France-Japon : le début d’une idylle ?

Dans le cadre de la deuxième édition de Parishiki, l’événement qui célèbre la création et la beauté des cultures françaises et nippones, on a rencontré son fondateur, Hirotoshi Maruwaka, le plus parisien des Japonais.


Hirotoshi Marukawa © DR

On n’aurait pas parié sur cette combinaison, pourtant il semble que la France et le Japon, deux pays a priori totalement opposés, soient connectés d’une manière quasi-intime.
Pour Hirotoshi Maruwaka, les deux cultures exercent une fascination réciproque : « Les Parisiens ont le sens de l’équilibre, du raffinement et de l’esthétisme dans leur façon de vivre. C’est quelque chose que je respecte beaucoup et qui me rappelle le Japon », explique le directeur artistique et producteur de 38 ans, cheveux grisonnants et veste en jean.

Du côté des Parisiens, le nombre d’adresses nipponnes qui se multiplient et ne désemplissent pas montre leur intérêt croissant en la matière.
En 2014, Hirotoshi Maruwaka, esthète aux goûts affirmés, trouve un nom pour faire écho à ce qu’il perçoit comme un lien parisiano-nippon : Parishiki.
« Le mot “shiki” en japonais a plusieurs sens mais je l’utilise ici pour définir l’esthétisme, le style, la beauté. » Car pour ce Japonais amoureux de la capitale, c’est un nouvel état d’esprit qui s’incarne, au croisement des cultures nipponne et parisienne, et que l’on retrouve dans le goût des bons produits, des matériaux nobles, dans le savoir faire traditionnel et le respect de l’environnement, un état d’esprit « slow » où la qualité et le nombre limité s’imposent face aux produits fabriqués en série et qui ont perdu leur âme.

Pour illustrer l’état d’esprit Parishiki, il organise un ensemble d’évènements autour de la création artisanale (installation numérique interactive En Tea + Team Lab jusqu’au 12 septembre au salon Maisons et Objets, expositions, ateliers…) et développe un magazine pour l’occasion, dans lequel on trouve notamment le portrait de personnalités qui représentent la quintessence de l’esprit Parishiki.

Au fil des pages, on croise Shinya Inagaki, qui débarque de Nagoya en Normandie en 2000, ne parlant pas un mot de français, et qui entame un tour de France du terroir pour tout apprendre sur le pain, du grain jusqu’au marché. Avec son pain naturel, il est aujourd’hui l’un des artisans boulangers que les Parisiens s’arrachent, récompensé au Grenier à Pain et révélé à la Boulangerie du Nil.

Mais on peut également citer le nez Barnabé Fillion, qui a créé un parfum inspiré du jardin des mousses à Kyoto pour Aesop, et qui s’inspire dans son travail du kodo, l’art japonais d’apprécier les parfums, l’un des trois arts traditionnels avec la cérémonie du thé et l’ikebana, une tradition d’art floral.

« J’aimerais que Parishiki soit le reflet d’un luxe au quotidien dont la mode, l’art et la gastronomie sont les symboles. Une culture qui célèbre le respect de la création et de la beauté. C’est ça, la véritable richesse » conclut Hirotoshi Maruwaka.

Maintenant que les Parisiens et les Japonais se sont trouvés, gageons qu’ils n’ont pas fini de s’enrichir mutuellement pour le plus grand plaisir de tous.

Plus d’infos et la liste des partenaires sur www.parishiki.fr  (jusqu’au 18 septembre).

 

LES ADRESSES PARISHIKI

Toyo / Haute cuisine

Dans une autre vie, Toyomitsu Nakayama était le chef personnel du couturier Kenzo ; aujourd’hui, il excelle dans l’art d’assembler les saveurs et les textures, entre France et Japon, dans son restaurant intime et zen. « Les menus changent tout le temps selon l’inspiration du moment et en respectant les saisons. J’adore me mettre au comptoir et voir le chef travailler, surtout les champignons ! », raconte Hirotoshi Maruwaka. La présentation des plats est tellement soignée que ce sont de véritables petites sculptures minutieuses de poissons crus ou marinés qui arrivent dans l’assiette.

>Toyo, 17, rue Jules Chaplain 6e

 

Abri Soba / Cantine nipponne


©  Fabien Breuil

Avec cette deuxième adresse, Katsuaki Okiyama, le chef du réputé micro-restaurant Abri, régale les amateurs de nouilles japonaises. Les sobas, ces pâtes au sarrasin longues comme le bras, qui s’avalent goulûment, sont faites maison, à déguster chaudes ou froides selon les envies. Un menu surprise est servi avec du thé En Tea Hojicha (légèrement torréfié) pendant Parishiki.

