Et Bettina créa la femme

La Maison européenne de la Photographie consacre une rétrospective inédite à celle qui ne cesse d’explorer, depuis quarante ans, la représentation féminine dans sa version la plus éclatante et sexuée.

« Monica, Sharon, Kristin, Marion, Charlotte, Catherine, Kylie, Asia, Lara et les autres », cela pourrait être un des titres de l’exposition de Bettina Rheims tant de nombreuses stars et autres célébrités sont passées en toute confiance sous l’objectif de la photographe française. En posant un regard bienveillant et engagé sur ces femmes, elle réussit à créer la rencontre magique entre une artiste et son modèle. Les deux brisent alors les codes d’un soi-disant “érotisme” pour construire une nouvelle image de la féminité.

Kristin Scott Thomas © Bettina Rheims

C’est ce style un brin provocateur et très girl power de la Française qui va taper dans l’œil non seulement des magazines et des marques qui se l’arrachent, mais aussi de la reine de la pop. En 1994, Madonna contacte la photographe pour réaliser une séance photo qui durera toute la nuit dans un hôtel new-yorkais redécoré pour l’occasion avec le fameux papier peint fleuri, motif récurrent de Bettina, qui rappelle les décors des chambres d’hôtels parisiens (Chambres closes, 1990-1992). La Madone se livre pour donner une série de clichés utilisés lors de la sortie de son sixième album, Bedtime Stories.

Monica Bellucci © Bettina Rheims

Mais Bettina Rheims ne s’est pas cantonnée à mettre en scène des icônes de la pop culture, bien au contraire. Elle commence la photographie à la fin des années 1970 et consacre son premier travail à des strip-teaseuses et des acrobates rencontrées dans le quartier de Pigalle. Cette première série, publiée dans le magazine Egoïste fait rapidement l’objet d’expositions et marque le début de sa carrière. Plus tard, à la fin des années 1980, en pleine montée du SIDA, elle réalise la série Modern Lovers, premier travail sur l’androgynie, point de départ de ses recherches autour de l’identité, la transsexualité ou le transgenre. Thème qu’elle continue d’explorer avec la série Gender Studies (2011) où des modèles d’un “troisième genre” posent devant l’objectif et dont la voix résonne aussi dans l’espace d’exposition.

Georgie Bee © Bettina Rheims

Les témoignages sonores renforcent alors la puissance de l’intime rendue par les portraits photographiques. Mais c’est bien la féminité, questionnée, exposée, magnifiée, qui constitue le fil rouge des trois étages de l’exposition, ménageant des effets de surprise et des mises en parallèle inattendues entre les 180 images présentées. On pense, par exemple, à la série de portraits des idoles de la musique des années 2000 directement confrontée à celle de femmes détenues dans les prisons françaises, sa toute dernière œuvre. Célèbres ou anonymes, les modèles de Bettina Rheims donnent à voir une autre image de la femme : désirante, sensible, entière et parfois crue. Des images nécessaires qui malmènent les clichés de la représentation de la femme et font des modèles de Bettina Rheims des héroïnes à leurs manières.