Frangins

« Débarquez au plus tôt, mère au plus mal ». Alertés par ce SMS, trois frères se retrouvent au chevet de leur mère agonisante.

Près de 40 ans qu’ils ne se sont pas vus et les voici réunis dans le clair-obscur d’une cuisine suintant le moisi et l’abandon (impeccable décor de Nicolas Nore). De l’autre côté de la cloison, la mère s’éteint peu à peu. Jean-Paul Wenzel nous met sur les pas de trois frangins que tout oppose : Léo, le taulard,  Jipé,  ex-poète devenu auteur de polars pour mieux réussir (même qu’on l’a vu à la télé), enfin Philippe, le magicien.

C’est l’heure des comptes, des souvenirs, de la parole, des rires aussi. Bulles bienvenues dans cet océan de testostérone : Muriel (Hélène Hudovernik), la compagne du magicien, est là pour tempérer ce trio fracassé, l’électriser aussi car elle est belle, libre et connaît l’Adagio d’Albinoni, leur petite musique intérieure préférée ! Et puis, il y a la lumineuse Gaby (savoureuse Viviane Théophilidès), leur amour de jeunesse, témoin tour à tour amusée et horrifiée de ces retrouvailles alcoolisées au mauvais whisky.

Plombée par de nombreuses facilités (faiblesse de l’écriture,  construction foutraque…), cette pochade a du mal à se déployer totalement. Mais ce qui est beau ici, c’est l’humanité qui s’en dégage. L’évidente connivence entre les trois larrons, leur plaisir de partager la scène est patent de bout en bout. Frangins, c’est d’abord l’histoire d’un drôle de hasard : l’auteur du mémorable Loin d’Hagondange (1975) a écrit cette courte pièce, co-mise en scène par sa fille Lou Wenzel, à la demande (non  concertée) de deux amis : Jean-Pierre Léonardini (Léo) et Philippe Duquesne (Philippe).

C’est aussi une histoire de fauves blessés. C’est surtout une comédie fraternelle à l’italienne, vacharde et déglinguée, une pièce fondée sur une amitié brute qui nous griffe le cœur malgré ses imperfections.