Interview : Jacques Audiard nous présente Dheepan

De battre son cœur s’est arrêté lorsque Jacques Audiard a été appelé sur scène au dernier Festival de Cannes. Couronné par la récompense suprême, son film Dheepan raconte le parcours d’un combattant tamoul confronté à la dure loi des cités en France. L’occasion d’une rencontre en or, forcément.

D’où vous est venue l’idée de ce film ?

Jacques Audiard : Quand je finissais Un prophète, j’ai eu envie de faire un remake des Chiens de paille de Sam Peckinpah (1971), mais dans une cité. Là-dessus se sont agrégées plein de réflexions, comme celle sur les marchands de fleurs. D’où viennent ces gens ? Mon scénariste nous a parlé de ces Sri-Lankais, de ce conflit sur lequel on était très peu informé en France alors que c’est une chose épouvantable. Et au fond du fond, il y avait cette idée de parler de ces gens invisibles.

Le héros de Dheepan passe de la violence des combats à celle de la cité. Dès que vous faites un film, on parle de sa violence. Qu’avez-vous à y répondre ?

C’est bizarre, même si je ne nie pas qu’elle est présente : dans le cas de ce personnage, c’est la guerre qui revient à lui. J’ai du mal à me l’expliquer. Je pense que pour moi, un personnage se constituant en héros à un moment donné parle avec ça, mais ce n’est pas ce qui m’est le plus facile à faire.

Le film a obtenu la Palme d’or à Cannes et lors de votre discours, vous avez rendu un hommage très touchant à votre père Michel Audiard.

Ben oui, je ne sais pas trop comment l’analyser. Ça m’est venu comme ça. Comme j’y pense beaucoup, j’y ai pensé, là. Ça l’aurait étonné, je pense. Je suis allé plusieurs fois à Cannes, mais mon père, lui, n’était pas du tout dans cet univers. Ce sont des formes de reconnaissance qui lui étaient indifférentes.

Qu’est-ce qu’il vous a transmis ?

Je lui suis très, très reconnaissant. Je pense que je n’aurais pas écrit pour le cinéma si lui ne m’avait pas montré que c’était possible. Après, pour une large part, je suis un produit de ça, de ses goûts littéraires, de plein de choses.

À votre niveau, est-ce qu’une Palme d’or à Cannes, ça ouvre des portes pour la suite ?

Je n’en sais rien. Est-ce que ça va me donner plus d’idées ? Non. Est-ce que je vais faire de plus gros films ? Non. Pour l’instant, ça ne change rien, si ce n’est la satisfaction de se dire : « Voilà, c’est fait ! »

Pourquoi faites-vous du cinéma ?

Pour parler à plus de trois personnes par jour, sinon je suis plutôt solitaire et laconique. Je resterais enfermé dans mon bureau à fumer la pipe.

De quoi rêviez-vous enfant ?

Je ne sais plus bien. Je suis allé assez tôt en pension et c’est là que je me suis mis à lire beaucoup. Mon imaginaire passait par ce que je lisais. Ce n’était pas mon imaginaire propre, mais celui des autres.

À quel moment avez-vous eu envie de faire du cinéma ?

J’ai su assez tôt que j’aimais vraiment le cinéma. Je faisais du super-huit, des choses comme ça. Après, j’ai fait du montage assez longtemps. Ça a été une révélation. C’était un pont entre l’image et l’écriture. Je ne me le suis pas formulé ainsi, mais je pense qu’à ce moment-là, une chose a été décidée. En fait, je suis passé à la réalisation très tard, à 41 ans. Donc, ça a mis du temps, je suis un tardif, parce que je ne m’imaginais pas comme metteur en scène.

Quels sont vos projets ?

Je reprends une adaptation de bouquin. C’est un western. Les Frères Sisters de Patrick deWitt.

La rentrée ça évoque quoi pour vous ?

La rentrée, c’est toujours les jours qui raccourcissent. De manière de plus en plus aiguë. Et enfant, pourtant, les journées paraissaient vachement plus longues.

Un mot de conclusion ?

À suivre.

 

Dheepan de Jacques Audiard, avec Antonythasan Jesuthasan et Kalieaswari Srinivasan. Drame. En salles actuellement.