Follia Continua ! : que la folie continue !

Une grande et singulière galerie italienne fête ses 25 ans au Centquatre, dans un feu d’artifice d’œuvres inédites, et accessibles. Exceptionnel.

Continua est une galerie italienne un peu à part. D’abord, parce qu’elle est née de l’association de trois Italiens qui ont engagé avec elle « l’une des entreprises d’art contemporain les plus intelligentes, sensibles et ouvertes au public », selon José-Manuel Gonçalvès, qui les connaît bien. Mais aussi parce qu’elle se déploie dans des lieux à la géographie un peu décalée : à San Gimignano, fabuleux petit village du cœur de la Toscane, ou dans les immenses espaces des Moulins, en Seine et Marne, à Pékin et même La Havane, à Cuba, depuis le mois de mai.

Ensuite parce que ce décalage ne l’a pas empêché (au contraire), depuis sa naissance il y a 25 ans, d’accompagner la transformation en stars internationales d’artistes avec lesquels elle a noué des relations alors qu’ils étaient plus obscurs. Il n’y a qu’à voir la liste de ces derniers : Daniel Buren, Sun Yuan et Peng Yu, Michelangelo Pistoletto, Ai Weiwei, Anish Kapoor, Kader Attia, Mona Hatoum, Hiroshi Sugimoto…

Le 104, qui héberge le petit bureau parisien de Continua, a décidé de fêter dignement ses 25 ans en invitant chacun des artistes de la galerie (ils sont presque 50 !) à présenter une œuvre, choisie sous la houlette artistique de José-Manuel Gonçalvès, directeur du 104 mais aussi des deux dernières Nuits Blanches parisiennes, et qui possède donc une érudition certaine en art contemporain, dans des espaces monumentaux. Le résultat est tout simplement formidable. Parce que ces artistes-là ne sont décidément pas par hasard sur le devant de la scène et savent créer à la fois le spectacle, l’envoûtement et la réflexion, mais aussi parce que le commissariat, c’est à dire la façon dont les œuvres ont été choisies pour habiter les 2000 m2 du lieu, est juste, provoquant un dialogue dont œuvres et espaces ressortent tous les deux grandis (ce qui n’est pas peu dire vu les volumes dont il s’agit).

Il y a bien sûr des temps forts, d’autant plus que de nombreuses œuvres, y compris des artistes les plus célèbres, n’ont jamais été montrées à Paris : les douloureux et monumentaux chevaux pendus de Berlinde De Bruyckere (correspondant au n°22 sur la fiche des « œuvres que vous avez vues à cocher », distribuée façon chasse au trésor à l’entrée de l’exposition), le canot guerrier et la baignoire aux femmes poupées, ambigus et émouvants, de Chen Zhen (n° 19), le drolatique cabinet de psychanalyste de Leandro Erlich (n°17), la sensationnelle tornade enfermée d’Anish Kapoor (n°18), le géant endormi, reposant sur quelques mystérieux centimètres, du sculpteur Antony Gormley (n°14), la boule à facettes explosive de Jorge Macchi (n°34), l’ange déchu, littéralement, de Sun Yuan et Peng Yu (n°5)…

Le 104 se veut un lieu ouvert, et en cela aussi l’exposition réussit : la plupart des œuvres sont immédiatement éloquentes, sans besoin d’explication, et pourtant, elles reflètent de profonds univers qui peuvent laisser songeur un public très divers, en âge, en origine ou en état d’esprit. Un rendez-vous à ne pas manquer, surtout.

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