Expo : The Velvet Underground à la Philharmonie

The Velvet Underground, groupe que tout le monde sait mythique sans toutefois toujours maîtriser le sujet, connaît depuis quelques jours une mise en lumière nouvelle – au figuré s’entend. À la Philharmonie, une exposition, de celles qui sont vouées à ensuite voyager, rend hommage à la bande de Lou Reed. New York Extravaganza fait déjà figure de must, pour les néophytes comme pour les accros.

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The Velvet Underground And Nico

« Cela va vous choquer et vous surprendre », lisait-on sur la couverture d’un livre qu’on imagine érotico-sado-intello, signé en 1963 d’un certain Michael Leigh. Ce petit bouquin intitulé The Velvet Underground, aurait pu tomber dans l’oubli si le musicien Tony Conrad n’en avait un jour de 1965, ramassé un exemplaire dans un caniveau pour le rapporter à ses copains John Cale et Lou Reed. Leur propre groupe, encore embryonnaire, avait ainsi trouvé son nom, scellant le destin commun de deux types dont la rencontre n’aurait pu être que fortuite. Sans l’attrait d’un New York qui, déjà, n’était pas l’Amérique, et d’une contre-culture qui, face à une société bien-pensante et consumériste, s’y organisait par tous les moyens subversifs possibles, ceux-là auraient même pu ne jamais se rencontrer. Dans l’exposition que consacre au Velvet la Philharmonie de Paris, parmi les nombreux films projetés, l’un – une production originale – montre en parallèle, un peu à la façon Amicalement vôtre, les parcours pas vraiment similaires des deux futures figures de l’underground.


 
Portraits croisés


John Cale et Lou Reed au Café Bizarre 1965 © Adam Ritchie

Lewis Reed, l’aîné des deux, mais d’une semaine seulement, est né le 2 mars 1942 à Brooklyn, dans une famille gentiment bourgeoise, tandis que l’autre, malgré ses allures d’aristocrate, a vu le jour dans un milieu prolétaire du Pays de Galles. Fils unique choyé, John Cale a cependant été encouragé par sa mère dans ses études comme dans son apprentissage du piano, et c’est avec l’image d’un élégant musicien européen, qu’il débarque dans le New York qui le fait tant rêver. Lou Reed, quant à lui, n’a jamais été du genre sociable. Son comportement étrange a amené ses parents à lui faire subir à la fin de l’adolescence, et ce, sur les conseils d’un seul médecin, de violentes séances d’électrochocs qui les laisseront, au final, encore moins indemne que lui. Il tiendra cependant sa revanche, en janvier 1966, où, lors d’un mythique concert du Velvet à l’occasion d’une convention de psychiatres, ce sont ces derniers qui, à force de guitares saturées dans la tête, croiront être devenus fous. À 22 ans, pourtant, Lou semble s’être reconstruit. Il écrit et compose, se nourrit de toutes les musiques et enregistre des chansons alimentaires à destination d’une jeunesse sucrée. En novembre 1964, Lou rencontre John, qui s’illustre dans la musique expérimentale et avec lequel il partage, outre un attrait certain pour les psychotropes, l’envie de former un jour le plus grand groupe du monde. Bien sûr, à l’entrée de l’exposition, après une salle préambule, ce sont leurs deux silhouettes qui nous accueillent, jaugeant l’affaire de haut. Mais dans la scénographie pensée sur fond noir par la designer Matali Crasset, le parcours sera bientôt balisé de la même façon par tous ceux et celles qui ont vécu d’une manière ou d’une autre l’aventure du Velvet.


 
Galerie d’artistes


Le Velvet Underground au Trip Los Angeles 1966 © Lisa Law

On retrouvera ainsi bientôt Sterling Morrison, le guitariste qui rejoindra le groupe au printemps 65, et puis « Moe » Tucker, la batteuse pas torturée, bonne copine aux allures de garçon manqué. Barbara Rubin aussi, jeune fugueuse qui deviendra cinéaste (son film Christmas on Earth, « poème sexuel » à ne pas mettre sous tous les yeux, est projeté dans une salle dédiée) et qui, surtout, présentera au quatuor celui qui marquera leur destin. C’est le 16 décembre 1965 qu’Andy Warhol ira ainsi, sur ses conseils, entendre le Velvet au Café Bizarre, sorte d’attrape-touristes qui porte mal son nom. Il rapatriera vite l’étrange formation dans sa Factory, à laquelle elle appartient d’évidence, et lui adjoindra une blonde poupée allemande, moins lisse qu’il n’y paraît, et que l’on surnomme Nico. C’est flanqué de cette Nico-Icon, mannequin vue dans La Dolce Vita, que le Velvet Underground enregistrera son premier album, dont Warhol dessinera la pochette, une simple banane qui fera son chemin.


 
Carrière courte, idées longues 


Lou Reed au Castle Los Angeles 1966 © Lisa Law

Quoique important dans la carrière du groupe, Andy Warhol, le « Drella » que chanteront en 1990, Reed et Cale réconciliés après des années de brouille, n’est pas omniprésent dans ce New York Extravaganza. Célébré de toutes parts, il ne fait pas d’ombre ici, au sujet de l’exposition, qui méritait bien à son tour qu’on s’y intéresse vraiment. L’artiste apparaît çà et là, via ses fameux « screen tests », quelques écrits, des dessins. Mais ce n’est qu’une petite partie de la belle somme documentaire réunie pour l’exposition qui, si elle peut se parcourir vite, peut aussi se révéler très chronophage, pour peu qu’on veuille tout écouter en même temps que tout voir. La richesse du propos, en tout cas, reflète bien l’importance annoncée du Velvet Underground sur les musiques et les styles qui allaient lui succéder. Pourtant, en son temps, le groupe ne connut pas le succès, et même le fameux “album à la banane”, dont on fête aujourd’hui les cinquante ans n’eut pas les honneurs qui lui étaient dus. Il aura fallu que quelques figures influentes (David Bowie en tête) s’en réclament, pour que les mea culpa pleuvent bien plus tard, de n’avoir pas compris un “Sunday Morning” un “Heroin” ou un “I’m Waiting for the man”. En 1970, à la sortie du quatrième album du groupe, Lou Reed n’était déjà plus là. Il entamait une carrière solo qui, elle aussi, allait permettre à ses œuvres antérieures de briller à nouveau. Il ne le savait pas à l’époque, mais avec un lugubre Gallois, bien qu’ayant péché pour être un peu trop en avance sur son époque, il avait peut-être tout de même réussi à former le plus grand groupe du monde.
 

 

À lire :

  • The Velvet Underground New York Extravaganza, catalogue de l’expo, éd. La Découverte/Dominique Carré Éditeur, 224 pages, 39 €.
  • The Velvet Underground, de Philippe Azoury et Joseph Ghosn, éd. Actes Sud, coll. Rocks, 179 pages, 16,90 €. Sorti en mars.
  • Hors-série The Velvet Underground, Les Inrocks 2, 8,50 €.