DDESSINPARIS: Rencontre avec Eve de Medeiros sa fondatrice

7e édition pour la foire DDESSINPARIS créée en 2013 par Eve de Medeiros. Elle se tiendra du 29 au 31 mars 2019 à l’Atelier Richelieu, écrin de l’événement depuis ses débuts. Une foire singulière et engagée qui montre de nouvelles identités graphiques. Un vrai soutien aux jeunes galeries et aux artistes souvent au début de leur carrière qui par la suite connaissent un vrai succès. DDESSINPARIS, au fil des années, a fait sa place et imposé sa vision dans cette semaine parisienne du dessin où les événements se multiplient. Rencontre avec Eve de Medeiros qui revient sur son parcours et ses coups de cœur artistiques.

DDESSINPARIS
La fondatrice et directrice de DDESSINPARIS Eve de Medeiros dans les escaliers de l’Atelier Richelieu, écrin de la foire.

Eve de Medeiros, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours jusqu’à la création de la foire DDESSINPARIS en 2013 ?

Je suis la créatrice et directrice artistique de la foire DDESSINPARIS. Ma mère est bretonne, mon père est franco-brésilien du Bénin, et mon grand-père est originaire de Salvadore de Bahia au Brésil. Enfant, j’ai toujours beaucoup voyagé avec ma famille. J’ai fait des études de droit et je me destinais à la profession d’avocate pénaliste. Ensuite, j’ai fait de l’histoire de l’art et parallèlement, j’étudiais la littérature moderne à la Sorbonne et je m’intéressais aux liens entre littérature et dessin. Pendant des années, j’ai travaillé pour le prix Marcel Duchamp à la FIAC. J’ai également travaillé trois années avec Daniel et Florence Guerlain, collectionneurs de dessin, et ça a été une expérience professionnelle très formatrice dans mon parcours.

La 7e édition de DDESSINPARIS va ouvrir ses portes au public du 29 au 31 mars, pourquoi avoir créé cette foire en 2013 ? Qu’est-ce que DDESSINPARIS propose de différent dans un secteur très concurrentiel parmi les autres foires de dessin ?

En 2013, le secteur n’était pas aussi concurrentiel qu’aujourd’hui. Il y avait seulement deux foires : DRAWING NOW et le Salon du Dessin à la Bourse. Avec DDESSINPARIS j’ai voulu poser la question de la jeune scène artistique : que ce soit des jeunes artistes tout juste diplômés ou des jeunes galeries qui ne pouvaient pas accéder à des foires pour des raisons de coûts prohibitifs.

En 2013 il y avait d’un côté Drawing Now qui est une foire de dessin contemporain qui s’adresse à des artistes confirmés et à des galeries déjà installées, et de l’autre : le Salon du Dessin de la bourse qui est consacré au dessin ancien. Il y avait donc une place à prendre pour la jeune scène de dessin contemporain. DDESSINPARIS était complémentaire des événements déjà existants. DDESSINPARIS est un salon engagé sur le territoire monde, j’ai montré des artistes algériens, tunisiens, angolais, sud-africains, cubains, argentins, chiliens, iraniens, mexicains, brésiliens, coréens… C’est un engagement sur de nouvelles identités graphiques et un engagement pour le soutien aux artistes et aux galeries.

Justement, aujourd’hui DDESSINPARIS est bien ancré dans le paysage parisien comme un rendez-vous incontournable et beaucoup d’artistes qui y sont passés ont connu une très belle notoriété par la suite. Pouvez-vous nous donner quelques exemples de succes stories ?

