Images poétiques en mouvement

Le Jeu de Paume accueille la première exposition monographique en France de l’artiste américain Peter Campus. Vidéos, installations, photographies… Sous le beau titre de Video ergo sum, elle nous invite à appréhender différemment l’espace qui nous entoure et à jouer avec notre propre image.

Né à New York en 1937, Peter Campus est l’un des pionniers de l’art vidéo, aux côtés d’autres grandes figures telles que Bruce Nauman, Nam June Paik ou encore Bill Viola. Ses œuvres interactives nécessitent la participation du visiteur. Il lui faut oser s’exposer, afficher sa propre image aux yeux de tous et jouer avec elle pour que l’œuvre existe. Spectateur devenu acteur, il se retrouve ainsi au milieu d’une petite arène délimitée par 4 caméras (Optical Sockets, 1972-1973) qui le filment, comme un animal pris au piège. Les images captées sont retransmises en temps réel sur quatre moniteurs, superposées les unes par-dessus les autres de manière à former une image unique. Naît alors à l’écran un être hybride et mouvant, un corps aux allures cubistes. De l’enfermement et l’exposition de soi naissent ainsi des images étrangement poétiques, d’un noir et blanc évanescent.

L’installation Kirva (1971) se déploie, quant à elle, dans la beauté de l’aléatoire. Une caméra filme de petits miroirs qui lui font face, suspendus dans l’air par des fils, comme des mobiles. De leurs mouvements dépendent les images enregistrées. Vision changeante, multiple, tributaire des variations de l’air ambiant, cette œuvre constitue une singulière et poétique expérience de désorientation.

Peter Campus se joue également de notre rapport au temps. C’est ainsi que, dans l’installation Anamnesis (1973), l’image de son être passé suit le visiteur à la trace, comme un double fantomatique. En nous confrontant ainsi à des doubles dissociés dans l’espace et le temps, l’artiste nous invite à expérimenter différemment notre propre image, souvent problématique.

Outre plusieurs vidéos expérimentales des années 70, on découvre également un Peter Campus photographe. Travaillant la lumière à l’extrême, il crée des images très contrastées, d’une grande force expressive. Mais ce sont surtout ses vidéos ultra-pixélisées qui marquent l’esprit et font naître une émotion tangible. De par le niveau d’abstraction qu’elles atteignent, celles-ci sont absolument renversantes. On est ainsi saisis, devant une simple bande de cubes blancs tremblotants qui figurent le mouvement d’une vague (A Wave, 2009)… Si le résultat peut évoquer un tableau de Nicolas de Staël, l’émotion n’est pas uniquement picturale : quelque chose de l’ordre de la durée se joue ici et l’agitation de l’eau se vit dans le(s) vague(s) de l’image, au rythme du ressac.

Peter Campus déploie ici un univers au caractère expérimental, intime et poétique. Questions de la perception de l’espace, de l’appréhension du corps, de la qualité abstraite des images en mouvement… Tels sont les thèmes abordés dans son exposition, avec une délicate attention aux détails du monde.

Peter Campus, Video ergo sum, jusqu’au 28 mai au Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 8e. M° Concorde. Tous les jours (sauf le lundi) de 11h à 19h, nocturne le mardi jusqu’à 21h. Entrée : 10 € / 7,50 € (réduit) / gratuit. www.jeudepaume.org