Gilbert Peyre, l’électromécanicien des objets

Ingénieur et plasticien, mécanicien et poète… Gilbert Peyre est un artiste résolument inclassable. La Halle Saint Pierre, au pied de Montmartre, expose avec brio son œuvre constituée de drôles de créatures.

Nounours pisseur, 2010-2016, technique : éléctromécanique (c) Gilbert Peyre, Photo : Gaston F. Bergeret

À partir d’objets mis au rebus, l’artiste crée d’extraordinaires sculptures-machines qui s’animent grâce à un procédé mécanique, électromécanique ou électropneumatique. Dans l’obscurité de l’espace d’exposition, ces automates et autres êtres hybrides prennent vie les uns après les autres. Ils guident ainsi les pas du visiteur, pour une surprenante balade en forme de spectacle-performance, riche en surprises.

Là, ce sont des assiettes qui volent au cœur d’une amusante scène de ménage (Ce soir on tue le cochon). Ici, une femme sans tête qui se déhanche langoureusement sur un air de Piaf quand, plus loin, danseuses du ventre et de flamenco rivalisent de précision et de sensualité. 
Un bestiaire formidable, parfois légèrement inquiétant, ponctue la visite. Animaux fragmentés, reconstitués : singe, souris, coq, lièvre… C’est un Tableau de chasse, composé de dizaines de boîtes de sardines, qui impressionne le plus. Tels des vagues, les bans de conserves sont animés d’un mouvement ondulatoire au caractère à la fois absurde et captivant. Un impact visuel d’une même force nous attend à l’étage, devant la simple course aérienne d’un vieux pantalon articulé…

Au fil du parcours, on fait aussi la rencontre d’un haltérophile tremblant sous sa charge et d’un attachant Nounours pisseur ; on croise des références à la Joconde, à Marcel Duchamp ou à Ben. Et, lorsqu’un tricycle traverse seul le sombre espace d’exposition, dans le silence émerge quelque chose de la grâce fragile de l’enfance, la nostalgie d’un temps révolu…


Si les machines hybrides et nombreuses têtes de poupées qui peuplent l’exposition sont susceptibles de mettre mal à l’aise, le trouble est de courte durée. Car l’affection que leur porte leur créateur est si palpable que ces automates nous semblent d’emblée amicaux, et leur générosité touche. Comme si le grenier de nos grands-parents prenait vie, dans une chorégraphie à l’esthétique foraine, chaque protagoniste cherche à raconter son histoire. 

Parce que ces objets rescapés sont pleins de la mémoire de leur vie passée, il y a quelque chose de réconfortant à les voir s’animer ainsi dans le monde de l’art, pour une seconde vie. Et quelle vie ! Proposition artistique intelligente, délicate, drôle et poétique, l’exposition de Gilbert Peyre à la Halle Saint Pierre vaut définitivement que l’on y fasse une halte.

Gilbert Peyre, l’électromécanomaniaque, jusqu’au 23 avril à la Halle Saint Pierre