Lucie Picandet, que j’ai présentée en 2013 sur la foire, a reçu le prix Revelations Emeriges en 2015 et elle est aujourd’hui représentée par la galerie Vallois. Repéré sur DDessin (13), Massinissa Selmani a été sélectionné par Okwui Enwezor, commissaire de All the World’s Futures à la 56ème Biennale de Venise. Depuis, cet artiste a eu une exposition personnelle au Palais de Tokyo et a reçu le prix SAM Art Projects. Repéré par DDESSINPARIS en 2013, le travail de Nidhal Chamekh  a lui aussi été sélectionné par Okwui Enwezor, pour la 56e Biennale de Venise. Sascha Nordmeyer, qui a eu un solo show à DDESSINPARIS en 2016 avec des œuvres sur papier, a lui aussi rencontré beaucoup de succès, et exposera cette année à ART PARISNelson Makamo, présenté en 2017 par Anna Reverdy, a fait la une du Time Magazine et a eu une exposition personnelle à la Fondation Blachère. Tous ont eu une carrière assez fulgurante après leur passage sur DDESSINPARIS. Aujourd’hui tous ces artistes vivent de leur art et c’était l’objectif du salon à sa création !

Pourquoi le dessin est-il selon vous un medium particulièrement intéressant et incontestablement contemporain ?

Aujourd’hui, le dessin sort de la feuille. Il va au-delà des limites imposées par celle-ci. On a une vision plus large et plus contemporaine du dessin qui n’est plus simplement résumé à un papier et un crayon. Sur la foire DDESSINPARIS nous avons présenté des dessins sur tablettes, du dessin numérique avec Joanie Lemercier notamment, du dessin augmenté, des wall drawings…

Agathe Toman, présentée l’année dernière dans la pépinière d’artistes, dessine sur des supports atypiques comme des skateboards et baskets. Suite à la foire elle a dessiné le skatepark filmé dans le clip de Calogero, 1987. D’ailleurs, la conférence intitulée « Le dessin vivant : pour une biodiversité interprétative » menée par Agnès Callu sur l’édition de cette année, reviendra sur cette multitude de nouveaux supports.

Comment travaillez-vous d’une année sur l’autre pour dénicher de nouveaux talents pour votre foire DDESSIN ?

Je voyage beaucoup mais je ne vais pas où tout le monde va ! (rires). Je suis très curieuse, ce qui m’amène souvent directement dans les ateliers d’artistes en France ou à l’étranger. Cette année, j’ai par exemple soutenu la participation de Laura Partin au salon, une artiste roumaine présentée par la galerie Marie Jaouen. 

Eve, vous êtes collectionneuse, qu’est-ce qui fait qu’un coup de cœur déclenche un achat d’oeuvre ?

Oui, je collectionne des artistes de ma foire. C’est mon soutien personnel à tous ces artistes. Je suis sensible au trait et à l’engagement dans le dessin des artistes. Chaque année je m’offre une oeuvre de mon coup de cœur de l’édition en cours. J’ai dans ma collection des œuvres de Cristina EscobarMassinissa Selmani,  Nidhal Chamekh, François Réau… Cette année mon coup cœur à quatre mains est un duo artistique : Michel Soudée et Emilie Sévère.

Pour finir, résumons en chiffres cette 7e édition de DDESSINPARIS à venir…

Cette année il y aura 21 galeries, 2 solo shows d’artistes contemporains (David Supper Magnou et Sylvie Selig), un projet spécial avec la Fondation Paul Duhem et la Pommeraie, un prix décerné par 9 personnalités membres du jury, une centaine d’artistes dans les 700 mètres carrés de l’Atelier Richelieu. Et toujours 3 jours de foire ! Nous attendons plus de monde que les années précédentes mais il m’est difficile de faire une estimation chiffrée.

ATELIER RICHELIEU
60 rue de Richelieu, 2e
Entrée : 13 euros / Tarif réduit : 9 euros
Vendredi 29 mars de 11h à 20h
Samedi 30 mars de 11h à 20h
Dimanche 31 mars de 11h à 19h

 

 

DDESSINPARIS
Laura Partin, série anxociety sans titre, 2010. Stylo à bille. 21 x 30 cm. Courtesy Galerie Marie Jaouen