Expo Cosmos/Intime à la Maison de la culture du Japon

Avec l’exposition Cosmos/Intime, la Maison de la culture du Japon plonge dans le magma intérieur d’artistes japonais dont la sensibilité profonde les rattache à l’universel.

En présentant une quarantaine d’œuvres d’une des plus importantes collections du Japon, celle du psychiatre Ryûtarô Takahashi, c’est un vrai voyage vers un territoire quasi-inconnu, que nous propose le temple de la culture japonaise à Paris. Ici, pas de figures manga ou d’esthétique kawaii à la Takashi Murakami, c’est une autre image de l’art contemporain japonais qui nous est donnée à voir, et cela fait du bien. Il faut remercier ce fameux docteur et collectionneur qui, depuis 1997, ne cesse d’accumuler pour son plaisir personnel des œuvres de ses compatriotes nés essentiellement après les années 60, à une époque où les musées de l’archipel, confrontés à la récession économique, s’en désintéressaient. Avec plus de 2000 œuvres, sa collection est aujourd’hui le reflet parfait des tendances et évolutions de l’art japonais de ces trente dernières années. 

 
Slow Glass #51, Naoya Hatakeyama, 2001               Citrouille, Yahoi Kusama, 1990
(c) Courtesy Taka Ishii Gallery                                  (c) Courtesy Kusama Enterprise, Ota Fine Arts

L’accrochage Cosmos/Intime part d’une réflexion du psychiatre qui affirme que bien qu’arrivée à l’âge adulte, cette génération est encore socialement immature, est dotée d’une sensibilité à fleur de peau, et est incapable de dépasser le cadre d’une réflexion autocentrée. « En explorant un univers d’expériences très personnelles, ces artistes partagent la conscience que leurs racines plongent dans les veines d’un plus vaste réseau qui irrigue le monde », prolonge Toshio Yamanashi, directeur du National Museum of Art d’Osaka. L’infiniment intime relie l’être à ce cosmos universel, comme une seule et même plongée dans un monde obscur et parallèle. À mi-chemin entre un modèle occidental et un art japonais classique, on découvre le travail des superstars Yayoi Kusama (et son obsession des pois), Yoshitomo Nara (et ses enfants inquiétants) ou Makoto Aida (et son imagerie apocalyptique), mais aussi une vingtaine d’artistes aux univers tout à fait étonnants et à la technicité remarquable. On notera entre autres l’incroyable château japonais à l’infinité de récits de Manabu Ikeda, réalisé sans esquisse préalable et d’un trait d’une précision clinique, mais aussi la « Chaîne alimentaire Star Wars! », un autoportrait kitsch et concious d’Erina Matsui, la délicate Voie lactée telle de la dentelle de papier de Tomoko Shioyasu, la série photo teintée de tristesse de Mika Ninagawa, les sculptures en naphtaline d’Aiko Miyanaga ou les peintures au doigt d’Izumi Katô. Si ces œuvres attestent que l’exploration de soi poussée à l’extrême est de même nature que l’immensité du monde, avec cette exposition on se sent tout petit, mais plus aussi seul. 

Jusqu’au 23 janvier à la Maison de la Culture du Japon à Paris, 101 bis, quai Branly, 15e. Entrée Libre.