F(l)ammes

Les zones péri-urbaines sont devenues une sorte de zoo fantasmagorique appréhendé à travers le prisme de la violence.

Convaincu que le théâtre peut jouer un rôle fondamental en décodant cette représentation précuite, Ahmed Madani poursuit ici une trilogie théâtrale intitulée Face à leur destin menée avec la jeunesse des quartiers populaires : Illumination(s) réalisé avec des hommes du Val Fourré à Mantes-la-Jolie (joli succès en 2013), F(l)ammes, son versant féminin, et un dernier opus qui impliquera filles et garçons. Pour ce faire, l’auteur-metteur en scène érige un théâtre de la révélation élaboré sur le vif, à partir du vécu des protagonistes. Sur le plateau, dix jeunes femmes nées de parents immigrés, véritables moteurs de cette création partagée, auscultent leurs identités multiples mais aussi chantent, dansent, mettent le feu, entre barres d’immeubles et « barres » de rires. À la surface, elles arborent la beauté fragile, fière et butée de leur âge. En dessous, ça tangue : doutes, peurs, questionnements identitaires, sexuels, espoirs fous… Madani saisit tout cela d’une plume organique, sans discours englobant ni apitoiement : juste l’écho brut d’un monde où s’entrelacent mémoire individuelle et collective, histoire familiale et nationale, scènes oniriques ou mythologiques qu’il met en scène à la manière d’un dripping, cet art qui consiste à jeter aléatoirement des couches de peinture sur une toile blanche. Tout n’est pas réussi, et pourtant, de ces solos intimes surgissent des instants de grâce. Parce que cette parole si souvent confisquée est une parole au sens ontologique du terme portée par dix « meufs » galvanisantes. Anissa Aouragh, Ludivine Bah,  Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye et Inès Zahoré ont trouvé leur chemin de liberté et de lumière intérieure. Enfin.

Note : 3/5