Les expos gratuites du mois de novembre

Pas d’sous, comme d’hab’, mais toujours autant d’envie d’art et d’expositions. En galerie, en centre d’art ou dans les musées, À Nous Paris a (comme tous les mois !) déniché quelques pépites à visiter sans dépenser aucun denier. 

Quand l’art s’empare des trolls

Vue de l’exposition « When We Were Trolls ». Courtesy galerie 22,48 m², Paris (crédit photo : A. Mole).

 

Étonnante exposition que celle de la galerie 22,48 m2, installée à deux pas du parc de Belleville : l’artiste Caroline Delieutraz (née en 1982) y présente trois années de travail autour de la figure d’un troll authentique, rencontré à plusieurs reprises. (Rappel rapide : un troll est un individu qui s’emploie à pourrir Internet, notamment sur les réseaux sociaux, de commentaires répétés, racistes et misogynes dans la plupart des cas ; il est souvent responsable de cyber-harcèlement.)

Caroline Delieutraz s’intéresse, à travers sa pratique artistique, aux flux constants d’images et d’informations qui circulent, notamment sur Internet. Elle s’est penchée sur le cas des trolls grâce à un ami, qui lui en a présenté un. Elle l’a interviewé, comme une journaliste, et il lui a donné son disque dur… Puis il a disparu, laissant derrière lui des milliers d’informations, d’images violentes et de conversations enregistrées.

Lorsque l’on pénètre dans la galerie 22,48 m2, l’impression est fantomatique. Des masques flottent dans les airs, retenus au sol par de lourdes chaussures noires. Sur les murs, trois vidéos, et un ensemble de collages d’images, trouvées sur le fameux disque dur. Les vidéos restituent trois moments distincts, tous captivants, de la rencontre avec ce troll : l’une le présente en image de synthèse, expliquant sa démarche, revendiquant sa liberté d’expression avec un profond nihilisme. La deuxième restitue une nouvelle de science-fiction qu’il a écrite, et la dernière des conversations avec d’autres trolls. Bien sûr, l’aspect documentaire du travail de Caroline Delieutraz est frappant ; mais ce portrait numérique multimédia laisse songeur. Qui sommes-nous, à travers les traces que nous laissons sur Internet ?

When We Were Trolls (WWWT), jusqu’au 9 novembre 2019
Galerie 22,48 m2, 30 rue des Envierges, 75020 Paris

Dans la jungle de Calais

Bruno Serralongue, Station des recharges des téléphones, « bidonville d’Etat » pour migrants Calais, 3 novembre 2015 (2006-2018). Epreuve à jet d’encre 51 x 63 cm. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Bruno Serralongue – Air de Paris

 

La Galerie de photographies du Centre Pompidou, accessible gratuitement au niveau -1 du musée, propose une exposition poignante autour de la « Jungle de Calais« , lieu de vie provisoire de migrants souhaitant traverser la Manche pour accéder à l’Angleterre. Abondamment médiatisée et documentée, la Jungle a été le sujet de bien des démarches spontanées, journalistiques ou artistiques. Trois d’entre elles sont ici mises en lumière.

Il y a d’abord le travail de l’artiste Bruno Serralongue, qui a poursuivi son projet Calais de 2006 à 2018 en photographiant les conditions de vie et les tentatives de fuites des migrants, ce d’avantage à la façon d’un peintre d’histoire que d’un reporter. Répondent à ses images sensibles les photographies de l’Agence France-Presse, qui témoignent des discours portés par les médias sur Calais. Cette section est nourrie d’entretiens variés, qui éclairent le rôle de la photographie.

Enfin, des archives photographiques et vidéos d’anciens habitants de la Jungle apportent à l’exposition un pendant intime, singulier… Bouleversant.

Calais-témoigner de la « jungle », jusqu’au 24 février 2020
Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75004 Paris

Explorer les frontières entre art et design

Vue de l’exposition Foncteur d’oubli, le plateau, frac île-de-france. Photo Martin Argyroglo

 

Tout en haut de la rue de Belleville (et après un petit dédale de rues) vous attend le FRAC Île-de-France et sa nouvelle exposition Foncteur d’oubli, dont le commissariat a été assuré par… Un artiste, qui n’est autre Benoît Maire. La proposition est donc belle et riche, et le parcours singulièrement poétique. L’idée ? Exposer, sans distinction, des plasticiens aux côtés de designers et d’architectes, pour questionner les frontières admises entre ces trois disciplines.

Il s’agit également de mettre en tension un vilain préjugé, selon lequel le design et l’architecture seraient moins libres que l’art, car dédiés à l’utilité et à la fonctionnalité. Que nenni, répond l’exposition ! Bien au contraire : il semblerait bien que la liberté esthétique s’enrichisse de cette « exigence de fonctionnalité« , puisqu’elle donne alors lieu à une noble quête, celle de l’œuvre d’art totale.

Une superbe exposition, dans laquelle on croise des personnalités aussi différentes que Marcel Broodthaers, Maurizio Cattelan, Eileen Gray, Robert Mallet-Stevens et Raphaël Zarka.

Foncteur d’oubli, jusqu’au 8 décembre 2019
FRAC Île-de-France, 22 rue des Alouettes, 75019 Paris