Etonnants voyages

La Maison Européenne de la Photographie accueille simultanément le travail de deux photographes surprenants ; deux séries de portraits d’un Vincent Perez qu’on n’imaginait que comédien et une rétrospective des œuvres, clichés transformés et installations, de l’artiste chinois Gao Bo. Deux façons de s’interroger sur le monde et sur l’identité de ceux qui l’habitent.

Les deux sont nés la même année, en 1964, et quand ils présentent leur travail, qui va cohabiter pendant deux mois à la MEP, c’est de façon claire, lisible et modeste, à mille lieux de la pose d’artiste. Le premier, Vincent Perez, moitié suisse, moitié espagnol et marié à une franco-sénégalaise s’interroge sur la notion d’identité et en parle tout en retenue. Gao Bo, le second, est chinois, mais s’exprime dans un français parfait et avec un humour détonant, pour raconter son histoire, à commencer par son premier appareil, un trésor alors inaccessible remporté à l’occasion d’un concours amateur quand il n’était qu’enfant. Pour évoquer des choses graves aussi, qu’il aura eu l’opportunité d’immortaliser, de la Place Tien-An-Men au Printemps de Pékin, pour vite dédramatiser le tout par un « Les événements ? Depuis que je suis petit, en Chine, il y a des événements. » Avant même l’entrée du musée, c’est d’ailleurs lui, le brouilleur de pistes affable, que les visiteurs rencontrent d’emblée, avec une installation que les pressés risqueraient aisément d’ignorer. Sur cette « Offrande du mandala » qui pourrait n’apparaître que comme un vaste amas de galets, mille tirages sur pierre d’autant de portraits de Tibétains s’exposent avec leur unité et leur fragilité. Dans les étages, sur papier, d’autres seront maculés du sang même de l’artiste, tandis que certaines toiles, images de condamnés à mort brûlées, n’arboreront plus que leur châssis. Collages, peinture, encre, griffures, branches d’arbres, vidéos… Partout, qu’il s’agisse de s’interroger sur la nature ou de pleurer le souvenir d’une mère absente, Gao Bo n’a ainsi de cesse de malmener et de réinventer ses photos, qui selon lui, n’ont à elles seules que peu de sens

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L’Éternité de l’être perdu, oeuvre performance réalisée en direct n° 1, 2012 Rockbund Art Museum, Shanghai © BoSTUDIO. Photo by Liu Yuan

Pas forcément plus certain de la finalité de ses clichés, Vincent Perez, qui, on l’ignore, avait suivi en Suisse, une sérieuse formation de photographe avant de devenir comédien, les a cependant quant à lui laissés intacts. Bien lui en a pris de les montrer en tout cas, puisqu’il ressort de ses portraits, une simplicité et un sens du détail qui racontent sans fard leur sujet autant que leur auteur, qui à l’origine, envisageait la peinture comme tout premier choix de carrière. De la série des « Russes » auxquels il voue un intérêt sans fin depuis l’époque de ses tournages avec Pavel Lounguine (et auxquels il consacrera bientôt un ouvrage avec Olivier Rolin) à celle des « Parisiens », saisie exclusivement aux abords du métro Château-Rouge, ses photos, posées mais sans préparation préalable, font aussi, à leur façon toute particulière, l’effet d’une plongée immédiate dans des univers riches d’ailleurs et d’histoires.

© Vincent Perez

Jusqu’au 9 avril, à la Maison Européenne de La Photographie, 5-7 rue de Fourcy, 4è, M° Saint-PauL ou Pont-Marie. Vincent Perez, Identités (niveau + 3) & Gao Bo, Les Offrandes (niveaux + 1 et 2). A voir aussi dans le même temps, Jean Yves Cousseau, Dans la Nuit, la matière, et Les Rencontres de Bernard Plossu, La Collection d’un photographe.  Du mercredi au dimanche, de 11h à 20h. Entrée : 8 € (TR : 4,5 €). www.mep-fr.org