Édouard Baer : entre bonheur et bonne humeur

Touché par le chômage et la flemme, n’en déplaise à sa femme (Sandrine Kiberlain), dans Encore Heureux, Édouard Baer n’a rien perdu de sa folie et de sa gouaille. Deux éléments contagieux qu’il distille pour nous cette semaine.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle de cadre sup au chômage depuis deux ans ? Vous avez planté, comme lui, une tente au milieu de votre salon ?

Édouard Baer : Non, on n’est pas obligé d’avoir été foutu à la porte de son boulot pour le jouer, ni obligé d’avoir été en déportation pour jouer un déporté, sinon ça deviendrait une folie d’acteur.

Qu’est qu’il y a d’autobiographique dans ce film ? La déprime procastinatrice du personnage ?

Oui, ce sont des choses que l’on peut connaître. Les moments où on ne sait plus pourquoi on n’y arrive plus, où les mécaniques s’enraillent. Non, mais là ça va. De manière générale, la force de la vie, c’est d’avoir la puissance mentale pour que ce ne soit pas les situations qui créent notre bonheur. Justement, c’est quand tout va mal qu’il faut être heureux et joyeux et avoir de l’humour.

Il vous arrive de faire les poubelles comme votre personnage ?

Non, mais c’est vrai que j’avais honte, car mon père chinait. On allait aux puces très tôt le matin et quand il m’emmenait à l’école, il finissait aussi par fouiller dans les poubelles. Comme ça, par curiosité. Je le tirais par la main, en lui disant d’arrêter !

Dans le film, Benjamin Biolay flirte avec votre femme à l’écran Sandrine Kiberlain. Est-ce que Benjamin Biolay vous a déjà piqué une conquête ?

Écoutez, je ne crois pas qu’on « pique des conquêtes ». Je crois que ce sont les dames qui choisissent. Elles font ce qu’elles veulent. Je ne rentre pas du tout dans cette idée un peu machiste où « je t’ai pris machin ». Ce ne sont pas les hommes qui décident, ce sont les femmes qui nous le font croire.

Est-ce que voler l’argent d’une femme riche morte sans héritier c’est malhonnête ?

Quand on est autour d’une table de salon, c’est facile de disserter sur le bien, le mal. Là, il y a une urgence. On se découvre en train de faire une chose parce qu’on n’a pas le choix. On se dit : « Soyons Robin des Bois ». Le pauvre c’est moi, et bien je me sers !

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous motive encore dans le fait de jouer ?

L’idée que les choses auxquelles on participe puissent encore toucher le public, égayer, habiter. Moi, j’ai envie que les gens se disent que cette famille existe et que ça leur fasse du bien. Mais ce n’est pas un feel good movie fait d’une façon con pour faire croire à un monde enchanté. Il y a des films dans lesquels on voudrait habiter ou être amis avec les gens qui sont dedans. Tout d’un coup, on augmente le réel, la vie quotidienne est ensoleillée. Je veux participer à des projets comme ça.

Vous venez de mettre en scène votre prochain film, Ouvert la nuit. Pour vous, réaliser, c’est un plus ? C’est vital ?

C’est autre chose. En tout cas, de créer un monde entièrement imaginé, oui j’en ai besoin, que ce soit au théâtre ou au cinéma.

De quoi rêviez-vous quand vous étiez enfant ?

Je rêvais de pouvoir vivre de mon imaginaire. C’est une chance extraordinaire que j’ai. Léo Ferré disait : « Je fais de l’argent avec mes idées, ça vous choque ? Moi pas ! ». Moi, je vis de mon imaginaire et c’est un truc un peu enfantin.

Pour terminer, quelles sont vos résolutions pour 2016 ?

Ah non, alors ça je ne les tiens pas ! Je suis comme les champions cyclistes : faire mieux la prochaine fois, s’améliorer.

Vous êtes déjà pas mal.

Oh ben c’est un miracle, oui (rires).

Encore heureux, de Benoît Graffin, avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, et Bulle Ogier. Comédie. Sortie le 27 janvier.