Faire le mur : la beauté des lés

Avec l’exposition Faire le mur. Quatre siècles de papiers peints, le musée des Arts Décoratifs révèle le fonds exceptionnel du Département des Papiers Peints en rendant publiques 300 pièces emblématiques de la collection la plus importante au monde.

C’est parmi plus de 400 000 documents (!) que Véronique de la Hougue, conservatrice en chef du département des papiers peints, et Philippe Renaud, scénographe et décorateur, ont pioché les papiers pour proposer six salles thématiques qui donnent à voir l’extraordinaire diversité de ces tapisseries au niveau de la variété des techniques, de la subtilité des motifs ou de la richesse des coloris. L’exposition juxtapose et compare des productions issues d’origines et de périodes différentes afin d’illustrer un large éventail de styles et de savoir-faire en usage du xviiie siècle à nos jours. C’est avec plaisir que l’on découvre ces trésors alors que le papier peint est soumis lui aussi à des cycles de mode. Utilisé comme un décor à certaines périodes, il se fait parfois simple support pour tableaux ou faire-valoir de meubles.

Aujourd’hui, si on a abandonné le recouvrement total des murs d’une pièce comme dans les années 70, ou la simple bordure posée avec discrétion sur des murs peints des années 90, c’est pour utiliser le papier peint d’une manière tout à fait différente, quasi ornementale. Les années 2010 présentent le papier comme un poster, comme un kakemono japonais, ces dessins encadrés en rouleau, ou posé dans un couloir voire en tête de lit. L’exposition a le mérite de nous montrer que le papier peint crée des univers et des sensations fortes, que ses motifs, ses rendus chromatiques transforment notre perception de l’espace, mais on regrette l’absence de cartels ou de numéros pour identifier facilement les différents papiers et les informations qui les accompagnent. On navigue un peu à l’aveugle devant tant de propositions visuelles, là où on ne demande qu’à être guidé. On retiendra cependant l’inventivité, la vitalité et l’actualité des manufactures et autres créateurs qui s’amusent pour notre plus grand plaisir à habiller nos murs.

Focus sur 3 papiers peints avec Véronique de la Hougue :

Brésil 

Brésil, Louis-Joseph Fuchs, Paris, dessinateur, Manufacture Jules Desfossés, Paris, 1862

C’est seulement une petite partie d’un papier peint panoramique de seize lés, datant de 1862, de la manufacture Jules Desfossés qui est présentée. À l’époque, on parait entièrement une pièce, on en faisait le tour sans qu’aucun des lés ne se répète, on parlait alors de paysages historiés, le terme de papiers peints panoramiques n’étant apparu qu’en 1920. Ce qui est intéressant ici, c’est que nous sommes dans un monde idéal, où il n’y a plus aucune représentation humaine et où les oiseaux sont représentés côte à côte même s’ils ne vivent pas dans la même zone géographique.

Lendemain de fête

( Légende du papier : Lendemain de fête, société française des papiers peints sanitex, dessinateurs : Léonore Fini et Jacques Hincelin, collection Edition d’art, papier âte mécanique, impression au cylindre, 1948 © Les arts Décoratifs, paris photo : Jean Tholance)

Édité par la Société française des papiers peints, il date de 1948 et a été réalisé dans la collection Carte d’Art par l’artiste peintre surréaliste d’origine argentine Léonor Fini. Elle dessine un papier composé de coquilles d’œufs, d’arrêtes de poissons, de pelures d’orange à titre de clin d’œil plein d’humour. Ce papier a eu un succès retentissant et beaucoup de grands restaurants l’ont utilisé en décor. Il traduit bien l’onirisme, le côté symboliste ainsi que désabusé de l’artiste.

Porte trompe-l’œil MMM

(Porte trompe-l’œil MMM – Ligne 13, éditeur : Maison Martin Margiela, intisse, impression «numerique, 2010 © Les arts Decoratifs, paris, photo : Jean Tholance)

Le trompe-l’œil est un grand classique du papier peint, on trouve des dentelles et draperies peintes donnant ainsi l’illusion d’un jeu de textures et de volumes qui transforment la planeite du mur dès les xviiie et xixe siècles. Comme Martin Margiela, de nombreux créateurs participent au renouvellement des motifs, comme c’est le cas de Piero Fornasetti, Jean-Charles de Castelbajac. Christian Lacroix. Le papier peint n’est plus seulement un ornement, il est devenu une installation murale, et même une œuvre d’art à part entière.