De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites

On ne peut pas toujours réaliser ses rêves. Beatrice voulait être danseuse, mais son échec la condamnera à l’aigreur et au vide.

Larguée par un mari mort peu après, atterrée par la médiocrité de son quotidien – l’obligeant à héberger une vieille femme – cette mère de famille borderline insuffle un vent de folie sur sa triste banlieue du Midwest. Pas le temps de prendre des gants avec la vie et ses hypocrisies ! Elle se confronte aussi à ses deux filles qu’elle aime comme elle peut : Ruth, 17 ans, effrontée et libre, Matilda, 13 ans, taciturne et obsédée par les atomes (le titre est lié à son intérêt pour la physique). L’ombre de Gena Rowlands sous influence de Cassavetes plane… Normal : il s’agit d’un captivant portrait de femme de l’Amérique des années 70 signé Paul Zindel, loin du pensum scientifique redouté. Un destin inaccompli (porté à l’écran par Paul Newman en 1972) dans une société longtemps patriarcale. La résilience et l’éducation : ces thèmes ont éveillé l’intérêt d’Isabelle Carré qui se lance ici dans sa première mise en scène, soutenue par Delphine Sainte-Marie. Inspirée, la comédienne construit un univers d’émotions à la fois intériorisé et à vif : elle fait de l’expression des visages un véritable discours sur la condition humaine. Difficile d’oublier sa détresse lorsque sa fille l’appelle froidement Betty Barjot ravivant ainsi de vieilles blessures… Magnifique d’extravagance blessée, elle habite la scène nimbée de lumières vaporeuses (Franck Thévenon), étourdit ses jeunes partenaires (épatantes Alice Isaaz et Armande Boulanger en alternance avec Lily Taïeb) en sautant d’une émotion à l’autre. Le texte est irréfutable (dans sa façon d’aborder la violence sociale ou l’adolescence butée), les costumes très seventies (Nathalie Chesnais) : voir ce spectacle, c’est revoir les derniers atomes de cette Amérique-là, planqués au fond d’une amphore de chloroforme…

Note : 4/4