Interview : JACO VAN DORMAEL nous présente son Tout nouveau testament

Après avoir dynamité la narration au cinéma avec Toto le héros ou ému le monde entier avec Le Huitième Jour, Jaco Van Dormael met en scène un dieu belge colérique et mesquin incarné par Benoît Poelvoorde dans l’hilarant Tout Nouveau Testament, une claque iconoclaste et une rencontre avec un cinéaste divin.

D’où vous est venue l’idée de ce film ?

Jaco Van Dormael : Avec mon coscénariste, on a passé tous les après-midis d’été dans le jardin à essayer de se faire rire. Et à un moment donné, est venue l’idée : « Disons que Dieu existe. Il habite Bruxelles dans un appartement sordide dont il n’est jamais sorti. Et si Dieu n’avait pas eu qu’un fils, mais une fille qui a 10 ans, dont on a très peu parlé. Et s’il avait aussi une femme. Et si sa fille adolescente qui en a marre de son père qui est un vieux con, balançait sur internet, pour se venger, les dates de décès de tout le monde… Comment les gens réagiraient s’ils connaissaient la date de leur mort ? ». Et voilà, l’idée est venue comme ça, en ping-pong.

 

Et pourquoi Dieu habite-t-il Bruxelles alors ?

J’avais envie que l’endroit où il vit soit très concret, et pour moi il n’y a rien de plus concret que Bruxelles, puisque c’est là où j’habite. Je ne l’aurais pas mis à New York ou à Paris. À Bruxelles, comme ça, il est dans les emmerdements avec tout le monde. Là où il pleut, où il y a des travaux tout le temps, où l’on n’est pas d’accord sur la langue qu’on parle.

 

Pourquoi dites-vous qu’« en Belgique, il faut être fou sinon on devient dingue » ?

C’est un truc qu’on dit souvent. Mais pour nous, ce n’est pas être fou. Pour nous, c’est normal. Comme l’humour anglais pour les anglais n’a rien de particulier. C’est de l’humour tout court.

 

C’est dangereux de s’attaquer à la religion ?

C’est une chose à laquelle on a très, très peu pensé en écrivant. Je n’aurais aucun plaisir à provoquer, mais je ne vais pas non plus tout faire pour être bien certain de ne pas provoquer. J’ai plutôt essayé de faire quelque chose de complètement décalé par rapport au pot commun de l’Histoire. N’étant pas croyant, je n’ai aucune réponse. Ici, il s’agit plutôt d’un conte surréaliste drôle. Le but n’est pas de choquer qui que ce soit, mais de faire rire et de raconter une histoire d’amour.

 

Pourquoi avoir choisi Benoît Poelvoorde pour incarner Dieu ?

C’est un comédien magnifique. Je le connais depuis C’est arrivé près de chez vous, mais on n’avait jamais travaillé ensemble. Je le voyais toujours après le coucher du soleil, mais rarement avant. Il amène cette dimension comique fabuleuse. Il est extrêmement drôle quand il joue des personnages en colère.

 

Pourquoi êtes-vous si rare au cinéma ?

Parce que ça prend du temps. Ce film-là ne m’a pris que deux ans et demi. C’est le film que j’ai fait le plus vite, mais j’ai pris cinq jours de vacances en deux ans et demi. Tout prend du temps, de l’écriture à la préparation, du tournage au montage, jusqu’à la fin de l’étalonnage et du mixage. En fait, je ne sais pas comment font ceux qui vont plus vite que ça.

 

Que diriez-vous au petit garçon de 10 ans que vous étiez si vous le rencontriez dans la rue ?

Ah bah, ça alors, je ne me suis pas posé la question. C’est une question difficile. Peut-être : « N’aie pas peur ! ».

 

Pour terminer, de quoi rêviez-vous enfant ?

J’ai commencé à faire de la photo vers 13-14 ans. Je voulais être cinéaste animalier. Je prenais des photos d’animaux, mais je n’arrivais à faire que des merlots flous. Donc je me suis dit qu’il fallait que je travaille un peu, et j’ai fait une école de photo et de cinéma.

 

 

 

Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael, avec Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Catherine Deneuve. Comédie fantastique. En salles actuellement.