Abri Soba
10, rue Saulnier, 9e

 

Shopu / L’artisanat pointu


© Shopu

À force de rapporter pour ses amis des objets de son pays natal, Nathalie Agematsu, d’origine franco-japonaise, décide de créer une boutique en ligne avec l’idée de présenter le travail d’artistes et d’artisans nippons. Des couteaux Kihon forgés à la main dans un petit atelier situé dans la préfecture de Niigata, aux pinceaux Neko en poils naturels de chèvre, faits à la main par des artisans qui travaillent et préservent le « noge », l’extrémité du poil, la partie la plus fine et la plus précieuse qui donne sa douceur au pinceau, en passant par les chaussons Homu confectionnés à la main d’après une technique transmise par des grand-mères du nord du Japon, tous les objets du site sont « naturels, sincères et sûrs » et définissent selon Nathalie le « simplement beau ». « Mon grand-père japonais m’a appris à toujours apprécier la beauté et les imperfections des objets du quotidien, et à respecter le travail de l’artisan derrière chaque pièce », explique-t-elle.

www.shopu.fr

 

MUJI /


© Hervé Goluza

La fameuse boutique tokyoïte d’ustensiles de cuisine Kama-Asa, très connue notamment pour ses couteaux à la lame recourbée et pointue pour couper les fibres des aliments au plus précis, propose ses objets indémodables et justes, en fonte, en fer ou en acier dans les magasins Muji. Des ateliers et une démonstration d’affutage de couteaux sont organisés pendant Parishiki (jusqu’au 16 septembre). Dans le même esprit, on pourra découvrir les différentes étapes de fabrication d’une théière, avec une exposition de moules Hakuji. Fabriquée à Hasami sur l’île de Kyûshû, au Japon, cette porcelaine est produite traditionnellement à partir d’une argile de pierre blanche. (jusqu’au 24 septembre).

> Muji Flagship, Forum des Halles, place Carrée, porte Pont-Neuf, 1er

 

Odorantes / Fleurs

Photographe de formation, Yoko Negi a eu une révélation en lisant un livre sur les fleuristes parisiens. Ni une ni deux, elle décide de quitter Tokyo pour Paris et les fleurs. Aujourd’hui, les compositions végétales de Yoko décorent les évènements de la fashion week et les restaurants branchés. Elle pratique et enseigne l’art floral tout en travaillant chez Odorantes, le fameux fleuriste  de la rive gauche, connu pour sa sélection locale de roses les plus parfumées d’Île de France.

Odorantes
9, rue Madame, 6e

Cours privés d’art floral renseignement : renseignements au 01 42 84 03 00

 

Toraya / Pâtisserie impériale

Fournisseur officiel de la cour impériale depuis le règne de l’empereur Goyôzei (1586-1611), Toraya est bien plus qu’un pâtissier traditionnel pour les Japonais, c’est une véritable institution. L’établissement possède à ce jour environ 80 points de vente au Japon et une à Paris où l’on peut découvrir les formes, couleurs et parfums des wagashi, « pâtisseries traditionnelles » en japonais. Avec des noms comme Présage de bon augure (brioche, à base d’igname, fourré à la pâte d’azuki rouges en purée), ou Pluie sur les chrysanthèmes (truffe en pâte d’azuki blancs parfumée au thé vert matcha, fourrée à la pâte d’azuki rouges en morceaux), les pâtisseries de saison nous font d’emblée voyager dans un monde poétique où délicatesse, couleurs arc-en-ciel et ingrédients naturels ravissent les palais.

Toraya
 10, rue Saint-Florentin, 1er

 

Clown Bar / Le bistrot

« Cela a beau être un bistrot parisien typique, pour moi cela pourrait être un petit restaurant japonais traditionnel. Sa petite taille, l’ambiance familiale, la façon dont le chef Sota Atsumi travaille avec minutie des produits d’excellente qualité, l’attention portée au client, tout ça donne au lieu une approche éminemment japonaise ! » explique Hirotoshi Maruwaka. Quand on sait que le dit Sota a travaillé chez Troisgros, Robuchon, au Stella Maris et chez Toyo, on peut réserver les yeux fermés dans ce bistrot bar parishikien, où l’exceptionnelle carte de vins nature sera agrémentée, pendant Parishiki, de thé En Tea en infusion à froid.

Clown Bar
 114, rue Amelot 11e

 

 

 Parishiki en action

Pour découvrir  le design et l’artisanat japonais, Nathalie Agematsu, la fondatrice de Shopu, investit la galerie DD pour présenter une série d’objets en provenance du Japon tous liés par leur simplicité et leur fonctionnalité. Accompagnée de Madoka Rindal, céramiste japonaise basée à Paris et Manger Manger, agence culinaire créée par la franco-japonaise Marie Méon, elle organise également une série d’évènements et d’ateliers créatifs.

Exposition du 15 au 17 septembre, galerie DD (ouverte de 10 h à 19 h), 5, cité Dupetit-Thouars, 3e
– tous les jours de 12 h 30 à 14 h des déjeuners japono-parisiens, en partenariat avec Yasai, maraîcher de légumes japonais d’exception made in France. Sur place ou à emporter mais sur réservation uniquement, 20 € par pers.
– les 15 et 16 septembre de 14 h 30 à 15 h 30 ateliers culinaires « variations de tsukemonos », des pickles japonais, sur réservation, 35 € par personne
– les 15, 16 et 17 septembre de 17 h à 18 h 30 ateliers poterie « initiation modelage » sur réservation 35 € par personne (ouvert aux enfants à partir de 6 ans)
– le dimanche 17 septembre de 15 h à 16 h 30 atelier floral avec le maître fleuriste Tomoji Hakuno de chez Aoyama flower market sur réservation 40 € par personne.
Réservez vos déjeuners et vos ateliers en écrivant à shopuandcoparishiki@gmail.com