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Interview : Catherine Maunoury, directrice du musée de l’Air et de l’Espace du Bourget

Championne de voltige, Catherine Maunoury est la première femme à diriger le musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, une institution fondée en 1919.

Vous serez en démonstration pendant le Salon. Comment abordez-vous un pareil événement ?

Au Bourget, nous n’avons le droit de faire de la voltige que pendant le Salon. Je le vis comme une aventure passionnante. Nous nous trouvons dans un lieu historique. Ce meeting est aussi le plus difficile à cause des nombreuses habitations autour. Des avions se sont crashés il y a longtemps. La sécurité est maximale, en liaison directe avec Matignon. Si un pilote effectue une manœuvre dangereuse, il ne vole plus. Un radar sert de mouchard pour les directeurs de vol. Ils connaissent exactement l’endroit où vous êtes. Une heure avant, je ne vois plus personne, je ne parle plus. Je regarde le ciel, je me dis que je ne dois pas rentrer dans les nuages. Il n y a jamais deux vols semblables. Un aviateur n’est jamais tranquille. Une fois dans le cockpit, j’oublie l’enjeu, et je me dis : « Si tu es là, c’est que tu sais piloter. Il n’y a pas de raison ! » Tout se joue en sept minutes.

Un hommage sera rendu aux femmes pilotes. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve cela bien, mais je pense que les femmes sont des pilotes comme les autres. C’est naturel. Nous verrons évoluer l’aviatrice paraplégique Dorine Baumeton qui a vaincu un obstacle autrement plus difficile. Dès 1910, les femmes ont volé, dans le domaine du sport. Dans la voltige, les deux sexes sont à égalité.

Comment êtes-vous devenue la première femme à diriger le Musée du Bourget, en 2010 ?

À l’origine, la direction du musée revenait à des généraux. Le musée était militaire. Aujourd’hui, il consacre le lien entre l’armée et la nation. Pour incarner ce lien, il était normal de le confier à des civils. Gérald Feldzer a contribué à mettre le musée en lumière. Puis, je lui ai succédé. Être une femme m’a sans doute servi. Mais mon directeur adjoint est un général.

Comment décidez-vous d’une exposition ?

Les anniversaires comptent beaucoup. Avec 14-18, nous sommes servis ! Le hasard aussi nous aide. Le musée qui recevait l’exposition de la prestigieuse escadrille française de la Seconde Guerre mondiale, Normandie Niemen, a fermé, et nous l’avons récupérée. Nous préparons une exposition sur 1916 et Verdun, qui marquent le début de la chasse.

Le Spirit of Saint-Louis de Lindbergh ne devrait-il pas être la propriété du Bourget ?

Nous comprenons quand même que les Américains tiennent à conserver cet avion. Nous pouvons toujours le leur demander, mais je n’ai pas écrit la lettre (elle rit). Nous avons eu longtemps la capsule d’Apollo XIII.

Avez-vous un modèle de musée ?

Le musée national de l’Air et de l’Espace de Washington a une superbe scénographie, il est plus riche que le nôtre, et domine dans son domaine. Mais en collections, nous tenons largement la route. Nous dominons nos concurrents sur les débuts de l’aviation. Nous faisons partie des quatre, cinq grands musées du monde, et nous espérons être un jour le premier, pas seulement en âge. 

Vous êtes membre du jury Guynemer. D’où vient cet intérêt pour les récits d’aviation ?

Mon père, qui était pilote privé, avait une grande bibliothèque aéronautique. J’y ai découvert les vies de Jacqueline Auriol, mon modèle, d’Adrienne Bolland, des pilotes d’essais, dont j’adorais les souvenirs, surtout à l’époque car cette activité était encore pleine de surprises. J’ai dévoré à douze ans Le Grand Cirque de Clostermann qui donne une idée du bazar des combats aériens en 1940. J’ai apprécié un texte poétique de Daniele Del Giudice, Quand l’ombre se détache du sol, les livres de Jules Roy aussi. J’ai moins lu au moment où j’ai commencé à voler. J’étais dans l’action, j’avais moins envie de me tourner vers les autres. C’est en venant au musée que je me suis remise à lire.