Felice Varini, un artiste illusionniste à la Villette

Dans le cadre de son programme d’art contemporain, La Villette invite l’« illusionniste » franco-suisse Felice Varini à réaliser une série de créations. Rencontre avec le roi de l’anamorphose qui réussit là encore à nous faire expérimenter l’art d’une manière ludique et réjouissante.

Avec ses 55 hectares de nature, de culture et d’architecture, la Villette offre beaucoup de possibilités. Comment avez-vous choisi les lieux que vous avez investis ?

Felice Varini : Mon envie s’est rapidement portée sur le passage couvert de la Grande Halle avec son architecture fin XIXe siècle. Il est totalement ouvert sur le parc et s’affirme comme un lieu particulier avec sa charpente de fer et de fonte longue de 245 mètres et haute de 19 mètres. Il a une forme régulière et répétitive qui m’a tout de suite plu. Pour le Pavillon Paul-Delouvrier, sa découverte a été très étrange. On se demande quelles sont les références et les désirs de l’architecte catalan, Oscar Tusquets, qui l’a réalisé. Il n’y a pas beaucoup de murs, c’est un espace vide habité par de nombreuses colonnes, en même temps il y a trois espaces facilement définissables et repérables… C’est à partir de ses 3 espaces que j’ai réalisé 3 peintures indépendantes l’une de l’autre mais en même temps, qui se mélangent.

Vous tracez des ronds, des carrés, des losanges dans l’espace qui ne sont reconnaissables que d’un seul point de vue…

J’appelle point de vue un point de l’espace que je choisis avec précision : il est généralement situé à hauteur de mes yeux et localisé de préférence sur un passage obligé, une ouverture entre une pièce et une autre, un palier, etc. Je n’en fais pas une règle car tous les espaces sont différents. Mais mes œuvres sont aussi faites de tout ce qui peut apparaître. Si on ne se satisfait que du point de vue, qui est un instant d’une fragilité absolue, on passe un peu à côté de l’affaire.

Vous peignez ou collez vos bandes de papier coloré dans des appartements, dans des rues, des sites industriels, sur des monuments historiques, partout dans le monde. Vous travaillez toujours in situ ?

Je n’ai pas d’atelier où je peins en cachette mes toiles, quand j’ai commencé en 1978 à travailler la peinture de cette manière, c’est parce que je voulais m’affranchir du tableau, m’affranchir du cadre et investir la réalité dans toutes ses manifestations, la réalité construite, la réalité tridimensionnelle.

Investir l’espace public, c’est aussi toucher un public large. C’est important pour vous que vos œuvres soient vues par le plus grand nombre ?

Il n’y a pas de lieu précis pour l’art, la peinture peut et doit apparaître partout et dans toutes sortes de situations. Quand je fais une pièce dans l’urbain, elle est vue par beaucoup plus de personnes mais est-ce que ça veut dire qu’elle est bien vue ou mal vue ? Je n’en sais rien, mais c’est comme dans un musée, on ne sait pas si on regarde bien ou pas… Ce qui est important c’est l’affranchissement de toutes ces digues de protection autour de l’art et ça c’est quelque chose qui me plait beaucoup. Pour moi, tout lieu construit est un lieu dans lequel on doit pouvoir faire quelque chose.

A gauche :Vingt-trois disques évidés plus douze moitiés et quatre quarts, Exposition Dynamo, Grand Palais Paris 2013 Photo André Morin

Au milieu : Huit carrés, Exposition Versailles off, Orangerie du château de Versailles, Versailles 2006 Photo André Morin

A droite : Encerclement à dixChapelle Jeanne d’Arc / Centre d’art contemporain, Thouars, 1999 Photo André Morin