Emma Watson : la Belle et pas bête

Hermione Granger a bien grandi. Elle est devenue belle au propre comme au figuré. La charmante actrice de 26 ans qui incarne Belle dans la version live de La Belle et la Bête de Disney à l’affiche cette semaine est aussi une jeune femme très engagée.

Quel souvenir gardiez-vous du film d’animation de Disney ?

Emma Watson : J’ai récemment posé la question à mes parents pour savoir quand j’avais vu le dessin animé pour la première fois, et ils m’ont répondu qu’enfant, je le regardais en boucle et que je ne voulais rien voir d’autre. Ce film est très particulier pour moi, parce que je suis née ici en France. J’y ai vécu cinq ans avant de partir en Angleterre, et j’ai emporté ce film avec moi comme une connexion entre ces deux pays. Et puis, à mon sens, Belle est une vraie héroïne, sans peur et indépendante d’esprit. Je l’admirais tellement.

 

S’attaquer à un tel mythe de Disney, ça met la pression ?

Effectivement. Il y a beaucoup de pression parce que les gens ont peur de ce qu’on a pu en faire. Certains l’ont vu tellement jeunes qu’ils ne se souviennent même plus quand. Cela fait partie de leur culture collective. On ressent la pression parce que le film est très aimé, et qu’on ne veut pas se rater avec quelque chose de si important.

 

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à faire sur le film ? Jouer dans le vide devant un écran vert sans les effets spéciaux ?

C’est vrai que je devais essayer d’imaginer des choses invisibles au moment où je jouais. On me disait : « Ok ! Il y a un personnage en forme de bougie qui fait le grand écart. Essaie de rendre tout ça crédible ». Moi je me disais d’accord, je vais essayer de l’imaginer sans devenir folle et rendre ça le plus authentique possible. Mais c’est justement ce mélange qui est génial dans le film. Il y a de vrais personnages, de la comédie musicale et des effets spéciaux. Tous les challenges sont réunis et réussis.

 

La beauté est un des thèmes du film. Que pensez-vous de sa place dans notre société ?

Je crois que c’est ce que les gens aiment tant à propos de l’histoire, l’idée que l’amour transcende ces signes extérieurs superficiels, qu’il surpasse les préjugés qu’on a sur les autres avant de comprendre qui ils sont réellement. C’est très humain et c’est un instinct naturel d’être effrayé par les différences, mais l’amour dépasse tout cela.

 

Mais vous, comment faites-vous pour lutter contre la dictature de l’apparence ?

En tant que jeune femme, on doit faire très attention à ce qu’on lit et à ce qu’on voit dans les magazines. Ça peut devenir un vrai poison. Ce que je retiens de la plupart des filles avec qui je parle, c’est leur manque d’estime envers elles-mêmes parce qu’elles ne peuvent pas rivaliser avec ce qu’elles voient sur papier glacé. Et moi non plus, je ne ressemble pas à mon image sur les couvertures de magazines. Garder confiance en soi est crucial, et je crois que le meilleur antidote – et je tiens ça de ma mère – c’est de se dire qu’on vaut mieux que ça, se concentrer sur d’autres choses et oublier l’idée qu’« être belle » est la clef du bonheur. C’est une totale fantaisie.

 

Dans le film, votre personnage danse en bottes et non en ballerines. C’est votre côté féministe ? 

Absolument. C’est important pour moi, et pas seulement parce que je voulais mettre en avant des idées féministes. Je voulais vraiment que Belle soit une vraie femme dans un monde réel. C’est ce qui fait que la fantaisie est crédible, selon moi. Si Belle doit monter à cheval, elle ne va pas le faire en chaussures de ballet. J’ai essayé de la rendre réelle, en trois dimensions, tout en me demandant comment je pouvais lui donner un style moderne et une voix qui parle aux jeunes filles, quelqu’un auxquelles elles pourront s’identifier comme d’autres ont pu le faire avec le film d’animation en 1991, faisant de Belle la première héroïne Disney féministe.

 

Comment êtes-vous devenue une militante féministe ?

En vivant dans ce monde (rires). Mais j’exagère à peine. Ça a commencé quand j’étais petite et qu’on me disait : « Tu ne peux pas faire ça. Lui il peut, mais pas toi ! » Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Quand j’ai réalisé qu’on avait des attentes différentes pour vous selon votre sexe. J’ai quatre frères. Mon école, ma fac, mon entourage m’ont toujours raconté qu’on vivait dans un monde post-féministe. Les suffragettes, c’est terminé, les femmes ont le droit de vote maintenant. C’est super. On est tous égaux. Bon deal, fini ! Mais je voyais bien que ce n’était pas le cas. Donc je me suis dit : « Ce sont des conneries, nous devons être féministes ». Il y a clairement encore beaucoup de chemin à faire.

 

Est-ce que vous choisissez vos rôles en fonction de leur féminisme ?

C’est plus ou moins conscient. Je pense que je suis connectée à des personnages comme Hermione ou Belle, parce qu’elles ont en elles des valeurs que je partage. Mais je suis consciente de l’impact que cela peut avoir sur les jeunes enfants. Les gens me demandent : « Faire des films ne vous semble-t-il pas un peu futile depuis que vous vous êtes engagée dans la lutte pour les droits de la femme avec les Nations Unies ? » Non ! Les films aident les gens à évoluer. Pour éradiquer les violences faites aux femmes, les changements doivent être sociaux et culturels. Ça prend du temps. Dire aux gens d’arrêter certaines pratiques ça peut marcher, mais parfois vous avez juste besoin de leur montrer pour qu’ils le comprennent, et en cela les films ont beaucoup d’impact.

 

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

Des choses très différentes, mais la plupart du temps c’est très étrange pour eux de me voir dans un contexte différent, en dehors d’une conférence de presse ou d’un monde enchanté. Ils sont là : « Êtes-vous… ? Êtes-vous… ? Non, mais êtes-vous… ? »

 

Et vous-êtes ?

Et je suis et je suis. Qui croyez-vous que je sois ?

 

Hermione d’Harry Potter, non ? Combien de temps allez-vous l’être ?

Pour toujours. Ça ne changera jamais. C’est amusant parce que les gens pensent que je suis frustrée de cette situation, mais je suis tellement fière ! J’adore cette saga. Pour moi, le vrai challenge après ça, c’était de trouver un projet que j’aime autant que cette histoire ou ce personnage. C’est très bizarre de commencer sa carrière à 9 ans, et de se dire : « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » Je me sens incroyablement chanceuse. Même quand je vais voir Les Animaux fantastiques au cinéma, je me sens fière d’appartenir à cette famille, à ce monde qui continue de grandir. Je ferai partie de cette famille jusqu’à ma mort.

La Belle et la Bête, de Bill Condon, avec Emma Watson, Dan Stevens, et Luke Evans. Fantastique. Sortie le 22 mars.