Interview street art : rencontre avec l’artiste Jaeraymie

Fan de graffitis, pochoirs et œuvres de rue en tous genres ? Découvrez sans plus tarder notre interview du street artiste français Jaeraymie. Bonne lecture !

 

Peux-tu nous expliquer la signification de ton nom de street artiste ?

Mon nom d’artiste est mon véritable prénom, mais écrit comme ma petite sœur le prononçait enfant. Ce qui donnait “Jaramie”. Je l’ai ensuite écrit de manière phonétique “Jaë / Ray / Mie”. Personne ne l’a jamais prononcé correctement donc maintenant c’est Jérémie, mais toujours écrit Jaëraymie.

Depuis quand exerces-tu cet art et, par extension, quelle a été ta première oeuvre ?

Je fais du street art depuis septembre 2016. J’ai eu d’autres activités artistiques avant, notamment dans la musique et la vidéo, qui nécessitaient d’être souvent en intérieur pendant de longues heures. Durant l’été 2016 ces activités se sont arrêtées. J’avais envie d’être dehors et de m’exprimer graphiquement par l’image. J’ai donc commencé à poser des affiches de détournement dans la rue.

Il n’y a pas vraiment de première oeuvre. Pour ma première sortie, j’avais trois ou quatre collages avec moi. Un détournement de Lee Van Cleef en poulpe et un hommage à un ancien groupe dans lequel je jouais, “Vertical Chaton”, que j’ai posé quais de Jemmapes. J’avais aussi collé une Nina Simone à taille humaine près des Buttes-Chaumont pour un clin d’oeil  à une amie. Il y avait aussi la définition du mot « amour » tiré du dictionnaire imprimé en grand et posé rue Beaubourg. Je n’avais pas vraiment une idée artistique développée à ce moment, j’avais juste envie d’être dehors et de m’exprimer sans trop savoir ce que je voulais dire. Comme si j’avais voulu courir avant de savoir marcher.

Il y a un personnage qui revient souvent dans tes œuvres. Qui est-il ? Que représente-t-il ?

En effet, j’ai commencé une série en septembre 2018, très différente techniquement et artistiquement de ce que je faisais depuis deux ans. L’idée était d’interpréter de manière absurde ou littérale les “Expressions Idiomatiques”, de les peindre aux préalable en atelier puis de les coller ensuite dans Paris. J’ai réfléchi un bon moment à comment traduire ces expressions dans la rue. J’aime le fait de placer des personnages à échelle humaine comme ils sont à notre portée, on peut les laisser nous aborder. Trop grands, ils seraient supérieurs, trop petits ils seraient trop discrets. J’ai donc cherché un personnage qui pourrait interpréter toute ces expressions.

Venant du détournement et habitué à travailler à partir de personnages issus de la culture populaire, il fallait que je trouve une figure qui puisse soutenir le propos sans l’effacer non plus. Dans ma fiction, ce personnage est le “Stagiaire de l’assistant du chargé de mission au ministère de la culture chargé de mettre en application les expressions idiomatiques”. C’est comme si on avait chargé à monsieur tout le monde d’essayer des expressions “en vrai”, pour voir si elles sont encore pertinentes et utilisables de nos jours. Sinon, dans la vraie vie, c’est un de mes meilleurs amis, le directeur du journal Le chat Noir de Montmartre, qui me sert de Muse/modèle pour les peintures que je réalise. Le premier chapitre compte 30 Expressions Idiomatiques que j’ai posées entre septembre et décembre 2018 . Le chapitre 2 se passera dans différentes villes de Province entre avril et juin 2019

Quels sont les principaux messages que tu véhicules à travers le street art ?

J’aborde des sujets différents à chaque oeuvre. L’égalité et les rapports hommes/femmes, le racisme, le machisme, la justice… Souvent avec une dose d’humour absurde et il s’y infiltre plus ou moins de sens. Parfois les messages sont très premier degré, presque bêtes, et parfois il y a différents niveaux de lecture. Je dis toujours quelque chose de précis, ensuite le passant se fait sa propre histoire. Je ne contrôle pas ce que les gens vont y voir.

