Film Vice-versa : comment naissent nos émotions ?

Dans Vice Versa, les studios d’animation Pixar personnifient nos émotions sur grand écran. Une occasion trop belle de s’interroger sur la façon dont naissent ces dernières dans nos petites têtes et de comprendre leur influence sur le reste de notre personne.

La joie, la peur, la tristesse, la colère et le dégoût assis derrière un pupitre en train de contrôler notre corps, voici ce que le réalisateur Pete Docter imagine dans son film Vice Versa. Un “casting” de choc qui n’est pas anodin, puisque calqué sur les principales émotions décrites par Descartes, dans Les Passions de l’âme, un traité dans lequel il identifie l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse. Mais tout ce beau monde est-il vraiment à la tête de notre corps ? Et bien oui, comme nous l’explique Sylvie Hazebroucq, muséographe devenue spécialiste des émotions à force de les étudier. Au point de créer “L’infirmerie à émotions”, une installation ludique, artistique, interactive et itinérante destinée aux écoles, hôpitaux et musées, qui nous confirme l’influence des émotions au niveau biologique, psychique et corporel.

Y a d’la joie !

« D’un point de vue psychomoteur, Pete Docter a dessiné la joie en lui donnant un corps plutôt svelte, une attitude plutôt dynamique. D’un point de vue psychique, on voit bien la façon de penser qui accompagne cette émotion-là : chercher plutôt le bon côté des choses. Elle va influer dans le corps sur la façon de penser, la façon de se tenir, et la gestion des autres émotions. C’est pour cela que c’est le maître à bord, celle qui va nourrir la dopamine et les hormones qui vont nous autonourrir d’énergie, nous permettre d’entreprendre et construire. La joie c’est l’essence de notre moteur. »

La peur évite le danger

Et qui dit moteur dit évidemment pare-choc qui va avec. Pour cela, la peur joue un rôle protecteur incontestable : « C’est comme un impact. Biologiquement, la première conséquence de la peur c’est de faire descendre le sang dans les jambes. D’où le fait qu’on devienne très pâle. Les chercheurs ont l’intuition que si a priori le sang descend dans les jambes, c’est pour courir. Mais la peur est une émotion qui n’est pas réelle, c’est une projection finalement. Avoir peur de traverser l’autoroute, c’est quelque chose qui n’est pas arrivé, mais que vous appréhendez dans le futur. La peur, comme on le voit dans le film, réagit toujours en disant “et si”. »

Une grosse colère

Autre émotion qui vient parfois nous titiller dans la journée, et surtout dans les embouteillages, la colère : « D’un point de vue psychique, c’est l’expression de l’endroit où l’on a dépassé votre limite de respect. Le sang va affluer dans vos extrémités. Les jambes, les bras, la bouche, tout ce qui peut s’exprimer en sortant du corps. Selon votre âge et votre éducation, cela va vous donner l’envie de taper du pied, de parler très fort, de frapper quelque chose, ou de frapper quelqu’un dans le pire des cas. C’est là qu’il faut apprendre à sortir cette tension sans que cela crée un problème supplémentaire. Mais cette tension est constituante, vous ne pouvez pas faire autrement. »

Bonjour tristesse

Constituante aussi de chaque être humain, même si on aimerait l’éviter, la tristesse joue, elle, un rôle de sas de décompression indispensable : « C’est une vague qui va vous submerger, vous déconnecter de l’intérieur. La tristesse est associée au deuil. Ça peut être le deuil de quelqu’un de cher, mais pour un enfant ça peut être aussi de faire le deuil du manège car il ne pourra plus y retourner. Physiologiquement parlant, il y a une forme d’abandon d’énergie que le corps va traduire en ayant envie de se replier sur lui-même, d’être consolé, et de s’épancher. »

L’émot’ pour le dire

Comprenant désormais un peu mieux toutes ces petites choses qui naissent en nous, qui nous agitent, et qu’il n’est pas recommandé d’étouffer sous peine de les voir ressurgir plus tard de manière explosive, vous vous demandez peut-être encore à quoi ça sert ? Eh bien, à vivre tout simplement ! À vous renseigner sur qui vous êtes, protéger votre territoire avec la colère, vous permettre de faire la part des choses entre ce qui est grave ou non avec la tristesse, vous indiquer quand vous avez besoin d’aide avec la peur, d’exclure ce qui n’est pas bon pour vous avec le dégoût, et de vivre au cœur de la collectivité. Bref, de vous mouvoir et de vous émouvoir.

Vice Versa de Pete Docter, avec les voix de Charlotte Le Bon, Pierre Niney, et Marilou Berry en VF. Animation. Sortie le 17 juin. L’infirmerie à émotions sera au musée en herbe en juillet (21, rue Herold, 1erwww.musee-en-herbe.com). Site officiel de Sylvie Hazebroucq : www.infirmerie-a-emotions.com.