Interview : Adèle Exarchopoulos dans Le Fidèle

Loin de La Vie d’Adèle, l’actrice Adèle Exarchopoulos évolue cette semaine dans Le Fidèle, en pilote de course amoureuse d’un braqueur. Un rôle idéal pour celle qui conduit de main de maître sa carrière démarrée sur les chapeaux de roues.

Comment t’es-tu préparée pour ce rôle de pilote de course automobile ?

Adèle Exarchopoulos : Déjà, il fallait que je passe mon permis vu que je ne l’avais pas (rires). Au premier abord, je me suis dit que ça devait être très dangereux. Et en traînant sur des circuits, je me suis rendu compte que pour mon personnage, rouler dans une voiture à 300 km/h c’était comme aller au bureau. C’est un endroit où, contrairement à moi, elle se sent en sécurité. Il fallait que je trouve cette sérénité. C’était ça le plus difficile, plus qu’apprendre les mouvements et aller sur les courses. Après, c’était hyper excitant. Je faisais des driftings sur le parking de Carrefour pour m’entraîner.

Tu es donc passée de “sans permis” à une Porsche ?

C’est ça (rires). Le cinéma est un immense terrain de jeu où tu peux te retrouver un jour en Haïti avec des volontaires, le lendemain en train de faire des drifts dans une Porsche, et le surlendemain apprendre une nouvelle langue. C’est pour ça que c’est tellement bien.

Dans le film, ton personnage est prêt à tout pour son compagnon braqueur, joué par Matthias Schoenaerts. Toi aussi tu es prête à tout par amour ?

C’est une bonne question. Ce qui est beau dans l’amour, c’est qu’il n’y a aucun code, pas de mode d’emploi ; à chacun son destin. Moi, du moment qu’on me rend heureuse, je suis prête à sacrifier beaucoup de choses tant que ça n’atteint pas ma liberté et mon bonheur à moi. En amour, on est forcément obligé de conjuguer les concessions et les sacrifices.

Que ce soit dans La Vie d’Adèle, Les Anarchistes, Éperdument, ou Orpheline, la passion amoureuse est souvent au centre de ta filmographie. C’est un choix volontaire ?

Je pense que c’est inconscient. Je rêverais de me prêter à une bonne comédie. Je ne veux pas rester bloquée dans quelque chose. Et en même temps, l’amour est au centre de tout dans la vie. À commencer par la famille, c’est ce qui te permet de procréer, de transmettre, de partager, d’évoluer. Mais avant une histoire d’amour, il y a aussi la rencontre avec un personnage. Je n’aime pas les personnages lisses, et l’amour est un terrain où l’on peut tout apprendre. Moi, je peux apprendre du jour au lendemain à cuisiner, parler une autre langue.

Dans le film, il y a des moments très sensuels avec Matthias Schoenaerts. Est-ce que ces scènes de sexe sont difficiles à exécuter, ou est-ce que tu es habituée maintenant ?

C’est toujours difficile de se mettre nue face à des gens que tu ne connais pas, forcément. Après, la question c’est : est-ce que ça sert l’histoire d’amour ? Et surtout, qu’est-ce que le réalisateur veut raconter ? Là, en l’occurrence chaque scène de sexe représente un moment de renforcement du couple. Et puis, il y a plein de façons de filmer. C’est vrai qu’avec La Vie d’Adèle, je suis tout de suite arrivée dans quelque chose de cru, donc les gens m’ont un peu réduite à ça. Je sais que je ne me mettrai pas à refuser du jour au lendemain toutes les scènes d’amour, mais plus je grandis et plus ma pudeur et ma manière de me regarder grandissent. Et je sais que je n’ai pas envie de lasser les gens, ni de me lasser moi-même en m’enfermant là-dedans. En plus, en France on est catalogué si rapidement…

Comment gère-t-on un succès aussi fulgurant que celui que tu as eu après La Vie d’Adèle ?

On ne peut pas se plaindre parce qu’on est dans une sorte de transition très rapide et bénéfique. Je pense, avec le recul, que ça m’a apporté beaucoup de doutes. Est-ce que je vais pouvoir défendre cette position ? Alors qu’avant, j’abordais les choses avec plus d’inconscience. Et puis, j’ai voulu trop retourner à cet état de pureté du début, et finalement je n’y suis pas arrivée.

De quoi rêves-tu maintenant ?

Je rêve de belles rencontres avec des personnages, d’être dans des films de Vinterberg, de Baz Luhrmann, d’Almodovar. Je rêve de découvrir beaucoup de premiers scénarios, de premiers films. Je rêve de raconter des histoires qui me tiennent à cœur. Et aussi de défendre des personnages mauvais parce qu’il faut des gens qui incarnent le mauvais pour savoir où est le bon. Après, je me sens déjà assez bénie, mais bien sûr, je suis gourmande, et j’aime ce que je fais. Je rêve d’avoir des rêves.

Qu’est-ce qu’on te dit quand on te reconnaît dans la rue ?

Souvent, ce sont des jeunes, et aujourd’hui les jeunes font plus de selfies qu’ils ne communiquent. « Viens, on fait une photo ? » J’ai envie de demander : « Bah, pourquoi ? » Mais ça me touche. Il y a une forme de reconnaissance. Souvent, on ne va pas se mentir, c’est de La Vie d’Adèle dont on me parle et je me retiens pour ne pas dire : « Mais c’était il y a cinq ans, ça y est, c’est dans mon grenier ». J’aimerais qu’on m’arrête pour des nouveaux films. Mais celui-là a beaucoup touché les jeunes et leur a donné envie de vivre leur vie et de s’exprimer.

Que dirais-tu à la petite Adèle de 10 ans si tu la croisais aujourd’hui ?

Je lui dirais : « T’inquiète pas, tu vas rigoler ». Parfois, il ne faut s’attendre à rien dans la vie, et c’est le destin. Je lui dirais qu’il faut rêver, qu’il y a des choses qu’il ne faut pas abandonner, et après, c’est comme pour tout, pour durer, il faut se battre, et le plus important c’est la vie.

Que reste-t-il de tes 20 ans ?

Attends, ils ne sont pas si loin quand même ! J’ai seulement 24 ans. Ce qu’il reste : tellement de plaisir. Comme tout le monde, ce que je préfère au monde c’est d’être avec les gens que j’aime, que ce soit dans un canapé à 15 ou au Brésil.

Comment te vois-tu à 80 ans ?

Ah ! Je me vois sur le même canapé, avec ces mêmes potes en train de rigoler. Je me le souhaite en tout cas.

Si à 80 ans tu as le même canapé, tu auras peut-être du mal à t’en extraire !

Un nouveau canapé, alors.

Où irais-tu si tu pouvais remonter le temps ?

À l’époque où on est tout petit et qu’on ne veut pas grandir. Je pourrai alors me faire pipi dessus dans la rue et crier, et tout le monde trouverait ça normal.

Une dernière question, qui fonctionne mieux avec les personnes plus âgées, mais bon… est-ce que tu as fait de ta vie ce que tu voulais ?

Mais ils doivent crever ! Si tu me demandes ça à moi à 50 ans, je crève ! On dirait un testament. Mais pour te répondre : Oui. En tout cas, j’essaie, et jusqu’ici, ça me rend heureuse.

 

Le Fidèle, de Michaël R. Roskam, avec Matthias Schoenaerts et Adèle Exarchopoulos. Policier.
Sortie le 1er novembre.