FLEUR DE CACTUS

En 2015, on se bouscule encore pour un vaudeville ? Nostalgique incurable des « aristocrates du boulevard « d’après-guerre (hier Montherlant et Roussin, aujourd’hui Barillet-Gredy), Michel Fau confesse qu’il ne se serait pas lancé dans cette re-création sans Catherine Frot avec laquelle il partage l’affiche de « Marguerite » actuellement au cinéma.

Normal : il fallait une comédienne hors pair pour reprendre ce rôle d’assistante dévouée, secrètement amoureuse de son dentiste de patron, menteur comme un arracheur de dents. Et soutenir la comparaison avec la fine fleur des actrices : créée en 1964 pour Jean Poiret et Sophie Desmarets, cette « comédie de mœurs psychotique » fut reprise à Broadway par Lauren Bacall et Ingrid Bergman au cinéma. Excusez du peu. Catherine Frot prête son talent à Stéphane, une « vieille fille » faussement revêche, prête à jouer différents rôles pour son boss Julien (Fau) raide dingue d’une longue tige blonde, la délicieuse Antonia. Banal. Mais banal, l’amour ne l’est jamais : il est imprévisible, cruel et… carrément tordant lorsqu’il est ausculté par le couple Fau-Frot ! Lovée dans un décor pop de carton-pâte façon Au théâtre ce soir (Bernard Fau), la pièce carbure à plein pot. Ce diable de Fau donne un coup de glam aux vieux rouages du boulevard : les gags alésés au micron, les dialogues piquants, l’acuité folle avec laquelle il joue et met en scène l’inextricable comédie humaine en font un pur régal. Porté par le burlesque décalé de Frot (à son meilleur) et une troupe tout en étincelles (Wallerand Denormandie, Frédéric Imberty, Audrey Langle, Cyrille Eldin, Hélène Lentini, Mathilde Bisson), le spectacle fredonne un petit air yéyé à la faveur de scènes croustillantes et livre en creux une mise en abîme des Trente Glorieuses. C’est bon pour le cœur, les yeux et régénérant comme après une séance de soins ayurvédiques.

Note : 4/5