Interview : on a rencontré Kheiron

Ancien de Bref passé au long avec succès dans Nous trois ou rien, l’acteur-réalisateur-humoriste Kheiron est à l’affiche avec Mauvaises herbes, une belle comédie humaniste sur l’éducation. Rencontre.

 

Kheiron, herbe folle

 

Kheiron
© Fifou

 

Pourquoi ce film sur un arnaqueur qui se retrouve dans la peau d’un éducateur ?

Kheiron : Je me suis souvenu de l’époque où je travaillais avec des gamins en difficulté. J’ai eu envie de leur rendre hommage et de partager ces moments avec le public.

 

Les arnaques, c’est du vécu ?

Non. Mais j’étais humoriste et quand je me suis retrouvé éducateur de ces jeunes, je me suis senti un peu arnaqueur. J’ai juste poussé le trait à l’extrême avec cette réalisation.

 

Et la scène dans laquelle tu leur apprends à trouver de l’argent dans la rue ?

Ça, c’est du vécu. Je leur ai fait faire tellement de choses dans un but pédagogique. Par exemple, je leur demandais de distribuer des tracts pour moi. Ils ne devaient pas se contenter de les donner, il fallait qu’ils parlent avec chaque personne pour lui donner envie d’assister au spectacle. Quand on parle à quelqu’un pour en obtenir quelque chose, on se met à son niveau, on adopte son langage, on analyse des signes, on devient plus poli, moins violent, plus intéressant, plus intelligent, plus séducteur.

 

Comment as-tu réussi à convaincre Catherine Deneuve de jouer dans le film ?

Je lui ai envoyé le scénario, elle l’a lu et elle l’a aimé. Tout simplement.

 

Et la première fois qu’on se trouve devant Catherine Deneuve, on est impressionné ?

Non, c’est un être humain normal. Je suis admiratif de son parcours, mais ce n’est pas pour ça que je vais lui parler différemment. Quand tu starifies les gens, ils réagissent en star.

 

Catherine Deneuve et Kheiron
© Fifou

 

Pourquoi es-tu si rare au cinéma ?

On ne me propose pas forcément des choses qui m’intéressent. Je suis trop exigeant. Souvent, ce sont des rôles que j’ai déjà joués. Après Nous trois ou rien, on m’a contacté pour dix rôles d’immigré. Après Bref, c’était pour jouer des mecs un peu méchants ou vicelards.

 

Comment expliques-tu que tu sois si trash sur scène et aussi altruiste au cinéma ?

(Rires) Ce sont des facettes. Le cinéma pour moi, ça sert à voyager, à donner des émotions. La scène est un exutoire, un défouloir pour rire non-stop. Quand on vient voir mes spectacles, il n’y a pas de fond, pas de messages, on vient vraiment rire. Au cinéma, j’espère emmener les gens plus loin, qu’ils se posent des questions.

 

Pourquoi tu t’interdis ça sur scène ?

Parce que moi ça m’ennuie d’être dans une salle et que le mec sur scène essaie de m’émouvoir. Ça ne m’intéresse pas. Je viens rire. Après, c’est bien d’être surprenant et de se diversifier.

 

Qu’est-ce qu’on te dit quand on te reconnaît dans la rue ?

On ne me reconnaît pas souvent, et c’est tant mieux. Je passe assez inaperçu et ça me plaît d’être libre artistiquement comme dans la vie. Après, quand on me reconnaît, on me demande généralement un selfie. La plupart du temps, ça reste agréable, mais quand c’est chiant, je suis frontal, c’est : « Non, salut ! » Si c’est sympa, je le fais avec plaisir.

 

Enfant, tu rêvais de tout ça ?

Pas du tout. Je ne savais pas ce que la vie allait me réserver. J’ai avancé, j’ai fait de mon mieux à chaque fois, j’ai eu des projets. Je ne suis pas sûr que je ferai encore du cinéma dans 15 ans. Peut-être que j’en aurai marre et que je cultiverai un verger.

 

Tu feras pousser quoi dans ton verger ?

Des fruits bio. Peut-être que j’achèterai une petite échoppe sur une île paradisiaque et que je vendrai des jus de fruits si ça me rend heureux. Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais le cœur léger.

 

 

Comment te vois-tu à 80 ans ?

Je ne pense pas que je vivrai jusqu’à 80 ans. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne me vois pas dépasser la cinquantaine. C’est pour ça que je fais toujours les choses à une vitesse folle.

 

Tu irais où si tu pouvais remonter dans le temps ?

Je suis si heureux aujourd’hui que j’aurais peur de changer quelque chose qui remette tout en question. Mais si j’avais ce pouvoir, je retournerais dans mon passé en tant que spectateur. Je regarderais les gens avec qui j’ai eu une dispute pour voir comment ils vivent ça, et je suis certain que j’aurais plus d’empathie envers eux. Ça me permettrait de réaliser que j’ai aussi commis des erreurs, et que ça ne méritait pas tout ce qui s’est passé.

 

Il y a des gens avec qui tu es brouillé ?

Bien sûr. Ce sont des métiers difficiles. Les gens ne se rendent peut-être pas compte que le pouvoir, l’argent et l’ego se mêlent et s’entremêlent constamment. Ce n’est pas simple de garder des amitiés et un vrai entourage sincère.

 

Pourquoi ne vas-tu pas voir ces gens avec ces mots-là ?

Il faut laisser le temps à chacun de réaliser les choses. Que ce soit de mon côté ou du leur. Voilà pourquoi quand on me demande quel message j’ai voulu faire passer avec mon film, je réponds : « Il n’y a pas de message ». En réalité, il y en a plein, mais je ne veux pas les surligner, je préfère laisser germer les idées. Je ne juge pas et je n’essaie pas de faire changer les gens d’avis. Je dis seulement ce que je pense et si ça fonctionne tant mieux, sinon ce n’est pas grave.

Mauvaises herbes, de et avec Kheiron, Catherine Deneuve et André Dussollier. Comédie. Sortie le 21 novembre.
Sur scène dans 60 minutes avec Kheiron à L’Européen jusqu’au 31 décembre.