Douze millimètres

Pourquoi diable « Douze millimètres » ? Il s’agit ici du diamètre des câbles électriques sur lesquels le personnage fait une fixette dès son entrée. Mais c’est aussi la taille du calibre de la balle qui va peut-être se loger dans son cerveau. Le menu s’annonce corsé.

 Fils d’un grand chef dont l’ombre tutélaire plane sans cesse, Jean-Jacques Detoque (Julien Boisselier) a tout pour être heureux, pourtant notre chef étoilé se retrouve au bord de l’implosion, un quart d’heure avant le début de « Bonjour la France ! », grande émission télévisée destinée à fêter le jubilé de ses 25 ans de carrière. Emplumé façon grand chef Sioux, il abandonne son projet de cuisiner « une bécasse dans tous ses états » pour avouer à la France entière qu’il n’est pas forcément heureux de n’être qu’une « ombre sous une toque » ! Un saut hors de soi pour un grand moment de vérité. Au fil des scènes, naît un personnage exaspérant et suffisant mais aussi malheureux et sincère. Né de trois « fantasmes » (Boisselier rêvait de jouer dans un seul en scène, de cuisiner sur les planches et d’évoquer le destin tragique du chef Bernard Loiseau décédé en 2003), ce monologue co-écrit par Vincent Juillet et Mélissa Drigeard interroge sur la complexité des désirs, des choix et sur le sens que l’on donne à sa vie. Dans ce suspense existentiel névrotique prompt à éviscérer le microcosme médiatique, le comédien assume ce rôle borderline avec une folie libératrice. Tout cela est un peu vert mais il y a là mieux qu’un ton : un regard audacieux, transgressif même. La mise en scène chahutée – élaborée avec la complicité artistique de Morgan Perez et de Leila Moguez-, les voix off (Sara Giraudeau – Frédérique Tirmont), la qualité des vidéos (Karim Adda) et de la création musicale (Pierre Tirmont) achèvent de faire de ce texte un objet étrange et prenant. On salue la prise de risque.

Jusqu’au 29 juillet, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 17h. Théâtre de l’œuvre, 55 rue de Clichy, 9è. M° Place de Clichy. Pl : 19- 35€. Tel : 01 44 53 88 88