Gemma Aterton : l’adorable fiancée

Héroïne hollywoodienne à qui la France a souri dans Gemma Bovery, l’actrice incarne cette semaine l’amour absolu d’un homme dans la fresque L’Histoire de l’Amour. L’occasion d’une rencontre pleine de grâce et tout en français.

Pourquoi avez-vous accepté le rôle d’Alma, cette jeune Polonaise séparée par la guerre de l’homme qui l’aime et qui ne cessera jamais de l’aimer au fil des ans ?

Gemma Aterton : Le réalisateur Radu Mihaileanu m’a fait envoyer le scénario, et il y avait une scène que je voulais absolument jouer. Celle où son amoureux revient de la guerre et tente de la retrouver. C’était très complexe et très intense. Et aussi parce que ma famille est d’origine juive polonaise et que ça m’intéressait de jouer une femme juive.

 

Vous connaissiez Radu Mihaileanu ?

Non, mais après, j’ai regardé ses films : Le Concert, Va, vis et deviens. Il est très émotif, ses réalisations sont passionnées et ils touchent les gens. C’est amusant, on avait rendez-vous à Paris dans un café, et une femme est venu le voir et lui a dit : « Merci pour vos films ». Je lui ai demandé s’il l’avait payée (rires).

 

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?

J’ai d’abord travaillé l’accent qui est assez fort, et j’ai fait pas mal de recherches sur la guerre, l’Holocauste, le village du film en Pologne et sur comment c’était d’être un immigrant polonais à New York après-guerre. C’était une période assez intéressante, car c’est un peu comme maintenant avec les migrants. Des gens qui sont désespérés, perdus, qui ne parlent pas la langue, qui ont absolument besoin de survivre. Et j’ai appris aussi un peu de yiddish, ce qui m’a beaucoup aidée pour le personnage. C’est une langue très douce. Ça m’a étonnée qu’elle soit si proche de l’allemand, quoique beaucoup plus douce et poétique. C’est assez beau, en fait.

 

Dans le film vous passez de la jeune fille de 18 ans à la vieille femme de 80. C’est difficile à faire ?

Ça, ça m’a fait peur je dois dire. Je me suis dit ok, je peux faire 35 ans mais là… D’habitude, on prend une autre actrice pour jouer la femme plus âgée. Mais Radu était très sûr de lui, il voulait faire comme ça, pour avoir les mêmes yeux. De mon côté, j’avais peur car ce n’est pas très fréquent que ça marche au cinéma. Mais heureusement, je jouais quelqu’un en train de mourir donc je n’avais pas vraiment pas besoin de bouger. Et finalement, c’est plus difficile pour moi maintenant de jouer quelqu’un de plus jeune, parce que je ne me sens plus du tout adolescente.

 

Vous passez par différents états émotionnels très intenses. Est-ce qu’on se met en danger en jouant ce genre de rôle ?

Cette scène dont je parlais au début était vraiment difficile, car pour Radu c’était le cœur du film, et il avait un peu peur. On a tourné de 7h à 23h, et après j’étais complètement vide, parce que Radu m’a vraiment poussée. Il y avait une montagne de mouchoirs à côté de moi. D’habitude, je n’aime pas vraiment cette façon de jouer. Mais ça m’a surprise. Comment je pouvais avoir autant de larmes en moi ? En même temps, l’Holocauste est un sujet bouleversant, ça touche tout le monde, mais peut-être parce que j’avais une connexion avec ma famille. Il y a des fois où le métier de comédienne est vraiment bizarre, tu ne sais pas comment tu fais les choses.

 

Quel effet ça fait d’incarner “l’amour éternel” ?

Ça met beaucoup de pression. C’est une idée qui me complexe un peu, parce que je ne sais pas si on peut quantifier la somme d’amour. Bien sûr que c’est bien, mais de savoir que quelqu’un a sacrifié sa vie entière pour vous, ça me trouble beaucoup. Je n’aimerais pas ça, je crois.

 

Vous incarnez souvent des muses. Pourquoi ?

Je ne sais pas. Ce sont les rôles qu’on m’offre. Quand on est comédienne, on ne peut pas choisir exactement ce qu’on veut. Ça m’étonne qu’on me choisisse pour ça, mais c’est un peu moins le cas maintenant. J’ai cinq films qui vont sortir et ils sont tous différents. Peut-être que L’Histoire de l’Amour est le plus romantique, celui où j’incarne plus l’idée de la femme parfaite, mais les autres pas du tout.

 

Qu’est-ce que Gemma Bovery a changé dans votre vie ?

Ça m’a donné l’opportunité d’apprendre le français. C’est un vrai cadeau. Je suis très reconnaissante à Anne Fontaine de m’avoir choisie, car ça a ouvert ma vie dans le cinéma en France. Maintenant, je vis un peu en France.

 

Qu’est-ce que le cinéma français a de différent ?

Il y a beaucoup plus d’opportunités, car il y a beaucoup plus de films qui sortent chaque année. Quand en Angleterre, il y a 80 films qui sortent par an, ici c’est 250. Il y a beaucoup de films commerciaux aussi, mais de vrais auteurs, contrairement à l’Angleterre où il y en a très peu. Il y a des voix certes, mais en Angleterre on a une façon de faire les films un peu à l’Hollywoodienne, avec des loges où tu attends trois heures, avec des répétitions. Moi j’aime bien quand c’est juste : « Vas-y », vite fait.

 

Est-ce que vous avez des nouvelles de Fabrice Luchini ?

Non. Je sais qu’il travaille beaucoup et qu’il a gagné un prix l’année dernière à Venise. Mais non, je n’ai pas de nouvelles.

 

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue en France ?

Les gens ne me reconnaissent pas trop, et j’aime ça, en fait. C’est pareil à Londres. Ça veut dire que je peux mener une vie assez normale, marcher partout, aller au café ou au restaurant.

 

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas pu être actrice ?

J’aurais été artiste, mais peut-être quelqu’un qui travaille le tissu. Sinon géologue. Je n’ai jamais vraiment pensé à ça, mais ce sont des choses qui m’intéressent, la géologie et la tapisserie (rires).

 

De quoi rêvez-vous maintenant ?

Les seuls rêves que j’avais, c’était d’être heureuse et créative, et de ne pas vivre là où je suis née, de voyager.

 

Un mot de conclusion ?

Ne sous-estimez pas ce que j’ai encore à vous montrer !