La 9ème édition du festival America

La 9e édition du festival America s’ouvre ce week-end, le Canada en est l’invité d’honneur. On y croisera les plus grands écrivains du continent nord-américain, dont le légendaire John Irving pour des débats et voyages fantastiques. 

 

La 9 ème édition du festival America
Hernan Diaz © Jason Fulford

 

Le festival America aurait-il existé sans le 11 septembre 2001 ? La question mérite d’être posée à l’heure où s’ouvre, à Vincennes (94), la 9e édition d’une manifestation qui ressembla au début à un grand coup de poker : faire venir les plus grands écrivains des Amériques, ce continent merveilleux dont Oscar Wilde disait que sa jeunesse était sa plus vieille tradition. Écrivains mexicains, canadiens, cubains viendraient signer leurs livres, participer à des débats. Les billets d’avion et hébergements seraient payés par l’organisation du festival, un déjeuner serait prévu au château de Vincennes, suivi d’une visite privée. On peut penser que cette idée a longtemps hanté Francis Geffard, fondateur de la belle librairie Millepages à Vincennes et créateur de la mythique collection « Terres indiennes » chez Albin Michel qui contribua, dès 1992, à faire émerger l’écriture amérindienne. Les Etats-Unis constitueraient le porte-avions de cette fête, avec ses romanciers fabuleux, ses génies venus de nulle part. Francis Geffard était loin d’imaginer que cette littérature connaîtrait un pareil feu d’artifice à l’orée du nouveau siècle, sur les cendres du World Trade Center, et qu’il arriverait à attirer « chez lui » des noms aussi prestigieux que Russell Banks, James Ellroy et un prix Nobel de littérature, Toni Morrison, ravis d’échanger sur un monde de plus en plus dangereux. America, rappelle-t-il, « est né de façon un peu accidentelle après ces attentats qui auront été l’évènement fondateur de la globalité, avec l’avènement d’Internet et des chaînes d’info. La littérature américaine a changé. De jeunes romanciers ont commencé à placer leurs histoires en dehors des Etats-Unis et pas seulement en Irak ou en Afghanistan. Ils sont devenus universalistes alors qu’avant, leurs histoires se situaient pour la plupart aux Etats-Unis avec des personnages du cru. Les écrivains que nous invitons ne sont pas tous nés aux Etats-Unis. » Jeune lecteur, Francis Geffard aimait les « sudistes » Faulkner, Caldwell, Flannery O’Connor qui, même s’ils publiaient des œuvres « viscérales » et abordaient la question raciale, étaient tous blancs venus du terroir. Aujourd’hui, la délégation des Etats-Unis compte des écrivains comme Hernan Diaz, né en Argentine installé à Manhattan, ou Yaa Gyasi, originaire du Ghana et diplômée de l’université de l’Iowa.

 

Un anniversaire

 

La 9 ème édition du festival America
John Irving © Everett Irving

 

Si America célébrera James Baldwin et Philip Roth, deux auteurs qui ont fait l’actualité, l’un par un superbe documentaire (I am not your negro de Raoul Peck), l’autre en raison de sa disparition en mai dernier, un hommage sera rendu à John Irving à l’occasion du 40e anniversaire de son livre légendaire, Le Monde selon Garp. « John Irving a toujours été en avance, et a décelé les lignes de fracture de la société, explique Francis Geffard. Dans Garp, son formidable personnage d’Helen James annonce les Femen, le mouvement #metoo. Et quel imaginaire ! Il n’est pas friand de ce genre d’évènements, on ne le voit pas souvent. Du coup cela me semblait être une bonne idée de l’inviter pour fêter Le Monde selon Garp. Aux Etats-Unis, personne ne lui avait parlé de cette célébration, alors il a été touché de notre sollicitation. Une édition du livre paraît au Seuil. Nous sommes le seul pays au monde à marquer le coup, et il a été épaté. »

 

Des auteurs à suivre

 

