, fugueuse, droguée, dont la mère, décédée, travaillait comme ouvreuse au Moulin Rouge. « Louki » fréquente les cafés dans l’espoir de changer de vie, d’y faire peau neuve, et essaie de s’intégrer.

Les autres posent sur la table du café leur livre ? Elle apporte le sien, écoute la bande, puis s’échappe à nouveau… Tout au long de ce récit, les rencontres, les rêves se font au Condé à l’ambiance parfois joyeuse, sorte de gare de triage des existences en suspens pleines de songes mais guettées par la tragédie.