Interview : Ludivine Sagnier, comédienne au foyer

Égérie des premiers films de François Ozon, jeune première de charme dans La Petite Lili, Un secret, Les chansons d’amour ou Mesrine, Ludivine Sagnier aborde désormais les rôles dits de la “maturité”. C’est le cas cette semaine dans La Résistance de l’air, où elle est confrontée à la déchéance de son mari sniper. Rencontre.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?

Ludivine Sagnier : Je connaissais l’équipe de scénaristes (ndlr : Thomas Bidegain et Noé Debré, les auteurs de Dheepan). Messieurs Palme d’or – qui ne l’avaient pas encore à l’époque, mais je savais déjà qu’ils avaient du talent ! Et quand on m’a appelée sur le projet, il y avait déjà Reda Kateb, donc j’ai lu le scénario en ayant Reda en tête. Ça faisait plusieurs années que j’avais envie de travailler avec lui et du coup, là c’était l’occasion.

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle de mère de famille qui voit son mari sombrer dans le crime ?

Ce n’est pas moi qui ai eu le plus de préparation pour le film. Je vous avoue que je n’ai pas fait de stage de pharmacienne… Non, ce qui était intéressant, c’est que j’ai souvent l’occasion de composer des personnages assez “marqués”, et que là, on me demandait de jouer une femme “normale”. C’est une jeune mère de notre temps qui doit s’occuper de sa famille, qui a des problèmes d’argent, qui se bat au quotidien pour que tout tienne debout. En fait, ce que j’aime chez elle, c’est son héroïsme discret. Je trouve qu’on ne le remarque pas assez, mais les femmes sont des héros. Bon, ce n’est que mon opinion absolument subjective !

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur ce film ?

Le fait de tourner en plein hiver. Et comme il y avait une direction artistique très précise et engagée, les codes couleur du film, c’était le vert, le gris et le mauvais temps. Donc on tournait exclusivement quand il n’y avait pas de soleil. Du coup, on a eu très froid. Dès qu’il y avait un rayon de soleil, je disais au chef op’ : « Mais regarde, la lumière est magnifique. On se croirait dans du Terrence Malik ! » Mais non. Et au final, la lumière est très, très belle.

Vous vous mettez parfois en colère dans ce film. C’est difficile d’entrer dans ces états, et d’en sortir ?

Disons que non. Au contraire, ça permet d’exorciser les choses. Quand elles sont sorties, elles sont sorties. Et moi, j’ai une existence beaucoup plus calme que ce personnage. Depuis que j’ai une vie de famille, je n’emmène plus mes personnages à la maison.

C’était le cas avant ?

Oui. C’est-à-dire que quand on est seule, on peut avoir tendance à ruminer. Or là, le quotidien vous rattrape assez rapidement. Avec les enfants, on est obligé de laisser ses problèmes de boulot sur le portemanteau et d’être là pour eux.

Vous venez d’enchaîner Amours et turbulences, Lou ! Journal infime, Tristesse club. Vous faites un beau retour au cinéma. Comment le vivez-vous ?

Je m’amuse. Disons que j’ai un petit peu ralenti la cadence, parce que les choses sont venues très vite pour moi, très tôt. Du coup, j’aime bien l’idée de prendre mon temps en fait, de me nourrir. Parce que c’est vrai que quand on est toujours en tournage, on a tendance à être moins dans le réel. Or, le réel est une source d’inspiration non négligeable. Et puis j’avoue que j’aime bien la vie de famille.

Pourquoi ne tournez-vous plus avec François Ozon ?

Ah bah ça, il faut lui demander à lui ! C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. On a fait trois films ensemble, et puis la route est encore longue. Donc on se retrouvera certainement. En tout cas je suis ravie de ce qu’il fait et j’aime toujours autant son travail._

La Résistance de l’air, de Fred Grivois, avec Reda Kateb et Ludivine Sagnier. Drame. Sortie le 17 juin.