Interview : 5 questions posées à Anne de la revue Hey !

Alors qu’une nouvelle exposition s’installe, du 23 mars au 2 août 2019 à la Halle Saint-Pierre, Anne de Hey !, éditrice, co-créatrice et rédactrice en chef de la revue Hey ! modern art & pop culture partage avec A Nous Paris sa conception d’un art en forme de manifeste, hors des standards académiques.

Peux-tu décrire l’univers de Hey ! aux lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?

©Hey!

 

Anne de Hey ! : D’abord nous sommes trois à participer à Hey !. Moi, Julien de Hey ! et Zoé de Hey !. Plus qu’une revue d’art, c’est un projet que l’on peut décomposer en trois étages. La revue, le vaisseau amiral, où tous les choix se construisent et où les artistes ont une première visibilité. Au deuxième étage, ce sont les expositions que nous organisons, avec des dessins, des peintures, des sculptures, des assemblages… Et enfin les spectacles où là, c’est l’équipe de Hey ! qui se met en scène pour raconter ses propres histoires. La revue est entièrement bilingue, existe depuis 2010 et a permis de mettre en lumière près de 1 400 artistes.

 

Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette revue et de votre démarche dans le paysage artistique français ?

Nous sommes une famille qui regroupe tout un tas de niches esthétiques. Elles dialoguent ou naissent des contre-cultures. Cela part de la fin du XIXe siècle, voire avant si l’on prend en compte le tatouage, comme nous le présentions durant l’exposition Tatoueurs, tatoués au Quai Branly où nous étions commissaires d’exposition. Nous présentons des arts éclectiques, qui vont de la figuration pure en passant par la bande-dessinée tout en faisant écho à différents mouvements comme l’art brut ou l’art singulier. Hey ! est aussi un geste militant. Une déclaration et une démonstration de l’idée que chacun est assez autonome et puissant pour créer son propre monde, et cela même si la société dans laquelle il évolue ne lui convient pas.

Avec l’équipe de Hey !, vous lancez le 23 mars 2019, à la Halle Saint-Pierre, une nouvelle exposition. De quoi parlera-t-elle et pourquoi cet attachement à ce lieu ?

C’est le musée qui est venu nous chercher et on ne refuse pas ce genre d’invitation. La Halle Saint-Pierre est l’unique lieu en France qui défend l’art brut et l’art singulier. Un lieu historique pour ces courants artistiques, dont les origines remontent à Jean Dubuffet, après la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement est ensuite importé aux États-Unis et connaît son plein succès à Chicago. On parle d’outsider art. Notre première exposition à la Halle Saint-Pierre était comme un coming out. Cela n’avait jamais été fait en Europe. Celle d’aujourd’hui présentera des pièces de créateurs autodidactes et/ou marginaux, qui élaborent une œuvre en-dehors de l’art académique classique. Des personnes qui n’ont pas de sites internet et sont introuvables… sauf par nous. L’idée, c’est de montrer que même en étant autodidacte, on peut avoir beaucoup de choses construites et intelligentes à dire. Tous les media sont représentés, comme toujours (vidéo, peinture, BD, photographie…), ce qui est rare en art.

 

Pourrais-tu nous donner des exemples d’artistes que l’on pourra retrouver dans cette exposition ?

Il y a par exemple CHEN M, qui travaille le bois et la terre et réalise des bustes saisissants. On ne le trouve pas sur le net et c’est un autodidacte, comme la plupart des artistes de l’exposition. Je pense également à Brigitte Lajoinie, qui fabrique des armures à partir de tout ce qui peut lui tomber sous la main : métaux de récupération, bouts de ficelle… Il y a aussi Yannick Unfricht, membre de Hey ! La Cie, qui s’est toujours exprimé avec son corps. On lui a découvert récemment une maladie de Lyme a un stade élevé, ce qui l’empêche de réaliser ses performances comme il le souhaite. Il s’est depuis mis à la photographie. Une grande installation lui est consacrée dans l’exposition, dans laquelle il habitera une fois par mois, le week-end, pour une performance.

Si on est fan de cet univers, quels sont les lieux à Paris, outre la Halle Saint-Pierre, où il faut à tout prix se rendre ?

Visuel de la saison 2 #05 de Hey !
©Hey!

 

Malheureusement, il n’y en a aucun. Le seul lieu d’expression pour ces arts-là, c’est la revue Hey ! Delux, qui sort deux fois par an, disponible en librairie, ou le site internet qui fonctionne comme un trimestriel. La France est très marquée par l’héritage du conceptuel, de l’abstrait et de l’art de l’installation. Un procédé soutenu par une politique culturelle très offensive dès la fin des années 80. Il y a une vraie difficulté à regarder un art figuratif qui s’exprime à travers des sujets qui paraissent légers et qui ont trait à la culture pop comme des travaux sérieux. Mais les choses changent. Pour preuve, l’exposition Michael Jackson au Grand Palais ces derniers temps. D’ailleurs, il faut différencier la culture pop, fondée sur une histoire, et celle purement consumériste, qui n’existe que pour exploiter des figures emblématiques afin d’en faire des produits.

Site internet : https://www.heyheyhey.fr/fr/