Ellen Page : libre et libérée

Ado smart dans Juno, l’actrice a bien grandi. Assumant publiquement son homosexualité et à la recherche de rôles plus matures, la voici cette semaine amoureuse de Julianne Moore dans Free Love un drame poignant et militant inspiré d’une histoire vraie.

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur ce film où vous jouez, Stacie, la compagne d’une femme atteinte d’un cancer qui cherche à faire valoir les droits des compagnons homosexuels ?

Ellen Page : Je pense que c’était de savoir que c’est une histoire vraie, de passer du temps avec la vraie Stacie, et de composer avec ces scènes où vous savez que l’amour de votre vie va mourir. Bien sûr, je ne peux pas ressentir le dixième de ce que cela peut faire, mais être plongée dans toute cette tristesse, passer du temps avec elle, dans sa maison, sur son lieu de travail, c’était une expérience incroyable.

Ce n’était pas trop difficile pour Stacie de ressasser ce passé douloureux ?

Un peu avant sa mort, un documentariste avait posé la question à sa compagne Laurel sur ce que ça lui ferait si on faisait une fiction sur sa vie. Elle a ri et a répondu que ce qui lui importait, c’est que le maximum de personnes connaissent son histoire. Donc, je pense que Stacie a accepté de le faire pour Laurel.

Est-ce qu’on se met en danger en jouant ce genre de rôle ?

Vous savez, c’est le genre de films dans lequel vous vous jetez entièrement. Vous travaillez de longues heures par jour. Mais vous faites ça, et ensuite c’est terminé. Vous n’emportez pas votre tristesse à la maison.

Julianne Moore, votre compagne dans le film, dit s’être inspirée de votre expérience. Comment ?

(Rires) Demandez à Julianne la prochaine fois.

Quel message vouliez-vous faire passer ?

On a toujours l’espoir que cela émeuve quelqu’un et en particulier que cela touche quelqu’un qui n’est pas concerné par le sujet. Mais moi, j’ai surtout voulu faire le film parce que ça parle de deux personnes qui ont fait de grandes choses pour l’égalité des homosexuels aux États-Unis.

Est-ce que c’est un combat toujours aussi difficile aujourd’hui aux États-Unis ?

Oui. Bien sûr, il y a eu des progrès, mais si Laurel et Stacie avaient été mariées, elles n’auraient pas eu tous ces problèmes. Vous pouvez encore vous faire renvoyer ou ne pas être embauché dans 31 états, juste parce que vous êtes LGBT. Les gens les plus vulnérables par exemple sont les femmes trans noires. Elles ont une espérance de vie de seulement 45 ans aux États-Unis. C’est insensé ! Donc clairement, il y a vraiment encore beaucoup à faire.

Et à Hollywood ? Le cinéma est-il macho ?

Objectivement, la plupart des grands rôles et des héros sont des hommes. Il y a visiblement une disproportion entre le nombre de réalisateurs hommes et femmes. Aujourd’hui, le dialogue est ouvert, mais c’est encore un peu : « Attendez une seconde, ne quittez pas ». Mais j’ai l’espoir que les choses changent et je sens que ça commence à bouger.

Et vous, de quoi rêvez-vous maintenant ?

Je me sens tellement chanceuse que mon rêve est de continuer à être impliquée dans des projets qui m’inspirent et qui font me sentir passionnée. Oui, c’est ça, j’espère pouvoir rester passionnée tout au long de ma vie.

Pour terminer, quel est votre rapport à la France ?

Ma mère a étudié en France et elle parle français. Moi, pas ! Je ne sais pas pourquoi. C’est très embarrassant. J’ai grandi avec des photos d’elle et du Paris des années 70. Ce sont des images que j’ai toujours aimé regarder.

Free Love, de Peter Sollett, avec Julianne Moore, Ellen Page, et Steve Carell. Drame. Sortie le 10 février.