Interview : 10 questions posées au street artiste français Jace

Ses Gouzou sillonnent le monde entier. Difficile de ne pas en avoir vu un au moins une fois, in real life ou sur Instagram. Passionnée de street art, impossible pour l’équipe d’A Nous Paris de ne pas vouloir en savoir davantage sur ce talentueux créateur. C’est chose faite avec cette interview.

Peux-tu nous expliquer la signification de ton nom de street artiste ?

Jace est l’anagramme de mon nom de famille et de différents prénoms de l’état civil. Jaceticot est quant à lui mon pseudo sur Instagram. Ça provient de Jaceticot Bourbonnus qui est mon nom vernaculaire : référence à l’ancien nom de l’Ile de la Réunion – « île Bourbon » – et à mes études en biologie.

 

Depuis quand exerces-tu cet art et, par extension, quelle a été ta première oeuvre réalisée ?

J’ai commencé véritablement sur mur en 1989, en ayant pas mal griffonné sur papier avant. Je faisais à l’époque du skate et on ridait un spot sous un pont avec des murs vierges. Je suis allé chercher 3/4 bombes au magasin de bricolage de mon village et je me suis essayé au street art. Coup de foudre immédiat !

 

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Que représentent pour toi les petits personnages que tu mets en scène, les Gouzou ? Pourquoi un tel choix ?

« Le Gouzou » est un peu mon alter ego, c’est un peu l’alter ego de beaucoup de monde en fait : c’est un Humain asexué sans couleur de peau avec ses qualités, ses défauts. Il vagabonde dans les rues depuis 1992, laissant exprimer ses états d’âme. Il est réduit à sa plus simple expression par souci d’abord de rapidité : ces peintures sont en effet réalisées à 85% sans autorisation. Puis je me suis rendu compte que l’absence de visage permettait à tout un chacun de se l’approprier, de s’identifier et de laisser part à son imaginaire. C’est une sorte de miroir de notre société.

Quels sont les principaux messages que tu véhicules à travers le street art ?

Je n’aime pas trop passer pour un messager, un donneur de leçon… J’exprime simplement mes sentiments par rapport à la situation actuelle de la planète, de notre monde soit disant « moderne ». Les sujets qui m’irritent le plus sont : l’écologie et le capitalisme à outrance sans éthique. L’homme est actuellement au bord du précipice et nos dirigeants continuent à avancer avec un bandeau sur les yeux, ne se souciant que de leur mandat sans avoir de vision plus lointaine.

Arrives-tu à vivre à 100% du street art ou exerces-tu une activité annexe ?

Par essence, le street art est une action artistique perpétuée gratuitement dans la rue. Donc c’est plus une dépense d’argent pour le matériel qu’autre chose… D’autant que je risque également des amendes en intervenant sur des supports sans autorisation. Ainsi, mon activité annexe est la réalisation de fresques, de toiles ou d’illustrations depuis maintenant une bonne quinzaine d’années.

Quel est ton quartier, ou ta ville, de prédilection pour pratiquer le street art ?

La Réunion, évidemment, qui est mon « fief ». Le Havre vient en second, puis la France de manière générale, le monde. J’ai investi une quarantaine de pays en 2019.

 

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As-tu déjà mis en place des collab’ avec d’autres street artistes ? Si oui, lesquels ?

La liste est trop longue pour citer tout le monde ! Je viens du graffiti où la collab’ avec d’autres artistes est naturelle. J’ai également initié un projet sur la côte ouest de Madagascar en 2013 où j’ai invité 8 artistes de différents pays pour peindre des voiles de pirogue de pêcheurs. En a découlé un film, « du graffiti dans les voiles ». J’ai également ouvert une galerie d’art, « very yes », en annexe de la mienne, « l’usine à Gouzou », où j’accueille en résidence des artistes venant de l’extérieur de la Réunion.

Avec quel street artiste français, ou étranger, adorerais-tu t’associer ?

J’aimerais beaucoup rencontrer (dans un premier temps) les Os Gemeos du Brésil.

 

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Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le street art ?

Etre patient, rester humble, se documenter sur les racines de ce mouvement, être novateur, créatif, courageux, fou et, surtout, travailler !

 

Puisque nous sommes à Paris, as-tu des bonnes adresses pour boire un verre et manger à Paname ?

Les beaux jours arrivant, je recommanderais le « Chalet des îles » au bois de Boulogne. Ce n’est pas bon marché mais c’est un oasis où l’on accède en bateau et où l’on peut facilement déconnecter du tumulte parisien. Une très bonne adresse pour un dîner en amoureux…