Interview : rencontre avec Félix Moati

Cet homme est fou ! Littéralement, le 15 novembre dans Simon et Théodore où il incarne un futur papa à peine sorti d’internement. L’occasion d’une belle rencontre avec ce jeune homme fou de désir pour le cinéma, la vie, et ce qui nous lie.

Pourquoi as-tu accepté le rôle de Simon, ce jeune homme hors-norme ?

Félix Moati : À la lecture du scénario, j’ai eu l’impression d’une immédiate familiarité avec Simon, et les thèmes abordés dans le film, le désir de se perfectionner moralement, d’être quelqu’un de meilleur, en fait. Cette obsession qu’il a de s’améliorer et de ne faire de concession sur rien m’évoquait des choses personnelles. Et ensuite, le thème de la paternité, celui de l’amour : aimer quelqu’un plus fort que sa propre vie… Il y a eu aussi la rencontre avec le réalisateur Mikael Buch. J’ai eu la sensation de rencontrer un ami. Au sens propre du terme, pas un copain, un ami véritable, quelqu’un qui rend le monde un peu plus habitable.

Alors finalement, qu’est-ce qu’il y a d’autobiographique dans ce film ?

Évidemment, moi je ne me fracasse pas la gueule contre les poteaux. Mais ce que le personnage peut avoir de commun avec moi, c’est peut-être l’illusion de vivre vite, l’impatience, le fait de demander beaucoup à la vie, en fait.

D’ailleurs, tu as dit dans une interview que ta mère t’avait conseillé de t’ennuyer. Tu répondais que peut-être un jour tu essaierais.

Je crois que c’est une promesse que je ne vais pas tenir. C’est peut-être important d’apprendre à s’ennuyer, mais j’en suis incapable. Il y a des gens qui en sont capables et qui grâce à ça font des choses merveilleuses. Apprendre à s’ennuyer, c’est aussi apprendre à faire un pas de côté, avoir un regard. Moi, je ne peux pas, parce que tout simplement ça me fait peur.

Et la paternité, en quoi ça te touche ?

Eh bien, la paternité ça me touche comme ça toucherait n’importe qui. Le désir de transmission. On n’apprend pas à être enfant, mais on apprend à être père. Qu’est-ce que ça veut dire donner la vie à quelqu’un qui n’a rien demandé ? Et ensuite lui fournir les armes pour s’en sortir, lui rendre la vie supportable ? Et puis chercher à faire de cet être la personne merveilleuse qu’il doit être ?

Comment on devient un “fou” au cinéma ? Est-ce que c’est le mot, d’ailleurs ?

Je ne sais pas si Simon est fou, disons qu’il est plus investi que la normale. Mais moi, je regarde mes personnages à hauteur d’homme. Simon, je ne l’ai en aucun cas pris pour un fou. Il me faisait plutôt penser à un de ces grands obsessionnels que sont Mark Zuckerberg ou Steve Jobs, des gens qui vont trop vite. Je l’ai vu un peu comme un gars de ce genre, mais qui n’aurait aucun filet pour le sauver.

Quelle est l’importance de Paris dans le film ?

L’intention est de montrer deux solitudes qui se rencontrent dans cet espace urbain. D’où le choix de la longue focale dans le film. À savoir donner à voir des êtres perdus dans un espace beaucoup trop grand pour eux. Paris est là comme une zone où on a le droit de se cogner, de pleurer, d’être fragile.

Et toi, quel est ton rapport à Paris ?

Moi, je suis obsédé par Paris. Je ne pourrais pas du tout aller à la campagne, ça m’angoisse. Il n’y a pas de pharmacie, tu ne peux pas manger de soupe au canard à 4 heures du matin. Ce sont des névroses personnelles, pas un jugement de valeur. J’aimerais bien un jour aimer la campagne, mais pour l’instant j’en suis incapable. La ville en général, c’est quelque chose que j’aime beaucoup, mais Paris en particulier, j’y suis très, très, attaché. Dès que je la quitte, ça me manque. C’est une ville que j’aime charnellement. C’est là que j’ai toute ma mémoire affective… Ah, mais oui c’est vrai, c’est pour A Nous Paris ! Je me demandais pourquoi tu me posais ces questions sur Paris. Je suis con. Je suis un grand fan du PSG. Ça, tu peux le dire.

Tu seras à l’affiche de Gaspard va au mariage le 31 janvier, du Grand bain de Gilles Lellouche en 2018, et tu viens aussi de débuter le tournage de ton propre film : Deux Fils, avec Vincent Lacoste et Benoît Poelvoorde. Tu sens cet engouement autour de toi ?

Tout ça est très versatile, mais je sens qu’il y a des choses qui changent. Ce serait malhonnête de ne pas le reconnaître, j’ai connu l’inverse, donc je le sais. Mais il faut rester en éveil pour que ça dure, s’inquiéter toujours.

Devenir acteur, c’était un rêve de gosse ?

Ça dépend. Tu considères qu’on n’est plus gosse à partir de quel âge ?

Je ne sais pas, 27 ans… ton âge.

(Rires). Non, non. Moi je rêvais plus de littérature. Je suis un cinéphile tardif, ce qui m’a permis de ne pas sacraliser cet art. Quand j’étais gosse, j’avais vraiment des rêves de gosses, c’est-à-dire embrasser ma voisine, faire du foot. Des choses pas très héroïques. Quoique, embrasser la fille qu’on aime, il n’y a rien de plus héroïque.

Et tu les as réalisés ces rêves ?

À ton avis ? (rires). En tout cas, je ne suis pas devenu footballeur. Pourtant, je le voulais… tout en n’ayant pas la volonté. Il faut avoir une rage que je n’avais pas. Ce n’est pas un hasard, le milieu d’origine des footballeurs. Tout passe par une volonté qui chez moi est ailleurs.

Qu’est-ce que les gens te disent lorsqu’ils te reconnaissent dans la rue ?

« Je ne t’ai pas vu au mariage de ma cousine ? » Là je réponds : « Eh non, mon vieux, je suis acteur ». Blague à part, les gens sont très gentils. Et le fait de faire des films qui sont, je l’espère, très personnels, engendre des discussions intimes. Par exemple, après À trois on y va, beaucoup de gens me questionnaient sur ce qu’ils devaient faire dans leur couple. J’étais un peu égaré, mais je devenais conseiller conjugal.

Tu te souviens de ton premier jour de tournage ?

Je me souviens très bien d’être passé devant l’Assemblée nationale. J’avais 17 ans, j’étais en Terminale, c’était pour Lol, et j’étais dans un état de panique… Il était très tôt le matin, tout le monde dormait dans Paris, et je me disais : « C’est génial, je suis en train de comploter quelque chose ». J’avais l’impression de préparer un sale coup, et là, j’ai retrouvé un amusement d’enfant, comme quand tu vas faire une bêtise. Depuis, pour moi, les tournages c’est un peu ça, c’est recréer un monde selon ses désirs, en se déguisant. Je trouve ça dingue.

Et tu rêves de quoi maintenant ?

J’ai quand même encore beaucoup de rêves. J’aimerais continuer à faire plein, plein, plein de films en tant qu’acteur et réalisateur. Et surtout, créer du lien.

 

Simon et Théodore, de Mikael Buch, avec Félix Moati, Nils Othenin-Girard et Mélanie Bernier.
Comédie dramatique. Sortie le 15 novembre.