Interview : Clotilde Hesme, la revenante

C’est une comédienne discrète, mais au sommet de son art. C’est d’ailleurs sur les sommets des Arcs, où elle était jurée du festival de Cinéma européen, que nous avons rencontrée l’Adèle des Revenants, avant de la voir prochainement à l’affiche de Chocolat avec Omar Sy.

Qu’est-ce qui vous plait dans la sélection de ce festival de Cinéma européen des Arcs ?

Clotilde Hesme : Le fait qu’on sente qu’il y avait une vraie nécessité à faire ces films. Et on se rend compte que le cinéma est bien là. Je comprends qu’ils aient préféré l’appeler festival DE cinéma plutôt que festival DU cinéma. J’ai saisi cette petite nuance en voyant les films.

Et qu’aimez-vous dans le cinéma européen ?

Il y a une belle vague de jeunes cinéastes qui s’autorisent des choses formelles, un peu plus audacieuses en France, mais je trouve qu’il y a souvent plus de fantaisie et d’originalité en Europe que dans le cinéma français.

Vous faites partie du cinéma français, pourtant.

Bah oui, mais je me suis rendu compte en travaillant avec Raoul Ruiz qu’il y avait une liberté formelle et narrative que je retrouve dans ces films-là. Il y a du cinéma, quoi ! On n’est pas là en train de raconter l’histoire d’un couple qui discute dans une cuisine, qui va dans la chambre,  puis revient dans la cuisine (rires).

Est-ce que le cinéma peut changer le monde ?

Il nous console, au même titre que les cultures, les arts et que tout ce dont on a besoin pour vivre. Je trouve, comme le dit Louise Bourgeois, que « l’art est une garantie de santé mentale ». C’est quelque chose qui nous aide à vivre et à être ensemble.

 
photos : Olivier Monge & Alexandra Fleurantin

Qu’est-ce que votre césar du meilleur espoir féminin, obtenu en 2012 pour Angèle et Tony, a changé dans votre vie ?

Je pense qu’à 33 ans, ça ne change pas grand-chose. C’est bien, on se rend compte qu’on croit encore en nous, il y a encore un peu d’espoir. Et on se dit : « Tiens, ça y est, on est accepté dans la famille » mais, comme dans toutes les familles, c’est compliqué.

Vous vous en sortez cependant fort bien…

Oui, mais je suis prudente. Il faut se méfier de la famille (rires).

Comment choisissez-vous vos rôles ?

En fonction de la détermination du metteur en scène à faire le film.

À part L’Échappée belle, pourquoi ne vous voit-on jamais dans des comédies ?

Je serai bientôt dans Diane a les épaules, une comédie sur la gestation pour autrui. Le sujet n’est pas drôle, mais on le traitera de manière assez légère. C’est vrai que ce n’est pas le genre que je préfère, parce que souvent les comédies sont écrites par des hommes et les actrices sont des faire-valoir. Il est pourtant possible de faire des comédies, pas forcément féministes, mais juste pas misogynes ! (rires) Le problème, c’est qu’on nous demande toujours de servir la soupe à l’acteur principal. Et ça, ça n’est pas possible.

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

Des choses gentilles, ou alors : « Là, Les Revenants, c’était trop dur. Vraiment, je ne vous ai pas aimée. Vous m’avez fait peur ». Parfois, les gens vous parlent comme si c’était complètement de votre faute et que vous aviez gâché quelque chose.

Vous avez une image plutôt discrète.

Je n’ai pas trop envie qu’on m’étiquette. Je navigue comme j’en ai envie, dans des univers très différents, au théâtre, au cinéma, à la télé. Il y a une cohérence dans mes choix, mais sans aucune stratégie, et il n’y a rien qui se ressemble. Ça déroute parfois, mais j’aime bien ça. 

Pour terminer, quelles sont vos résolutions pour 2016 ?

Qu’on soit dans l’amour et la solidarité, tournés vers les autres. Qu’on arrête de défendre son petit pré-carré par peur. Qu’on essaye d’abolir la peur et qu’on vive une meilleure année que 2015.



A propos des Revenants

Ce que la série a changé dans votre vie

Pas grand-chose, parce que quand on n’a pas envie que les choses changent vraiment, elles ne changent pas. On vous reconnaît peut-être un peu plus dans la rue, mais en même temps, c’est pareil, si on n’a pas envie d’être reconnue, on ne l’est pas. Le grand succès de la première saison était vraiment inattendu. C’était super agréable de voir que ce qu’on avait aimé faire ensemble, avec beaucoup d’exigence, était aussi populaire.

La saison 3 ?

Pour le moment, rien n’est prévu. Il y a une vraie envie du metteur en scène Fabrice Gobert, qui avait fait Simon Werner a disparu…, de refaire des films. Et tant mieux pour le cinéma ! Donc on devrait se retrouver, on verra. Quoi qu’il en soit, je suis le mouvement du metteur en scène, pas de la production, ni de la chaîne. Donc, je pense que je vais arrêter un peu avec Adèle. En plus, elle a été super bien accueillie, mais elle ne m’a pas aidée côté légèreté. C’est quand même un personnage assez mélancolique, voire mortifère (rires). J’aspire à un petit peu plus d’optimisme. J’étais bien partie avec L’Échappée belle, et la saison 2 des Revenants m’a fait replonger du côté obscur (rires).



L’interview Chocolat

Qui était Chocolat ?

Le premier comique de l’Histoire. Avec Foottit, il formait le couple précurseur et emblématique de l’Auguste et du clown blanc. Il s’appelait Rafael Padilla, c’était un émigré cubain, esclave au début et ensuite clown. Il faisait rire tout le monde, et puis à un moment, il a décidé de faire du théâtre. Le film est très beau, pas moralisateur du tout, mais en même temps il nous dit : « Voilà, ce public-là en 1900 n’était pas du tout capable de reconnaître le talent d’un artiste noir. Il le faisait marrer tant qu’il se prenait des coups de pieds aux fesses, mais dès qu’il a voulu changer, ce n’était plus la même chose ».

Quel est votre rôle ?

Je joue Marie, sa compagne, qui a vraiment existé. Elle a tout quitté pour lui. Elle a divorcé, à une époque où ça ne se faisait pas. Elle avait beaucoup de courage et d’amour.

Est-ce que vous auriez imaginé un jour être mariée à Omar Sy ?

Non (rires). Mais il est aussi drôle, généreux, gentil et solaire que ce qu’on imagine. Il n’y a pas “tromperie sur la marchandise” avec Omar. Et il était heureux d’être bien entouré. Parce que pour lui aussi, il y a un enjeu, je comprends. Voilà, il fait rire la galerie, mais à un moment donné, il sent que ça se retourne.

Quel effet cela fait de jouer avec James Thierrée, le petit-fils de Charlie Chaplin ?

C’est fascinant. En vieillissant, il commence à ressembler à son grand-père, vous pourrez le constater dans le film.

 

Chocolat, de Roschdy Zem, avec Omar Sy, James Thierrée et Clotilde Hesme. Biopic. Sortie le 3 février.