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Interview : 10 questions posées au street artiste Retro Graffitism

Reconnaissable entre mille grâce à son univers psychédélique, le street artiste Retro Graffitism a bien voulu répondre aux questions d’A Nous Paris. C’est parti !

Peux-tu nous expliquer la signification de ton nom de street artiste ?

Il s’agit du concept que j’ai commencé à développer en 2012 : RETRO GRAFFITISM. C’est une transposition du Retro Futurisme au domaine du graffiti. Pour simplifier, le Retro Futurisme est un courant qui consiste à imaginer une progression technologique en partant d’une période passée. En gros, si le monde avait progressé technologiquement parlant, en gardant le design de l’époque Victorienne, nous aurions des voitures en bois et en métal, assemblées avec des rivets, des intérieurs en laiton et en cuivre, le tout véhiculé grâce à la vapeur.

De là, je me suis posé la question : et si le graffiti avait existé avant et ailleurs (même s’il existe depuis les hommes préhistoriques, je parle de la conception du graffiti comme celui de New York des années 1970), à quoi pourrait-il ressembler s’il était né sous l’Egypte antique, au Moyen-Age en France, en plein Japon féodal ? L’idée est de combiner les influences graphiques depuis les débuts de l’histoire humaine, éloignées dans le temps et l’espace, et de les mélanger. Comme un croisement entre du constructivisme Russe des années 20 et de la science-fiction des Etats-Unis pendant les années 70 par exemple. Tu peux ainsi sortir un mélange totalement improbable. Remixé par un style Inca ? Et voilà une nouvelle combinaison. C’est infini. Nous n’inventons rien, on s’inspire du passé. On peut regarder en arrière pour s’inspirer du passé = RETRO.

 

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Depuis quand exerces-tu cet art et, par extension, quelle a été ta première oeuvre ?

J’ai commencé avec les tags en 1991, puis j’ai rapidement voulu me mettre à peindre, dessiner, en très grand avec des bombes. Ma toute première peinture date de 1991 ou 1992, je ne sais plus comment, nous avions pu être invités à graffer, sur le parvis du Trocadéro, avec des amis plus expérimentés que moi. C’était à l’occasion de la journée mondiale contre le Sida, des peintures sur des bâches. Cette « peinture » était une vraie catastrophe. Après je me suis entraîné dans des terrains vagues comme tout le monde.

Quelles sont tes principales inspirations ? Où puises-tu ta créativité ?

Partout. Principalement la bande dessinée. Le web bien sûr, le cinéma… Beaucoup dans les livres aussi. Des livres d’art surtout, d’architecture, de design, photo, cinéma… Tout ça pour l’aspect visuel. En ce qui concerne les concepts et la documentation, des livres, romans ou essais, voire des livres philosophiques… Quand j’arrive à les comprendre !

Quels sont les principaux messages que tu véhicules à travers le street art ?

La culture je dirais. Enfin, je l’espère. Le mélange des influences, des traditions, des styles graphiques venant de partout. J’essaie de raconter une histoire, de rester cohérent, et si je peux, embarquer le spectateur dans un autre monde pendant quelques secondes – je sais c’est vachement ambitieux. Le respect de l’environnement aussi, je n’utilise plus de bombes de peinture, ça représente trop de déchets. Trop de contenant pour peu de contenu, je privilégie le pinceau et l’acrylique en pot que je peux recycler.

 

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Arrives-tu à vivre à 100% du street art ou exerces-tu une activité annexe ?

J’arrive à en vivre, pas super aisément. Je vis à Paris avec deux enfants, ce n’est pas toujours facile. On cultive en France une sorte de fantasme de l’artiste maudit, qui vit d’amour et de peinture fraîche.

Quel est ton quartier de prédilection à Paris pour pratiquer le street art ?

Je peins majoritairement dans le 20e, parce que j’y vis. C’est un quartier encore très populo, dans lequel il est plutôt agréable de peindre, car les gens sont, de mon petit point de vue, plus ouverts que dans pas mal d’autres arrondissements. Peut-être qu’ici on arrive mieux à ressentir ce principe de « nous sommes tous dans le même bateau ». On te regarde moins avec un air méfiant, les gens sont moins individualistes peut-être.

As-tu déjà mis en place des collab’ avec d’autres street artistes ? Si oui, lesquels ?

Je peins souvent avec HOBZ, avec qui il n’est pas nécessaire de parler pendant des plombes. On cherche un mur, on peint, on discute après. Je manque de temps pour m’organiser, j’aime bien le côté spontané, et j’ai un rythme qui ne permet pas beaucoup d’expérimentations malheureusement, en terme de collaboration. Je ne peins qu’en journée, en semaine, le reste de mon temps est consacré à la famille.

 

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Avec quel street artiste français, ou étranger, adorerais-tu t’associer ?

Je n’ai pas du tout ce genre de raisonnement. J’admire les travaux d’énormément de personnes, mais je ne pense pas à aller peindre avec Jean Bidule ou Mc Trucmuche. Il s’agit plus de rencontres et des occasions qui se présentent.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le street art ?

D’être profondément convaincu par ce qu’il fait. De chercher un style personnel qui soit logique par rapport à son propre caractère, son vécu ou ses influences. On commence tous par s’inspirer des autres, je dirais que les inspirations ne se limitent pas à ce domaine ni même à l’art au sens large. Je crois qu’une des qualités principales, c’est la curiosité.

Puisque nous sommes à Paris, as-tu des bonnes adresses pour boire un verre et se restaurer à Paname ?

Haha, vaste question. Les meilleures pizzas du 20e, voire de Paris, c’est IL POSTO, rue des Pyrénées. Tu veux un plat végétarien turc, je te conseille un KUMPIR chez le MEZZE DU CHEF, rue de Ménilmontant. Un petit bistrot tout pété à la bonne ambiance pas prout prout branchouille, LA CAGNOTTE rue de Belleville. Un resto thaï pas cher, copieux et super bon, STREET BANGKOK, rue Eugène Varlin dans le 10e. Un petit goûter à la cool, avec du fait-maison dans un endroit fait de bric et de broc, le BARBOUQUIN, rue Dénoyez.

 

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