Arrives-tu à vivre à 100% du street art ou exerces-tu une activité annexe ?

Si on considère que le street art c’est “de l’art placé illégalement dans la rue”, je ne crois pas que quelqu’un puisse vivre du street art. Cf « Pourquoi l’art est dans la rue » de Codex Urbanus, excellent bouquin qui m’a fait comprendre beaucoup de choses sur ma propre activité de “street artiste”. Aujourd’hui, je vis des ventes d’oeuvres que je fais dans la galerie d’art avec qui je travail : la YAM “Young Artists Montmartre”. Ces œuvres ne sont pas du street art, c’est “juste” de l’art. Le street art n’est en aucun cas un style de peinture ou un genre graphique qu’on peut trouver en galerie. Un fond avec trois graffitis et une icône populaire pochoirisée aux couleurs criardes ne feront jamais une “oeuvre de street art”. Le street art est protéiforme et il est posé illégalement dans la rue. C’est là son intérêt.

Interview street art Jaeraymie
Les Expressions Idiomatiques du street artiste français Jaeraymie – (c) Wesley Bodin

Quel est ton quartier de prédilection à Paris pour pratiquer le street art ?

Je n’ai pas vraiment de quartier de prédilection. J’aime mettre en relation ce que j’ai à dire avec le lieu dans lequel j’interviens. Ce n’est pas toujours réussi, parfois c’est un heureux hasard et parfois c’est réfléchi en avance, mais je peux dire qu’on trouve essentiellement mon travail dans le 18, 20, 10, 11, 12 et 13e. Ce sont des arrondissements aux quartiers et aux ambiances variés, et donc très intéressants.

As-tu déjà mis en place des collab’ avec d’autres street artistes ? Si oui, lesquels ?

La collaboration entre artistes de rue est compliquée à définir. Est-ce que sortir entre artistes et poser les uns à côté des autres est considéré comme une collaboration ? Je ne crois pas. Une collaboration se réfléchit un peu, se prépare. Elle devrait se faire au-delà des styles et des personnalités de chacun des artistes. J’ai tout de même fait une ou deux “collab” avec des copains : Ardif, Combo CK, Lego To the Party, Matt-tieu et WRDSMTH.

Avec quel street artiste français, ou étranger, adorerais-tu t’associer pour une création future ?

Le rêve pour moi serait de partager une session de collage avec Ernest Pignon-Ernest. Juste à regarder, à discuter, à filer un coup de main. C’est l’artiste que je respecte le plus et qui me challenge le plus aujourd’hui. Il pose ses peintures en extérieur depuis les années 60 et il se refuse la paternité du “Street art”. C’est pourtant l’un de ses pionniers, son travail est incroyable de justesse, d’intelligence et d’onirisme. Sinon, une soirée avec Magritte pour essayer de comprendre le cerveau du bonhomme, ce serait parfait !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le street art ?

Je suis toujours enclin à partager des conseils techniques mais pour le reste, je n’ai pas vraiment de conseils à donner. Je suis encore très jeune dans cette pratique et je pense que les raisons de faire du street art sont personnelles. De plus, j’ai encore beaucoup à apprendre sur la raison qui m’a poussé à le pratiquer.

Puisque nous sommes à Paris, as-tu des bonnes adresses pour boire un verre et se restaurer à Paname ?

Pour boire des verres : Le clair de Lune à Château Rouge.
Pour danser : Le café Chéri(e) à Belleville.
Pour manger tranquillement : Adria, resto italo-croate somptueux rue de Charenton.
Sur le pouce : Urfa Dürüm des sandwichs Kurde incroyable rue du Faubourg Saint-Denis.

Interview du street artiste français Jaeraymie
Marcher sur la tête ? – (c) Wesley Bodin