La 9 ème édition du festival America
Emil Ferris © Whitten Sabbatini

 

Mais au-delà de l’histoire, c’est toute une mosaïque d’écrivains merveilleux que l’on rencontrera dans les salons élégants de la mairie, les Canadiens d’abord, invités d’honneur, emmenés par une habituée, Margaret Atwood. Nous aurons le plaisir de croiser Colson Whitehead, auteur du magnifique Underground Railroad sur le réseau qui faisait évader les esclaves au temps de la guerre de Sécession. Il faudra suivre aussi le virtuose Dan Chaon. Dans Une douce lueur de malveillance, il mélange sans jamais trébucher les temps, les points de vue, intègre SMS, poésie, et nous offre un récit gigogne avec un héros écartelé entre le souvenir de l’assassinat de ses parents et un frère très perturbé accusé du crime. Nous irons saluer le phénomène littéraire Gabriel Tallent et son éblouissant premier roman My Absolute Darling. Il nous dresse le portrait d’une jeune effrontée Turtle, fille mal à l’aise d’un survivaliste amoureux des flingues, vaincue par l’amour et la culture. Le livre, publié par Gallmeister, belle entreprise spécialisée dans la « nature writing » américaine, a suscité l’enthousiasme. Aussi, pour une fois, les regards se tourneront vers une dessinatrice, l’Américaine Emil Ferris, qui débarque à Vincennes en fanfare avec un puissant roman graphique, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. « Une des plus grandes artistes de bande dessinée de notre temps », s’est enflammé l’illustre Art Spiegelman. « Viendrez-vous flâner avec moi ? », dit l’un de ses personnages. Impossible de refuser l’invitation.

 

Mais aussi des expos

 

Une dizaine d’expositions porteuses de messages en tout genre seront organisées à Vincennes dans le cadre du festival. On y verra entre autres le travail de la photographe Rita Leistner autour de la gestion durable des forêts au Canada (Hôtel de Ville), des œuvres d’artistes amérindiens et chicanos, créées en opposition à la construction d’un oléoduc dans la réserve américaine de Standing Rock nichée dans les deux états du Dakota, avant que Donald Trump n’entérine le projet (Galerie Artedomus), ou une résidence des street-artists Logan Hicks et Jason Botkin, avec performances et table ronde (Espace Sorano).

 


Rendez-vous

John Irving : le 21 septembre à 16 h à la salle des fêtes de l’Hôtel de ville. Le 22 à 18 h, spéciale John Irving au centre culturel Georges-Pompidou. À 21 h, l’Amérique de John Irving, rencontre animée
par François Busnel.

Philip Roth : le 21 septembre
à 15 h,
un Américain intranquille au Cœur de Ville.

Le 21 septembre à 15 h, Violence : l’homme est un loup. Rencontre avec Vladimir Hernández, Antonio Ortuño, et Gabriel Tallent dans la salle des mariages de l’Hôtel de ville.

James Baldwin : le 21 septembre à 16 h, retour sur son œuvre avec Yaa Gyasi, Dany Laferrière et Samuel Legitimus
au Cœur de Ville.

Le 22 septembre à 17 h, conversation en duplex avec Margaret Atwood au Centre culturel Georges-Pompidou

Le 22 septembre à 17 h, dialogue entre Dan Chaon et Laura Kasischke à l’auditorium de Coeur de ville.

Le 22 septembre à 18 h 15, éloge de la bande et du roman dessinés : conversation entre Emil Ferris et Joann Sfar à la salle des mariages.

 

Festival America. Du 21 au 23 septembre, Hôtel de Ville  de Vincennes, 53 bis, rue de Fontenay.
Vendredi de 14
h à 20h, samedi de 10h à 21h et dimanche de 10h à 19h.
Pass 1 jour
: 12€ (TR : 8€), pass 2 jours: 20€ (TR : 15€).
Tél.
: 01 43 98 65 94.